Grossesse

{17 SA} Soulagement et bon coup de fourchette

Cette grossesse est décidément pleine de surprises et de rebondissements. Tous mes plans sont en train de doucement se faire la malle, chaque semaine apportant son lot de bouleversements. Pas grave, j’avais bien mentionné “fortes capacités d’adaptation” sur mon CV. En même temps, avec un nouveau-né tu acquiers automatiquement cette capacité, de gré ou de force.
Mais jeudi 17 janvier, c’était une bonne journée. Pourquoi ? Parce que comme la plupart des mamans épileptiques, j’ai passé une échographie morphologique précoce à 17 SA. Et tout va (presque) bien … c’est moins pire quoi … Explications.

Mon Aliénor et son bon coup de fourchette

 

Ma petite fille a tout ce qu’il faut là ou il faut apparemment d’après l’échographiste. OUF !! Je me demandais vraiment s’il n’y allait pas encore avoir une suspicion de malformation bien traîtresse qui allait nous tomber sur le coin de la tronche.

Comme ses frères, Aliénor profite bien de la cantine utérine. Elle est déjà au 85e percentile au niveau du poids avec une grosse tête et un gros bidou. On fait la paire comme ça. Elle pèse ainsi 220 g à 17 SA+2. C’est très rassurant lorsqu’on sait qu’elle va devoir quitter mon utérus avec concours de la force publique un peu plus tôt que prévu.

 

J’ai eu le droit à une petite photo de profil, et tout le monde joue déjà au jeu du “a quiqui elle va ressembler hein ?

 

 

En bonne mère indigne je dirais: à une drama queen vu qu’elle a l’air de faire la moue avec une main tournée vers l’extérieur, posée sur le front, ou bien alors à ET l’extraterrestre gentil au vu de l’échographie 3D #saymal. Tu comprendras donc que pour le moment toute allégation visant à me flatter en me disant que ma fille me ressemble produit un effet kiss cool inversement proportionnel.

De toute façon, je ne me fais pas d’illusions. Comme pour les 2/3 de ma progéniture, j’abrite un clone de son père.

C’était plus fort que moi désolée

 

Mon utérus à trous

 

La dessus pas plus de nouvelles, j’ai toujours un utérus bi-cicatriciel,
la dite cicatrice étant ouverte à l’intérieur avec seulement un peu plus d’un 1 mm de paroi restante.

Ouai .. Dit comme ça, ça rassure pas.

 

Avec le repos, avec l’absence de port de charges, ça devrait bien se passer. Je vais tout de même éviter de regarder de trop près une feuille de papier à cigarette dans les prochains mois histoire d’éviter une crise de panique.

 

On ne s’affole pas, mais on met en place un protocole strict pour surveiller le schmilblick.

J’ai la chance d’être suivie par les chefs des différents services (maternité et Centre de diagnostic prénatal) à Port Royal #VIP. J’ai une échographie prévue à 28 et à 35 SA (si on arrive jusque là d’ailleurs).

L’équation du 6e degré est la suivante:
Il convient de sortir la madame avant que le risque de rupture utérine
soit trop important (évitons les vagues de sang version Shining dans mon abdomen)
MAIS dans le même temps, de la laisser au chaud le plus longtemps possible

Vous avez 3 mois et demi.

 

 

 

Conséquence: aucune visibilité sur les mois à venir si ce n’est que je ne dépasserais certainement pas 36 SA. A 33/34 SA, à la moindre inquiétude, Aliénor est dehors. On m’a prévenue que c’était le scénario le plus probable étant donné que j’ai déjà des contractions qui font aire un petit air d’accordéon à ma paroi utérine papier à cigarette, le tout avec un bébé de bon poids.

On se prépare doucement à l’idée d’accueillir un petit préma dans la famille.

 

 

 

Point tire-allaitement

 

Je t’en avais parlé ici, mon projet pour cette grossesse était de tire-allaiter ma fille. Tu noteras malheureusement ici l’emploi du passé.

 

Étant donné la très forte probabilité qu’Aliénor soit prématurée et étant donné que le Lamictal passe
dans le lait à des quantités loin d’être négligeables,
je voulais m’assurer que le tire-allaitement était tout de même possible.

 

Pour moi c’était juste une petite question vite réglée qui ressortait presque de la question rhétorique
étant donné qu’il est très fortement recommandé d’allaiter un préma.

 

 

Et ici commença une laborieuse pioche aux informations. Voici en résumé ce qui m’a été dit.

 

Pour une maman traitée par Lamictal dans des conditions classiques

=> Bébé va bien, arrive à terme
=> La posologie quotidienne de Lamictal de la maman est baissée dans les heures suivant l’accouchement ( on passe à 200 ou 300 mg/j)
=> La concentration sanguine du médicament baisse dans le sang de la maman et donc dans le lait
=> Les doses de la maman étant redevenues faibles, la quantité de médicament passant dans le sang et dans le lait le sont également
=> Et ils vécurent une belle aventure lactée

 

Dans mon cas avec mon corps cassé

=> Bébé arrive dans tous les cas avant terme avec un système digestif et hépatique pas totalement matures
=> Maman prend une grosse dose de Lamictal (600 mg/j)
=> La dose de Lamictal ne peut être baissée post césa car le médoc lutte aussi contre les migraines avec aura ++++ du post-partum
=> La concentration sanguine de Lamictal augmente car même dose de médoc que pendant la grossesse mais dans moins de volume corporel
=> Bébé reçoit une énorme dose, ce qui majore grandement les risques qui sont quasi inexistants dans une situation normale

 

 

 

Compte tenu de ces informations factuelles, j’ai contacté deux sachants sur les conseils de ma conseillère en lactation. Moi j’aime les professionnels qui osent dire qu’ils ne savent pas, je trouve que c’est une marque d’humilité et de respect du patient. Bien sur ce deux pontes ne sont pas d’accord entre eux.

 

Le Dr Newman est un médecin responsable du centre international de l’allaitement. Il est apparemment assez connu, et est une référence pour toutes les questions relatives à l’allaitement, et notamment les relations allaitement et médicaments. Il est également très engagé pour la promotion de l’allaitement maternel.
===== > Pour lui no problemo, roulez jeunesse. Il est plus que tout important d’allaiter un bébé prématuré.

 

 

La pédiatre du lactarium d’IDF (situé à Necker) est, quant à elle, beaucoup moins enthousiaste. Si la mère prend une dose de 200/300 mg par jour (en gros la dose habituelle), de très nombreuses études montrent que l’allaitement ne pose pas de problème, même pour un bébé présentant une prématurité modérée (après 32/33 SA). Donc l’allaitement interdit sous Lamictal par principe c’est bien du bullshit. Il est même recommandé dans ce cas en raison des bénéfices habituels pour bébé. On peut même aller jusqu’à 400 mg/jour sous réserve d’une surveillance médicale à J8 à la maternité.

Par contre, au vu mon dosage important, les concentrations dans le sang (et donc dans le lait) vont être très élevées. A ce type de dosage, les bébés peuvent présenter des éruptions cutanées potentiellement graves, des problèmes hépatiques, des problèmes de somnolence et donc de prise de poids insuffisante, et même une cyanose consécutive des apnées. Certes, bébé reçoit beaucoup de Lamictal via le placenta, mais pour elle, on ne peut pas comparer le milieu in utero et le milieu extérieur.
Selon elle toujours, je peux tenter le coup, mais bébé devra être monitoré par des prises de sang et par différents autres examens. Ainsi, il y’a peu de chances que bébé supporte une telle dose, surtout en tenant compte du fait qu’elle sera de petit poids et que son système digestif sera encore immature du fait de sa prématurité.

 

EDIT du 22/01/19: je me suis rendue compte que j’avais oublié de mentionner une partie de la conversation avec la pédiatre de Necker. Même pour un bébé à terme, le risques est élevé (même si moins élevé) compte tenu de ma dose de cheval. Si on rentre directement à la maison (c’est beau l’espoir), bébé devra être monitorée plusieurs fois par semaine en milieu hospitalier. Ouai … ça rassure pas. Je préfère la solution la plus sure pour ma fille même si elle n’est pas idéale.

Pour ce qui est de la baisse de la dose, je garde la même pendant un mois, puis je baisse par paliers de 25 mg tous les dix jours (ce qui ne me rassure pas car c’était exactement le protocole employé pour la maman qui avait une haute dose de Lamictal et dont l’enfant a du être envoyé en réanimation …) . Pour arriver à 400 mg, la limite haute où ça devient moins chaud, il me faudra … 80 jours, soit un peu plus de 2 mois et demi. Si on ajoute le mois où on change rien, ça nous fait trois mois et demi d’attente. Je suis faible, j’avoue que je ne tiendrais pas dans le temps à tirer pendant des mois pour jeter ET donner le biberon. 

 

J’ai eu le même son de cloche de la part de l’équipe de Port Royal. Effectivement, il y’a très peu d’études rapportant des cas de mamans allaitant avec un dosage aussi élevé que le mien. Dans ce faible nombre de cas, des effets secondaires graves ont été rapportés. Dites vous bien qu’on est au minimum à 2 fois la dose normale.
(Pour quelques exemples de revues d’études scientifiques sur le sujet, en anglais désolée, voir par ici, ou ici).

 

 

 

Que j’aime les informations contradictoires …

 

 

 

Étant donné les potentielles conséquences sur bébé, il me semble tout à fait normal de prendre une décision en concertation avec l’autre 50% du couple parental, j’ai nommé le fameux Mr G.

 

L’avis de Mr G était très clair (lui au moins !)

Certes, le lait maternel présente des avantages pour bébé par rapport au lait artificiel surtout pour un bébé préma, MAIS dans mon cas il peut avoir de graves conséquences négatives. D’accord, le Dr Newman nous dit que tout va bien, mais d’un autre côté nous avons un médecin qui nous parle de risques non négligeables. Difficile de faire comme si nous n’avions rien entendu. Le lait artificiel n’est pas le top du top par rapport au lait maternel, mais au moins il est 100% safe pour bébé.

Dans MON cas (avec toutes les particularités citées au dessus), le jeu n’en vaut pas selon lui la chandelle. La sécurité de notre fille avant tout. Elle aura assez de défis à relever à sa naissance sans qu’on lui rajoute de potentiels problèmes. Primum non nocere (avant tout ne pas nuire) comme le veut l’adage médical.

Nos raisonnements convergent là dessus. Ce sera biberon et lait artificiel comme pour nos aînés. Au moins, pas de risque me viander, voyons le positif.

 

 

Cette image est bien entendu totalement ironique

 


Niveau symptômes

 

Je me sens déjà comme une baleine. Une baleine nauséeuse. S’agirait pas de tomber du bon côté des statistiques et faire disparaître les nausées à la fin du premier trimestre !

 

J’expérimente aussi cette fois-ci un autre symptôme digestif aussi agréable
qu’un soin contour des yeux au piment de Cayenne: les remontées acides.

 

Genre le chalumeau qui tu brûles de l’estomac à la gorge. Le pire c’est le matin lorsque ta position horizontale a permit à ces remontées une circulation version autoroute allemande.

 

 

J’ai essayé les solutions douces: le lait froid, les comprimés à base de caroube. Niet. Ma relation avec le gaviscon est assez compliquée. Je ne peux le prendre 2h avant ou 2h après la prise de mon antiépileptique, cacheton que je dois prendre matin et soir. Tu le vois le problème ?

La seule solution qui permet d’améliorer (sans toutefois faire disparaître) les symptômes: l’innexium. Oui oui, le même médoc que celui utilisé pour le RGO de Samuel. On forme une dream team tous les deux. Franchement, je tire tellement mon chapeau à mon petit bonhomme pour son courage. Déjà que pour moi c’est aussi agréable que de s’arracher un ongle de gros orteil à vif, alors pour un nourrisson,je n’ose même pas imaginer. Idem pour ses frères. Vous êtes mes héros les mecs.

 

Niveau prise de poids: +0 kilos sur la balance, cf. les nausées et les remontées acides.

Bref, le bilan global est tout de même positif.
Et surtout, la vie est au bout

20 Comments

  1. Yeah!
    Voyons la viiiie du bon côté… Aliénor a de grandes capacités à s’accrocher c’est cool!
    Question bête : à partir de quel poids de bébé experte 2 estime le risque faible ? N’est ce pas possible de tirer jeter le lait et de commencer à donner ton lait à partir d’un certain poids de bébé ? (*Ne s’avoue pas vaicue*)

    1. Honnêtement, elle estime que vu ma dose, le risque avec un bébé à terme sera juste moins important, mais jamais faible. Je me suis rendue compte que j’avais oublié de mentionner cette partie dans l’article, je vais faire un EDIT.
      Mais très honnêtement, étant donné la très lente baisse des doses, je pense que je n’aurai pas le courage de tirer pendant des mois pour tout jeter et ensuite donner le biberon.

  2. Bon ! c’est qui qui s’allonge dans une boite de coton ? c’est Working Mutti !
    sinon, en effet, les conditions ne sont pas réunies pour un allaitement serein. Après, si finalement on te diminuait tes doses de Lamictal, rien ne dit que tu n’auras pas une heureuse surprise ? qui sait ! en attendant, prends soin de toi et d’Aliénor (j’ai zappé l’info, c’est sûr que c’est une fille ?)

    1. C’est mon esprit de contradiction qui parle, mais là j’aurais très envie de faire un footing pour relâcher la pression 😉 .

      Pour ce qui est de la baisse du traitement, ce n’est pas envisageable selon mon neurologue. On va commencer à baisser certainement un mois après la naissance, et par pallier de 25 mg tous les 10 jours. Ca prendra en gros des mois. Et j’avoue que les risques me font vraiment peur. Je préfère la solution la plus sure.

      C’est sur que c’est une fille 🙂 . Confirmé par trois échographistes différents (la joie de traîner tout le temps mes fonds de culotte dans les hôpitaux).

  3. Je trouve que c’est tout de même un beau bilan positif ! Pour ce qui est du tire-allaitement je comprends ton choix. En revanche, j’ai envie de me permettre un conseil, mais après tu en fais ce que tu veux hein 😉 compte tenu de tes problèmes de santé je pense que ça pourrait être une bonne idée de tirer tout de même un peu ton lait. En effet, on parle toujours des bénéfices de l’allaitement sur l’enfant, beaucoup moins pour la maman, et pourtant… ça pourrait aider à tout remettre en place dans ton petit bidon et améliorer ta cicatrisation. Ça peut aussi aider pour les problèmes hormonaux, de poids, et ce sur le long terme si tu arrives à tenir quelques mois. Je t’invite vivement à lire « allaiter plus longtemps » de Claude Suzanne Didierjean-Jouveaux. C’est une mine d’information en ce qui concerne les bénéfices pour la maman. Et je suis persuadée que d’une certaine façon ça profitera à tes enfants si leur maman est en meilleure santé !

    1. Je n’avais jamais pensé aux bénéfices pour la maman je dois dire ! Merci d’en parler :). A la maternité, on nous décourage souvent de tirer notre lait pour ne pas stimuler la lactation et donc “d’avoir mal” (comme si ça changeait quelque chose d’ailleurs, on a mal quand même XD). Je pense que dans ce cas, un tire-lait manuel devrait suffire. Effectivement, réguler les hormones dans mon cas serait un + non négligeable !!

  4. Ah ! Je suis heureuse de lire ce retour positif. Tu dois être rassurée de voir qu’elle grandit bien. Je te souhaite bon courage avec les nausées et autres joyeusetés ! Mais comme tu le dis : “la vie est au bout”… Et je suis tellement ravie pour vous <3 !

  5. Moi aussi je trouve ce bilan plutôt positif! Et je suis toujours impressionnée de la vitesse à laquelle passent les grossesses des autres ^^ Essaie de profiter de cette grossesse comme tu peux, prenez soin de vous! Pour l’allaitement, je pense que c’est une sage décision, rien ne sert de prendre autant de risque.
    Bon courage pour la suite!

    1. Moi j’ai l’impression qu’elle passe à une vitesse d’escargot cette grossesse, mais l’alitement y est sûrement pour quelque chose 🙂

  6. Je vous souhaite plein de repos à Aliénor et à toi 🙂 Je trouve que vous avez su prendre un avis réfléchi, en soupesant les différentes possibilities. Cela devrait dissoudre un peu les regrets de ne pas pouvoir allaiter.

    1. Ah malheureusement les regrets sont toujours là, mais c’est un trait de caractère chez moi. Je n’ai pas la sagesse de laisser derrière ce que je ne peux changer.

  7. Globalement, le bilan est plutôt positif. Quant à tirer son lait pendant trois mois pour le jeter, en ayant quatre enfants en bas âge à la maison, tu verras bien si tu trouves le temps et la motivation. Dans tous les cas, vous prendrez la meilleure décision pour Aliénor, toi et le reste de la famille.
    Je pense bien fort à vous ! Vous êtes des guerrières (et tes petits gars sont des guerriers aussi !).
    Alles Gute!

  8. J’admire ta sérénité. C’est bête mais en lisant que la cicatrice ne laisse qu’un mm d’épaisseur en un endroit, je me suis demandé s’il n’était pas possible de la consolider, la recoudre, que sais-je… En tout cas, toutes mes pensées vous accompagnent ! Et pour le tire-allaitement, c’est un beau projet mais la balance bénéfice-risque est quand même franchement en votre défaveur. Alors si lait artificiel il doit y avoir, j’espère que tu n’en nourriras aucun regret. Bon courage pour les remontées acides, ça doit être une vraie galère !

    1. En fait il est possible de consolider la cicatrice, mais hors grossesse malheureusement. Les risques seraient trop grands actuellement. En général ils préfèrent carrément réouvrir pour refermer correctement.

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