Grossesse

{25 SA} Viabilité, RDV du 6e mois et l’impossible allaitement qui ne passe pas

Ca y est, nous avons passé une grosse étape de la grossesse: depuis 24 SA, si Aliénor venait à sortir BEAUCOUP trop tôt, les équipes pourraient tenter quelque chose pour la réanimer. Licorne, joie, coeur, coeur paillettes tout ça tout ça. Par contre, je ne vous cache pas que je rumine pas mal mon impossible allaitement. J’étais en plein dans la phase de la négociation et j’essaie d’entrer dans la phase d’acceptation. Et puis il y’a eu l’inutile rendez-vous du 6e mois à la maternité.

Parce que ça fait du bien de l’écrire à nouveau :
Aliénor a maintenant une chance de survie en dehors de mon utérus

 

 

 

 

Tu peux insérer ici ta chanson préférée pour célébrer dignement un moment d’une grande joie (pour moi ce sera Livin on a prayer de Bon Jovi, avec un supplément choucroute sur la tête et veste en cuir version serpillière à franges).

 

 

T’inquiètes pas, je m’emballe pas non plus.
Je sais que c’est une chance de survie et pas une garantie.
Je sais aussi que les risques de séquelles graves seraient très très importants à ce stade.

 

 

Mais au moins on lui donne une chance de se battre à cette petite. Parce que je sais que pour en arriver là où elle est, elle est une sacrée battante pour sur. (The eye of the tiger baby) Mais je te rassure, pour le moment rien n’indique qu’on se dirige vers un accouchement imminent. Mon col reste fidèle à sa réputation de maton d’Alcatraz, l’hypertension est maîtrisée, et la croissance du dit fœtus continue sans aucune problème (70e percentile OKLM). Chaque semaine passée dans mon ventre améliore encore ses chances de survie, et ça contribue à me rassurer et à me donner un peu d’optimisme pour l’avenir.

 

 

 

 

Toutefois, je suis restée assez soft dans les préparatifs jusqu’à maintenant.

 

 

Mais il y’en a ! Et c’est déjà un pas vers l’avant.

Il y’a le berceau à roulettes monté dans un coin de la chambre de Samuel (avec qui elle partagera à terme sa chambre) pour évacuer les polluants et autres joyeusetés. La boite est précieusement gardée intacte au cas où. Il y’a ses vêtements et quelques biberons, tout ce petit monde emballé avec des étiquettes (sauf pour l’occasion bien sur), dans un caisse transparente au fond de l’armoire de Samuel, cachée derrière une pile de vêtements. Ils sont là, mais je ne les regarde jamais. On ne sait jamais.
J’ai commandé sa petite couverture personnalisée (même si malheureusement elle était sans vie, je voudrais qu’elle ait sa petite couverture).

Étant donné que Aliénor viendra nous rejoindre un peu plus tôt que ces conscrits de fécondation, il vaudrait mieux que tout soit prêt histoire de ne pas ajouter du stress aux allers-retours en néonat et au quotidien bousculé des aînés. Il serait temps de donner un gros coup d’accélérateur à tout ça étant donné que nous sommes mi-mars et que atterrissage/retour à la maison est prévu fin mai  (voir plus tôt si hospitalisation à domicile).

 

 

 

 

 

Je sais je devrais être plus optimiste.

 

J’essaie vraiment vraiment je vous jure. Mais mine de rien, quand sans vous prévenir on vous entraîne dans une petite pièce pour vous parler d’IMG, de très grande prématurité, de bombe à retardement dans le ventre, ça vous plombe un peu l’ambiance à long terme. Et puis il y’a nos proches qui sont hyper inquiets (je joue très bien le rôle de la fille zen et optimiste à force), ma sage-femme qui marche sur des oeufs lorsqu’elle est avec moi. Et puis il y’a cette fichue incertitude, ces informations qui changent ou sont susceptibles de changer à tout moment.

 

Ça ira certainement mieux lorsqu’on passera les 32 SA et le cap de la grande prématurité. Même si j’ai dit la même chose pour l’écho T1, la T2, le seuil de viabilité. J’ai toujours cette petite voix qui me dit que tout ça est trop beau pour être vrai, que c’est pas le genre de choses qui nous arrive en général.

 

 

 

 

Les étapes difficiles du deuil d’un allaitement

Tu vas me dire que je me fous de toi étant donné que j’ai nourri mes aînés au lait artificiel sans regrets
Que c’est juste un caprice

 

Ouai je sais, c’est vraiment bizarre. Je suis la première surprise de la difficulté que j’ai à laisser de côté ce projet. Mais il représentait en fait beaucoup pour moi. C’est le fruit d’une réflexion, d’une évolution qui reflète des 3 années de grand changement intérieur. C’était une manière de me réparer physiquement et mentalement, de pouvoir enfin essayer de tisser un lien avec mon nouveau-né (pour rappel, avant 6/9 mois, il n’y a pas grand chose entre nous sentimentalement parlant mais si je suis dans l’empathie vis à vis de sa douleur de RGO par exemple). Aussi en version plus terre-à-terre, c’était ma dernière chance de pouvoir le faire.

 

Je te fais un court résumé si tu avais loupé les épisodes précédents:  contrairement à ce que beaucoup de médecins français croient (étant donné que c’est contraire aux conclusions des études scientifiques) il est possible d’allaiter en prenant mon traitement (Lamotrigine) sous réserve que les doses ne soient pas très très importantes et que bébé soit arrivé à terme et sans problème de santé particulier. La grande majorité des patientes traitées quoi. Pour moi ce n’est pas possible car, non seulement je prends des doses importantes que je ne peux pas réduire après l’accouchement, mais en plus Aliénor arrivera avec un peu d’avance.

 

 

Mais je n’arrive pas à faire mon deuil.
Alors après la colère je suis passée par la phase de négociation.

 

 

 

J’ai essayé de prendre d’autres avis.
Encore

 

 

Ben oui, personne n’est infaillible hein .. *Espoir*

J’ai donc pris contact avec l’animatrice locale de Leche League. Je lui ai expliqué mon cas et, de manière très professionnelle et impartiale, elle m’a mise en garde contre les risques. Mais elle seule ne pouvait se prononcer sur la faisabilité ou non. Elle m’a donc recommandé de téléphoner au centre anti-poison de Lyon spécialisé dans la question de la relation allaitement-médicaments.

La médecin du centre, au demeurant vraiment sympathique et humaine, m’a mise en garde contre les risques, notamment les complications qui peuvent apparaître tardivement (plusieurs semaines voire mois), ces joyeusetés étant majorées chez un nourrisson fragile.

 

 

Mais elle a bien souligné que la quantité de Lamotrigine passant dans le lait dépendait surtout des femmes et non de la dose prise par la maman.
Donc impossible de prévoir à l’avance (lapalissade) les réactions qui peuvent apparaître.
En outre, selon elle, le métabolisme de la maman étant modifié par l’allaitement, c’est encore plus imprévisible.

 

 

 

Je me sens aussi légèrement abonnée à l’incertitude totale pour cette grossesse.

Dans MON cas personnel, elle conseillait plutôt de me diriger vers un allaitement mixte dès la naissance pour grandement diminuer les risques, sans toutefois les écarter, moyennant surveillance version lait sur le feu.

Petit espoir. De toute manière ça collait bien avec l’idée d’un tire-allaitement sans stress.

 

 

 

 

 

 

Étant donné que je n’ai pas choisi d’élever cet enfant toute seule,
une conciliabule avec Mr G s’imposait sur la question

 

Attention, ce qui va suivre n’a pas vocation à accabler le pauvre Mr G qui a tout à fait le droit d’avoir et d’exprimer ses opinions sur la question. On parle ici certes du choix de la femme de faire ce qu’elle souhaite avec son corps (principe inaliénable pour moi), mais surtout de potentielles conséquences graves et non inattendues sur la vie de son enfant.

 

 

 

La discussion a été assez … rythmée et vive dirons-nous.
Je voulais clairement tenter un allaitement mixte.
Mais je ne voulais rien imposer étant donné les enjeux.

 

 

 

Mr G a une position claire, définitive et inflexible là dessus: niet, on ne va pas jouer avec la santé de notre fille, qui est déjà un petit miracle, et qui va devoir commencer sa vie avec son lot d’épreuves. La sécurité avant tout. Il a exercé son droit de veto, système que nous avons mis en place histoire de prévenir tout dérapage et gros ressentiment. Ouaip, comme à l’ONU. Son utilisation est exceptionnelle, genre une fois par an. Mr G a pu toutefois avoir mentionné le fait que je ne pensais pas très clairement étant donné les hormones et l’affect que j’avais sur la question le vilain;

Il m’a posé deux questions simples:

 

 

 

“Est-ce que tu pourras te pardonner s’il arrivait quelque chose à Aliénor à cause de cette décision ?
Est-ce que si tu ta meilleure amie (qui te reconnaîtra, chère gallinacée) devait prendre une décision, qu’est ce que tu lui conseillerais ?”

 

 

Réponses: Non je ne me le pardonnerais jamais. Et si c’était ma meilleure amie je lui dirais de privilégier la sécurité et de ne pas trop tenter le destin étant donné le caractère miraculeux de cette naissance. Oui j’aurais aussi pu lui dire que c’était son corps, qu’elle devait faire comme elle le sentait. Mais bon, elle a pas besoin de moi pour le savoir et ce n’est pas le genre de réponse qu’elle attend de sa bourrine de copine.

 

 

 

 

Mr G, dans sa tendresse habituelle, m’a néanmoins promis de m’aider au maximum pendant la montée de lait, s’il le faut à m’aider à utiliser un tire-lait pour me soulager. Mais il est fort possible que dans un contexte de césarienne programmée, je n’ai pas une énorme montée de lait (d’après mon ami google).

 

 

 

D’un point de vue rationnel, il a raison.

 

 

Mais déjà maintenant je l’ai mauvaise d’être encore privée de quelque chose à cause de mes maladies, alors avec le manque de sommeil, la montée de lait qui imbibe mon haut à chaque fois que je veux donner un biberon, le bébé qui devient fou car il ne veut pas du bib mais du lait maternel, je ne sais pas trop comment je vais réagir.

Mais je ressens aussi une énorme colère lorsque je vois passer un billet, un post Facebook, ou un reportage sur la montée de lait par exemple. Mais je ne suis pas sure que taper sur les murs soit très constructif.

Voyons le positif, étant donné que je ne serai ni enceinte, ni allaitante je pourrais me gober un petit xanax pour faire passer tout ça.

 

 

 

La visite inutile du 6e mois

 

 

Comme d’hab expédiée en 8 minutes top chrono habillage et déshabillage compris. Je crois bien que c’est ma première visite prénatale sans qu’on me touche le ventre (par contre, j’ai pas échappé à l’examen du col). Je retiens toutefois:

 

  • Pas de suivi particulier pour l’hypertension mise à part l’auto-contrôle (heu ?!?!)
  • Oui si à la prochaine écho à 28 SA ça pue au niveau de votre cicatrice en décomposition on peut procéder à une hospitalisation voire à une césarienne direct (venez avec votre valise svp)
  • Rhoo pour le maximum jusqu’où on peut aller … je sais plus ce qu’on avait dit … 38 SA non ? (dois-je m’inquiéter de l’utilisation de la technique du doigt mouillé et d’une grosse contradiction avec ses directives précédentes ?). Sauf que moi compte tenu des risques d’une rupture utérine, j’ai pas DU TOUT envie de dépasser les 37 SA !

 

Ouai …  en fait une simple visite chez ma sage-femme et une conversation téléphonique de 2 minutes
avec le grand manitou auraient largement suffit.

C’est pas comme si la maternité était à 2h de transports en commun (aller-retour) de chez moi hein …

 

 

Et puis sinon, juste parce crotte de bouc, une bonne nouvelle ça fait du bien en ces temps troublés:

 

 

 

Pas de diabète gestationnel les gens !!! Même après avoir eu du DG pour mes deux autres grossesses. Même en étant obèse +++, même avec des parents diabétique. Fuck le déterminisme !

16 Comments

    1. Attention avec cette article, il s’agit d’une mauvaise transformation d’un article à la base scientifique… des études prouvent bien les bénéfices de l’allaitement il existe des recueils très complet de ces études disponibles auprès de la LLL. D’ailleurs Slate avait déjà publié un article la dessus.. ils sont bien débiles tout de même !
      chttps://www.slate.fr/story/129197/recommandations-allaitement-intox

    2. Pour ce qui est de l’article, je trouverais intéressant qu’il cite ses sources et qu’il détaille en quoi les études sont biaisés. Désolée déformation professionnelle XD. Je ne dis pas que l’article a tord ou raison, sans chiffres c’est impossible à dire.

  1. Moi je dis que cette petite Aliénore déjoue tous les pronostics et que c’est une vraie battante !!
    Concernant l’allaitement, je comprends ton envie mais aussi le choix et la décision sécuritaire de ton chéri. Mais bon, malgré les arguments qui se valent, j’imagine que ça ne doit pas être évident pour toi qui y tenait..
    Je te souhaite que ton bébé reste encore au chaud le temps qu’elle continue de grandir comme il faut et que tu puisses préparer son arrivée comme tu le souhaites 🙂
    PS / je suis fan de tes références musicales de la joie 😉 !
    A bientôt;
    Charlotte.

    1. C’est bien de savoir que je ne suis pas la seule à avoir des références musicales parfois un peu obscures (en tout cas c’est ce que me disent mes collègues de boulot 😉 ).

  2. Je comprends le choix, c’est raisonnable, et si même l’animatrice de la LL t’a dit de faire attention… C’est qu’il faut vraiment faire attention. Mais ça te fera plus de temps pour les câlins avec Aliénor et ses grands frères (pour avoir tire-allaité, je peux te dire que ça prend bcp de temps et que c’est très galère)

  3. Je comprends le point de vue de Mr G, le fait de peut-être découvrir des semaines ou des mois après que l’allaitement était nocif pour Aliénor serait vraiment compliqué. C’est plus raisonnable ainsi mais je comprends bien ta déception et ta colère.
    Aliénor d’Aquitaine semble avoir transmis son caractère et sa volonté d’airain à ta petite Aliénor ! J’espère pour vous qu’elle va rester encore quelques semaines bien au chaud et que ta cicatrice va rester tranquille.
    Et bravo pour ta glycémie !

    1. Oh tu sais je n’ai pas fait grand chose pour la glycémie. C’est comme ma non prise de poids, je le dois surtout aux nausées XD

  4. Au moins ce billet finira sur une note positive !
    En te lisant on compatie beaucoup (l’allaitement me tenait tellement à cœur que je l’aurais certainement très mal vécu de ne pas pouvoir allaiter…) mais la santé de bébé avant tout. Concentre toi sur ce petit bout de vie qui va bientôt agrandir la maison et tu devrais neplus y penser.
    Et sinon les seules petites choses positives à ne pas pouvoir allaiter c’est que tu n’auras pas de crevasses, pas de vilains champignons (je n’étais pas informée sur tout ça et j’en ai bavé Olala… pendant trois mois dont le premier mois et demi ou j’avais très très mal tous les jours) et papa qui peut prendre la relève la nuit…
    J’espère que tu arriveras à faire ce petit « « « deuil » » » entre guillemets car ça n’a rien à voir avec le deuil d’un enfant, même si c’est dur entant que maman.
    Bises
    Jessica

    1. C’est vrai qu’au moins je n’aurai jamais à connaître des crevasses. Mais c’est vrai que l’accompagnement des mamans allaitantes en France est assez moyen.

  5. Dans l’ensemble il y a quand même de bonnes nouvelles même si je comprends ton inquiétude, mais ayons confiance en Aliènor, tu l’as dit c’est une battante !
    Je comprends ta tristesse de ne pas pouvoir allaiter, mais pour le coup je suis assez d’accord avec Mister G, et pourtant tu connais ma position pro-allaitement 😉
    J’ai fait don de mon lait au lactarium d’Ile de France pendant 6 mois, je sais que les hôpitaux donnent du lait maternel au prima dans la mesure du possible. Alors je suis consciente que tu aurais voulu que ce soit le tien mais c’est toujours ça de pris…

    1. Pour le coup elle ne cesse jamais de me surprendre 🙂 . C’est vrai que ma petite aura du lait maternel le cas échéant. Mais j’espère juste ne pas devoir aller faire du peau à peau dans une salle d’allaitement. Si en plus j’ai une montée de lait, ce serait vraiment très compliqué. Merci d’ailleurs aux mamans qui donnent leur lait pour les bébés des mamans qui ne le peuvent pas !

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