Grossesse

{31 SA} Rebondissement, dépression prénatale, et compromis

Nous approchons doucement la fin de la zone de la grande prématurité, notre dossier était accepté dans cette super petite maternité, bref, encore mieux que -80% chez Nature et Découverte (à moi la petite fontaine zen). Mais nooooon, il faut des retournements de situation inattendu, un bon gros drama. Ou comment ta vie doit ressembler à un épisode de Grey’s Anatomy.

Tu le sais, cette grossesse a débuté dans un contexte assez compliqué, pas dans un corps sain, ni dans un esprit vraiment opé. Burn out, plus de 15 ans de troubles du comportement alimentaire tout ça tout ça. Sauf que là, la parole commence à ne plus suffire. J’ai besoin d’une béquille chimique pour donner le petit coup de pied au fond de la piscine qui va me permettre de remonter. Un petit bout de paradis artificiel médicamenteux pour avoir la force de me reconstruire sur des bases solides, un petit cacheton qui répond au doux nom de Sertraline. Sauf que niveau des effets sur bébé à la naissance, on est très loin du rose bubble-gum. Tu commences à le deviner, si je commence ce médicament, à cause des dits effets pas jojo, je ne pourrais plus accoucher à Rambouillet et je serai de retour à l’usine …

Il y’a déjà une barrière psychologique à franchir:
Accepter que la seule parole ne serait peut être pas suffisante pour aller mieux.

 

La seule évocation d’une visite chez le psychiatre, du monde de la santé mentale en général, fait peur.

 

 

Alors que c’est juste une composante comme une autre de la santé d’une personne. Pas plus, pas moins. Je dirais même qu’elle est très importante lorsqu’on sait les effets puissants de l’esprit sur le corps (coucou l’effet placebo).

Le psychiatre est très souvent associé à une idée de folie violente, de perte de contrôle sur soi. Un petit peu comme si on affirmait que toutes les personnes autistes étaient la copie conforme de Rain Man.

Il faut aller au-delà de ses propres préjugés, se retenir de ne pas regarder autour de soi pour vérifier que personne ne nous voit entrer dans cet immeuble orné par cette plaque dorée que dont on a l’impression qu’elle clignote aussi fort qu’on rougit. Il me faut arrêter de craindre que ces médicaments psychotropes auraient pour seule action tangible de transformer mes neurones en première purée de diversification alimentaire. Mon cerveau, ma capacité de réflexion, ma curiosité intellectuelle, mes facilités pour comprendre les choses, c’est un petit peu tout ce qui me reste d’appréciable et de salvateur dans ce grand tourbillon.

 

 

 

 

 

 

Toutefois, dans le contexte particulier de la grossesse,
et dans mon cas précis,
ces considérations philosophico-capilotractées et nombrilistes
sont un peu passées au second plan.

 

Étant donné mon rôle de tenancière d’établissement en pension complète,
il y’a accessoirement le volet “potentielles conséquences sur le foetus, lui en parfaite santé,
qui n’a rien demandé” à prendre en compte

 

Si je décide de gober les cachetons,
voilà le négatif

 

 

 

 

 

Je pourrais offrir à ma fille un merveilleux cadeau de naissance: commencer sa vie par une descente d’acide involontaire

 

Comme je l’avais évoqué en début d’article, accoucher ailleurs que dans une maternité de niveau 3 en prenant de la Setraline, ce serait un peu comme scier un peu la corde avec laquelle tu vas sauter à l’élastique. Tu es là pour les sensations fortes et tu veux les décupler. Mais tu risques surtout de finir en crêpe à la confiture de fraise très très rapidement.

Un syndrome de sevrage se produit dans 30% des cas si la prise de Sertraline est poursuivie jusqu’à l’accouchement, avec des risques de problèmes respiratoires et d’hypertension dans le pire des scénarios. L’équipe de la maternité de Rambouillet a été claire: dans ce cas, bébé sera transférée dans leur maternité de niveau 3 de référence … à l’autre bout de la région parisienne, sans accès en transports en commun avec moins de 5 changements (souviens toi, permis suspendu à cause de la dame épilepsie).

Si tu veux un inventaire à la Prévert des autres joyeusetés, je te mets un lien vers la fiche du CRAT. Bon, il est clairement mentionné que ces effets sont transitoires et “”pas trop graves“” (on doit pas avoir le même dico, parce que pour moi avoir un machin à oxygène dans le pif, je trouve assez sérieux, mais bon moi ce que j’en dis hein ….).

 

Tu vas me dire que je le fais déjà en prenant du Lamictal. Oui … mais… 2 mais: le Lamictal a une balance bénéfice-risque très claire étant donné les conséquences sur bébé d’une crise d’épilepsie, alors que, selon moi, cette balance est beaucoup moins tronche-en-biais dans le cas de la prise d’anti-dépresseurs.  De plus, les effets d’un syndrome de sevrage sont plus rares et un peu moins hardcore dans le cas des études menées sur la molécule du Lamictal.

 

 

 

 

 

 

 

 

Avoue que envoyer sa fille en réa dès sa naissance, c’est pas génial pour se sentir une bonne mère.
Et je ne sais pas si la Sertraline va contrebalancer ce bad trip.

 

 

En outre, je ne suis pas sure que d’accoucher dans une maternité usine me permette de mieux vivre cette rencontre.

Toujours cette vague histoire de création du lien mère-enfant. Parait que c’est vachement important. Déjà que se opérer à date fixe c’est pas topissime du chapeau pour faire la transition, si en plus c’est fait avec autant de cœur à l’ouvrage que Charlie Chaplin à son ouvrage dans les Temps Modernes …

 

 

 

 

 

 

 

Si je décide de en pas prendre l’anti-dépresseur
Voilà ce qui peut nous tomber sur le coin de la tronche

 

Je m’expose tout de même à un violent retour de bâton façon boomerang agrémentés de lames de rasoir
dans cette période de fragilité qu’est le post-partum.

 

 

Et là ca risque de piquer pour la création du lien mère-enfant.

 

Le truc avec la anti-dépresseurs en général c’est qu’ils mettent un certain temps à agir. Pour ressentir les premiers effets, il faut bien attendre 2 semaines. Et pour voir des éléphants roses à plumes violettes il faut compter un bon mois. Je suis déjà à 31 SA avec un accouchement prévu à 37 SA. Je te laisse faire s’agiter les petits rouages dans ta tête, et voir que niveau temps, on est aussi ric-rac que moi dans mes pantalons pré-1ere grossesse.

 

 

 

Toutefois, je suis persuadée que ce n’est pas parce que j’attends
quelques semaines que le monde va s’écrouler.

 

 

Surtout si je suis en paix avec ce choix et que je suis convaincue qu’il est le meilleur pour ma fille comme pour moi

 

 

 

En outre, être suivie par une équipe de pro, c’est vraiment la meilleure prise en charge possible,
mais ça fait un max de personnes avec du street cred pour te balancer à la PMI et leurs copains.

 

 

Tu vas me dire que je me soigne à la Marie-Jeanne là c’est pas possible, je suis en plein trip de persécution.

 

Tu sais, pour avoir bossé quelque temps dans le social, plus rien ne m’étonne de ce côté là. Parfois, les voix des critères de l’aide sociale à l’enfance pour déterminer ce qu’est “un bon parent” sont assez impénétrable. Ils ont une vision bien à eux de ce que doit être un parent capable, mais ils ont du mal avec les légères variantes de LEUR normalité. Je les ai déjà vu s’agiter car la maman n’avait rien préparé pour son bébé à la naissance … parce que c’était partie intégrante de la culture dans laquelle elle avait grandi et était baignée au quotidien.

 

J’aimerais vraiment éviter qu’on se retrouve dans cette machine infernale pour pas mal de temps. Surtout, avec la culpabilité d’avoir mit toute la famille dans la crotte d’éléphant juste par ma faute.

 

 

 

 

 

En somme, la question est assez simple,
la réponse beaucoup plus complexe:

Quelles sont les meilleures conditions pour accueillir ma fille ?
Quels sont les risques les plus acceptables si on prend du recul ?

 

Working Mutti et Mr loading, recherche du meilleur itinéraire

 

 

La priorité c’est de nous assurer à tous une belle rencontre
Aucune molécule ne pourra réparer ces moments s’ils sont brisés

 

 

L’accouchement joue une telle part dans les fondations de la relation mère-enfant. Il peut créer des fragilités et/ou profondément creuser celles qui existent déjà. Je le sais pour l’avoir vécu après mon premier accouchement catastrophique.

Il faut aussi prendre en compte l’enfer le contexte des 2 premiers trimestres de cette grossesse et en peser les conséquences sur notre état psychique actuel. Quelle mère n’aurait pas eu d’idées noires dans ce contexte ? Quelle mère aurait supporté tout ça sans difficultés ?
Petit détail qui ne trompe pas, ma tension est sous contrôle depuis que je sais que mon dossier est accepté à Rambouillet.

 

 

 

 

Ma culture germanique de la négociation et du compromis a fini par trouver une solution
qui ne fasse pas trop grincer des dents:

Je les prends les cachets … mais deux semaines avant l’accouchement

 

 

C’est la solution la moins pourrie: étant donné que de si petites doses sur un temps si court ne peuvent pas créer trop d’effets délétères à la naissance, MAIS que ça permet de gagner 2 semaines sur la date de début du traitement.

 

Pour terminer sur une note d’humour, j’avais envie de vous partager la fabuleuse chanson composée par Mr G sur l’air de la comptine pour enfant “Qui habite dans ta maison ?”

 

 

 

Dans ma maison y’a plein de cachetons
Dans ma maison chacun a sa chanson

Mais qui habite dans ta maison ?

 

Le spasfon mignon
Le Lamictal royal
L’Aldomet pas net
La ventoline coquine
Le lévotyrox qui roxx
Le primpéran marrant

 

Dans ma maison y’a plein de cachetons
Dans ma maison chacun a sa chanson

18 Comments

  1. Je suis de tout cœur avec toi.. j’imagine à quel point ça doit être difficile à gérer. Tu prends une décision pour ton bien. Et comme tu le dis si justement : quelle maman n’aurait pas eu d’idées noires ? Quelle maman aurait traversé tout ça sans difficulté ? Courage ❤️ Je t’envoies plein de pensées !

    1. En tout cas, ça me donne de quoi faire un joli article sur l’accompagnement psy des futures mamans … Mais ce sera lorsque j’aurais un peu de recul 🙂

  2. Wahou nous sommes vraiment loin de la grossesse idyllique ma pauvre 😔
    Il n’est pas possible de trouver une autre molécule moins délétère, dans la large gamme des antidépresseurs ?

    Tout mon courage pour ces dernières semaines !

    1. Malheureusement tous les anti-dépresseurs ont un effet d’accoutumance. La sertraline c’est encore la molécule la plus safe pendant la grossesse.

  3. Etant psy(chologue), je sais que parfois, seule la parole ne suffit pas. Et ce n’est pas grave, j’accompagne mes patients vers des psychiatres à l’écoute qui sauront proposer une béquille chimique de manière temporaire. Car oui, c’est temporaire, on en a parfois besoin et ce n’est pas une marque de faiblesse mais un amour pour soi même ! Le psychiatre est loin de s’occuper que des pathologies psychotiques, il a beaucoup plus de corde à son arc, nous travaillons de manière étroite ! Alors nous détricotons les peurs, les croyances, pour aller plus sereinement vers ce psychiatre 🙂

    En espérant que ce traitement t’aidera à vivre une grossesse plus sereine (bien que tu as raison, tout traitement mérite qu’on soit attentif à ce qu’il se passe dans le bidou). Ecoute toi et prend soin de vous,

    Line de https://la-parenthese-psy.com/

    1. L’important c’est en effet que psychologue et psychiatre travaillent de concert. Les AD seuls à mon avis ne résolvent rien et nous rendent dépendants de leur effet “vie en rose”

  4. je vais sans doute te poser une question bête, mais puisque tu parles de parole qui ne suffit plus, vois-tu ton/ta thérapeute à une fréquence suffisante, et te fait-il/elle du bien ? Comment te sens-tu après les séances ? Parfois il faut passer à un rythme supérieur pour surmonter un passage compliqué, ou trouver la vraie bonne personne. En fait, dans tes mots et ce que tu partages ici ou sur IG, je ne te sens pas déprimée, mais je me plante sans doute. Je te sens très dans l’analyse donc à une certaine distance. Toi seule peux savoir où tu en es précisément. Dans tous les cas, câlins et coeurs avec les doigts.

    1. Ma thérapeute me fait vraiment du bien, elle semble comprendre mon mode de fonctionnement. Mais malheureusement elle est dans une partie de Paris pas top niveau accès en transports en commun, et il ne faut pas se le cacher, il y’a aussi le coup financier … 70€ la séance, ce n’est pas neutre dans un budget.

      Pour ce qui est du côté invisible de la dépression, j’avoue que c’est devenu un automatisme de faire semblant, d’être cet alter égo. Il y avait ce superbe projet photo, #facesofdepression, qui montrait assez bien cette façade que beaucoup de personnes dépressives arrivent à présenter.

  5. J’aime beaucoup ton blog. Un plaisir de venir flâner sur tes pages. Une belle découverte et un blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésite pas à visiter mon univers. A bientôt.

  6. Je ne sais pas trop quoi dire pour t’aider… je ne connais pas ce genre de traitement et j’aurais peur de te dire des bêtises. En as tu besoin vraiment tout de suite ou est-ce plus en prévision du post parfum qui t’a déjà posé soucis ? En tout cas je t’envoie plein de pensées !

  7. As tu essayé /pensé à l’acupuncture? J’ai eu 2 grossesses avec dépression et clairement l’acupuncture par la sage femme, ça m’a vachement aidé. Aujourd’hui quand j’ai des phases où j’ai l’impression de perdre pied, quelques aiguilles et c’est reparti! A part ça j’ai pris de la sertraline pendant 3 ans aprés mon divorce pour gérer les crises d’angoisse et ça aide vraiment à se sentir stable de l’intérieur. Bon courage pour ta décision! Sérieux, essaie l’acupuncture, c’est génial!

    1. J’ai essayé l’acuponcture, mais la seule chose qui m’apporte un peu de sérénité ce sont les massages. Mais ça a un certain cout

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