Education / Gemellité

3 ans d’Isaac et de Yoann: ça fait trois ans que je suis devenue maman

Mes jumeaux, mes aînés, ils ont 3 ans ! Punaise ils ont survécu jusque là ! Avec deux brèles de parents que nous sommes que nous étions à l’époque, c’est un petit miracle. Second phénomène inattendu: nous aussi on a survécu ! J’aurais pu vous faire un article classique sur mes enfants, sur leur évolution, combien je suis toute émotionnée de les voir grandir et d’être spectatrice de leurs progrès. Sauf que je vois pas trop ce que ce type d’article apporterait, en tout cas avec ma plume. Je ne peux pas m’empêcher d’être cynique, et je n’ai pas envie d’être cynique lorsque je parle d’eux (du moins pas en public). Je me suis dit que j’allais plutôt faire un flashback sur notre pomme à Mr G et à moi. Niveau maternité en rentrant à la maison avec mes jumeaux j’étais en niveau spéléologie. Maintenant je dirais qu’on est déjà à la moitié de la grimpette d’une petite colline. Parce que je sais que vous êtes curieux de notre vie palpitante, un petit retour sur ces 3 années de folie.

Mars 2015.
Je viens d’apprendre que je suis enceinte, je n’y connais rien à rien en matière de grossesse

Y’ a trois échographies ? Faut aller au gynéco tous les mois ?
C’est quoi au juste une sage-femme ?
Comment ça se déplie une couche au fait ?

 

Nous voilà dans le bureau du gynéco pour une échographie très précoce (5 SA si mes souvenirs sont exacts). Et la phrase qui a fait basculer tant de parents dans la folie, le fameux choc gémellaire. Les jambes de madame en l’air, le cou qui atteint ses limites en matière de tortillement, le gynéco qui se racle la gorge

“Ah je vois qu’il y’a deux poches. Ce sera peut être des jumeaux“.

La réaction de Mr G est gravée à tout jamais dans mon esprit, une sorte de rictus mêlé à de l’hyperventilation. On sentait le cri du “AAAARGHHHH” qui avait du mal à être contenu à l’intérieur de sa personne. J’ai ri nerveusement. Mais au fond de moi j’étais vraiment heureuse. Je n’aurais pas d’enfant unique yeeeahhh !! Eh je suis enfant unique, j’ai le droit de râler contre cette condition loin d’être idéale. Je me souviens de l’annonce à une amie très chère aussi: “Yvonne c’est pas sur, mais y’en a peut être deux“.

 

Vous connaissez la suite, c’était bien des jumeaux dizygotes.
Isaac et Yoann

 

Même s’ils sont aussi blonds, ce ne sont pas les miens

Nous n’étions pas DU TOUT préparés à devenir parents.

Quand je te dis pas prêt c’est pas genre toi qui doit encore finir de te maquiller et de mettre ces fichus talons trop étroits alors qu’on t’appelle depuis la voiture pour la 5e fois. NON. C’est genre tu viens de te lever, tu as les cheveux de Gloria Gaynor, et un visage mal réveillé proche du cubisme.

La première fois que Mr G et moi avons tenu un bébé dans les bras c’était ….  à la maternité. Je n’avais jamais vraiment entendu de cris de nourrissons. Tout au début je pensais qu’ils toussaient les ptits gars. Ouai …. Tu le vois venir le 38 tonnes dans notre face au retour à la maison ? Je t’en parle ici.

 

Février 2017.
Le jour de la date de conception des twins je fais un test de grossesse positif
Neuf mois et deux jours de rab plus tard naîtra un Samuel de 4,3 kg pour 52 cm

 

Et en trois ans je me suis autant réinventée que Madonna. C’est une évidence mais ça va mieux en le disant: Être parent est un chamboulement sans pareil dans la vie de quelqu’un.

 

Pourtant je ne pense pas que Mr G et moi ayons changé tout de suite.
Nous étions de parents à peu près potables uniquement vers les 18 mois de nos enfants,
et c’est Samuel qui a pu récolter les fruits de notre expérience.


Mr G m’a d’ailleurs glissé à la naissance de notre bébé sourire: “Cette fois-ci je me sens vraiment jeune papa

 

 

 

A l’heure où nous devenons des parents d’élèves, j’ai envie de dresser un bilan de ces trois dernières années
et de comparer la WorkingNewMutti à la WorkingMutti V.2 d’aujourd’hui

 

L’objectif principal est bien sur l’auto-congratulation en place publique, mais si un jour une maman version WorkingNewMutti passe par là …

 

En 2015, au pire de la dépression post-partum, je me demandais bien pourquoi j’avais eu cette idée folle d’avoir des enfants.

Oui même si vos enfants vont mettent au bord de la nervous breakdown 70% du temps, les 30 autres pourcents compensent très souvent le reste. Même si sur le moment on a envie de les hacher menu les petits monstres.

 

En 2015, je pensais qu’un nouveau-né faisait des caprices,
qu’il fallait le laisser pleurer pour qu’il apprenne les limites histoire de lui donner les bonnes habitudes dès le début.

 

Maintenant je sais qu’un nourrisson est un petit mammifère (notamment ce livre de Michel Odent, dont vous trouverez un avis critique que je partage totalement ici) qui a besoin de contact humain et je suis devenue incapable de le laisser pleurer. Ouai, j’ai la capacité émotionnelle d’une huître insensible, alors il faut bien que la science passe par là pour me faire changer de position. 
Sauf quand je suis tellement épuisée que je ne l’entends même plus. Vive la nurse de nuit pour éviter ça.

D’ailleurs Samuel qui a été très collé à sa maman pendant ses premières semaines et un bébé beaucoup plus serein que ses frères que j’ai voulu conditionner et dresser en croyant que c’était ce qu’il fallait faire. Lien de cause à effet ?

 

 

En 2015  je pensais que mes enfants devaient être des selfmade men, qu’une nounou pourrait facilement me remplacer si j’étais là pour le bisou du soir et que leur coller un nounours dans les bras suffisait à les rassurer efficacement.

Aujourd’hui, je sais ne suis pas seulement un guide, je suis une source de réassurance et un phare dans leur vie. Chacun de mes fils a besoin que je sois 100% avec lui pour le rassurer. Ce qui est juste quasi impossible. Heureusement que mes fils sont très liés et peuvent se rassurer aussi un peu mutuellement ligués qu’ils sont contre leurs parents.

 

 

 

 

En 2015 je pensais presque qu’un enfant posait des questions pour nous agacer

Un jeune enfant ne nous interroge pas sur ce qui lui fait peur, il l’exprime les choses lorsqu’il en est déjà terrifié. Il faut anticiper et expliquer, réexpliquer, rassurer. Et se souvenir de ce qu’on a dit la dessus hier pour ne pas créer de confusions. Bonne chance pour te rappeler ce que tu as répondu sur l’absence de crocodile dans la chambre à 23h hier soir.

En 2015, 2017, j’étais persuadée que mes enfants hurlaient dès qu’ils étaient sels avec moi car ils me détestaient.

Ce n’est pas parce qu’un bébé/jeune enfant est plus dur avec nous qu’il ne nous aime pas. Au contraire, c’est qu’il a encore plus besoin de sa mère pour se rassurer et ce n’est pas le moment de chercher à le faire garder le plus souvent possible en pensant que c’est bon pour lui. Nope. A la place, claque ton pognon dans une bonne crème rafraîchissante anti-poches anti-cernes. Rassures toi, ça ne va pas durer.

 

En 2015, mon rêve le plus cher était d’être mère d’une petite fille.

Je voulais les petits pyjamas tout mignons, et élever des guerrières féministes. J’ai même suivi le régime fille du Dr Papa. Un truc aussi gros ça ne s’invente pas. Tu connais le résultat en chaire et en chromosomes XY. Aujourd’hui je me rends compte que j’ai toujours préféré Batman aux princesses, que je déteste les trucs de nunuches de filles rose bonbon, et que la bataille du féminisme-égalitarisme passe aussi et surtout par les futures générations d’hommes.

 

 

Mon bébé, mon enfant, ne sera jamais comme je l’avais imaginé. Et alors ? C’est une fantastique personne que j’ai le bonheur de découvrir un peu plus chaque jour. C’est un challenge de réussir à m’adapter à l’inattendu.

 

Maintenant que je maîtrise un peu mieux les besoins d’un nourrisson, je me dis que si
j’avais la chance un jour d’avoir un autre enfant je ferais tout différemment.

 

 

J’ai compris qu’être un bon parent ce n’est pas être sur de soi, et appliquer ses principes éducatifs sans jamais douter

Tout parent fait des erreurs, mais un bon parent les reconnaît. Être un bon parent c’est pour moi être modeste et reconnaître que, même si Kévina nous irrite avec ses idées stupides différentes, il y’a peut être quelque chose à prendre dans son discours pour améliorer notre relation avec nos enfants.

Je pensais tout savoir, je pensais que les autres méthodes d’éducation n’étaient que des théories de hippies qui devenaient larbin de leur bébé maman au mépris de leur condition de personne. Maintenant je sais qu’il existe des dizaines de bouquins qui nous apprennent THE manière d’éduquer nos enfants pour en faire des petits génies dociles des adultes épanouis. Mais pourtant, les plus grandes leçons ce sont eux, mes fils, qui me les ont appris.

 

 

 

 

Au delà de la parentalité, j’ai profondément changé en tant que personne.

Réussir sa vie ne veut plus  dire pour moi se faire plein d’argent et monter au sommet de la chaîne des responsabilités de son entreprise. Il ne s’agit pas de s’oublier totalement en tant que personne, car une fois que le petit dernier a quitté le nid, on risque de se retrouver dans un vide aussi profond que les émissions de Cyril Hanouna. S’épanouir c’est certes avoir de quoi vivre convenablement, mais c’est surtout faire des choses qu’on aime.

J’ai aussi appris à briser ma carapace et surtout à oublier tout concept de fierté: maintenant je peux chanter des comptines en public avec mon talent musical qui rendrait dépressif un jeune gagnant du superloto. Je peux parler du caca de mon bébé en public. Je peux sortir aller chercher mon pain avec un tee-shirt orné d’une belle tâche de lait vite nettoyée parce que de toute manière un autre tee-shirt va y passer d’ici 15 minutes et je n’ai plus le temps de faire des lessives.

J’étais à peu près au point sur le côté logistique, mais je n’y connaissais rien au point de vue émotionnel
C’est l’histoire de ma vie en fait

 

 

Et Mr G dans tout ça ?

 

Eh bien c’est un saint homme vu qu’il emmène et cherche les enfants à l’école tout seul. Du fait de mon épilepsie, il donne le bain à Samuel.

Toutefois, il a assez peu évolué sur ses principes éducatifs. Mr G est très old school, un  papa qui se fait respecter à chaque instant. Il préfère d’ailleurs que les enfants aient un peu peur de lui. Il me dit souvent que je suis trop laxiste, et il y’a un gros fond de vérité la dedans étant donné mes difficultés à me faire obéir de mes enfants de trois ans. Mais il aime profondément ses enfants et leur prouve aussi tous les jours par ses câlins, ses chatouilles et ses bisous.

Et puis la blogosphère parentale m’a ouvert l’esprit sur pas mal d’aspect du maternage et de l’éducation en général

Maintenant je ne culpabilise plus de ne pas nettoyer à fond la tétine de Samuel lorsqu’elle tombe dans la terre

La dernière fois qu’on a galéré en pleine cambrousse à faire un biberon à Samuel entre a boite de lait, le chauffe biberon branché sur l’allume cigare, le biberon en lui-même et l’épaississant, je me suis dit que ce serait vachement plus pratique d’avoir juste à sortir mon nichon

Maintenant je me creuse moins la tête pour trouver des idées d’activités à mes enfants

Aujourd’hui je n’ai plus honte de dire que non je ne forcerai pas mes enfants à claquer la bise à grande tante Ginette parce qu’elle leur a offert des stickers Tchoupi

Demain je me sentirai moins seule quand je lancerais l’opération Overlord dans ma salle de bain pour forcer les grands à se brosser les dents

 

Le take home message:

En fait être parent, si on l’a choisi, c’est vraiment bien mieux que ce que je pensais.
En 3 ans je ne suis plus DU TOUT la même personne.

En 3 ans, j’ai autant grandi qu’eux.

 

 

11 Comments

  1. J’ai adoré ton article ! Et pas seulement pour le lien 🙂 même si ça me fait très plaisir et que je suis heureuse que mes articles soient utiles à d’autres mamans (c’est leur vocation première !). Ce billet est criant de vérité, j’ai ressentis la même chose que toi quand la vie m’a mis une grande claque au moment ou je suis devenue maman. Ca nous fait grandir avec nos enfants et c’est avec eux qu’on apprend le mieux !
    Félicitations pour cette belle évolution, tu peux être fière de toi !

    1. Ton blog commence à devenir une vraie mine d’infos concernant l’allaitement ! C’est toujours mieux d’entendre parler de ces sujets du quotidien par des mamans qui partent de leur expérience propre que des textes techniques classiques.

  2. Quelle conclusion ! Quel article ! Les enfants nous font nous surpasser, nous élever, grandir ! Joyeux anniversaire aux garçons et à vous aussi, parents ! T’imagines l’évolution en trois ans? Imagine quand ils en auront 6? 9? 12? 😉 Héhé !
    A bientôt,
    Charlotte.

    1. Le jour où ils entrent à l’école primaire je serai très fière, mais à 12 ans je prendrais un sacré coup de vieux XD. Peut être que j’aurais choppé un peu de sagesse au passage

  3. J’adore ton article, je le trouve tellement juste. Je pourrais reprendre un bon nombre de choses : la rigidité pour le 1er, l’assouplissement pour les suivants, le fait qu’être parents, c’est sauter dans le vide, l’ouverture d’esprit, la croissance personnelle grâce à nos enfants…

  4. Joyeux anniversaire à tes grands !
    Je me suis pas mal retrouvée dans ton article… Entre ce que j’imaginais, ce qui s’est passé, ce que l’on vit maintenant, ce que l’on vivra ensuite… c’est certain que devenir parent nous fait changer, au plus profond de notre personnalité, bien plus que ce que j’avais imaginé.

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