Grossesse / Santé de maman

{33 SA} Cette non-grossesse

Attention cet article va être brutalement honnête, et pas du tout politiquement correct.
J’ai beaucoup hésité avant de le publier.
Mais depuis quand j’ai ouvert un blog pour faire du politiquement correct ?

Vous pourrez me traiter de mauvaise mère.
Si ce n’était que ma gueule, j’aurais dit OSEF.
Mais je n’ai pas envie que des mères déjà fragiles tombent sur cet article et se sentent encore plus mal à la lecture de ces jugements hâtifs.
Ce type de commentaire sera supprimé.
Toutefois, feel free de venir m’insulter sur Instagram.
Liberté d’expression, tout ça tout ça.

 

Comment commencer cet article à part te dire que ces derniers mois ont été si difficiles. Aujourd’hui, je pense que je peux poser un mot sur cette période: ma non-grossesse.

Si tu suis ce blog, ce n’est pas un secret,
j’ai eu énormément de mal à investir cette grossesse.

Ouaip, aussi difficile que de faire rentrer mon popotin dans
ce jean de grossesse beau/pas cher mais deux une taille trop petite

 

 

 

 

J’étais toujours dans cette zone grise.
Je devais me protéger car je ne savais pas ce qui allait nous arriver.
Je devais me protéger car si l’espoir y passait Mr G n’aurait pas la force de nous porter tous les deux
Je devais oublier un peu car sinon je me rappelais que mon corps cassé pouvait nous tuer elle et moi.

 

 

 

Tu penses bien qu’il ne m’est pas venu à l’esprit de faire des photos de grossesse, du belly painting, ou même une prépa à la naissance. Comme si la dernière grossesse que j’avais vécue était celle de Samuel. Comme si ces derniers mois n’avaient été qu’une course d’obstacle à l’aveugle, dont le bandeau sur mes yeux ne serait retiré après la ligne d’arrivée.  Très honnêtement, je préfère oublier cette gestation et ne garder, je l’espère, que les souvenirs de la naissance. Une sorte de black-out entre le test positif et le bloc opératoire.

 

 

 

 

Les préparatifs pour sa naissance ont été expéditifs et sans affect particulier

 

 

 

 

Les objets de puériculture nécessaires sont entassés dans un coin, dans une caisse en vrac. J’ai acheté au fur et à mesure, comme on achète des fournitures de bureau, en regardant le mieux disant, en suivant la procédure d’achat et en surveillant les dépenses.

 

Les vêtements sont en train d’être achetés, un peu au dernier moment. La valise de maternité a été réalisée par Mr G. Comme si j’avais besoin de la voir vivante pour m’assurer que ces préparatifs allaient servir à quelque chose. Pourtant je suis une control freak, une déesse de l’organisation et des tableaux Excels, ça ne me ressemble pas.

 

 

 

Je me suis battue pour avoir un suivi que je trouvais adéquat.
C’était mes dernières forces.

 

 

 

 

 

 

En fait je suis passée en mode non-grossesse: je sais qu’une naissance se profile à l’horizon,
mais ça ne se passe pas dans mon ventre
C’est un pur concept intellectuel

 

 

 

Ou tout du moins, je me mets à ignorer ce qu’il se passe. Ce n’est pas forcément conscient.

 

 

Petite anecdote assez cocasse
Il m’est arrivé plusieurs fois de dire à Mr G lorsque nous partions faire des courses:
“Mince, j’ai oublié le bébé à la maison !”

……

 

 

 

 

 

Je me suis juste complètement coupée d’elle

 

J’ai fini par ne presque plus la sentir bouger. Sauf sur des plages horaires où je m’allonge et j’attends, je compte pour vérifier si elle est encore là. Je mène mes activités habituelles parce ça me permet d’oublier. De toute manière, oublier, ne plus rien sentir, c’est devenu un automatisme. Lorsque je sens ses mouvements sous ma main, j’ai une réaction immédiate de recul. Comme si c’était la squelettique grande faucheuse qui bougeait dans mon ventre, me rappelant que c’est peut être bientôt notre heure, qu’un de ces mouvements pourrait tout déchirer. Alors, je mets une couette entre mon ventre et mes mains pour atténuer cette sensation.

Oui c’est horrible, de dire qu’on ne peut plus supporter de sentir son enfant bouger dans son ventre. Mais chaque mouvement est maintenant associé à la douleur et à la peur de la mort.

 

Je pourrais essayer de lui parler pour tenter d’établir cette communication moins charnelle. Mais je n’ai plus la force de tendre la main. Je suis juste en mode survie.

 

 

 

 

En fait, tout tient dans une seule idée: je suis épuisée.
Je n’ai plus la force de lutter, plus de billes à aligner, plus rien à donner.
Physiquement et mentalement.

 

 

Si je devais représenter ce qui m’arrive, je dirais que toute ma vie j’ai vécu avec cette vague visqueuse dans un coin, derrière une digue en verre. Je la voyais très bien.Parfois, la tempête faisait qu’elle m’inondait, mais j’arrivais assez rapidement à reprendre mon souffle, à respirer à nouveau et à tenter de nettoyer les dégâts, les taches noires visqueuses si difficiles à enlever. Cette grossesse aura fait sauter cette digue en verre. Je suis submergée. Chaque fois que j’essaie de rejoindre la surface, cette substance visqueuse m’entraîne vers le fond. Je me débats, mais je gâche mes forces. Mon entreprise est impossible. Je suis dans le noir total. Alors j’arrête de lutter pour économiser ce qu’il me reste de force pour respirer.

 

 

 

 

 

 

Ne me parlez surtout pas d’hospitalisation, la seule chose qui me donne envie de sourire c’est de savoir que je suis avec Mr G et mes enfants. On me retire ça, et je vais littéralement dépérir.

 

 

 

 

 

 

 

La conclusion de cette aventure:
Une césarienne programmée, une grossesse sans accouchement.
Encore un grand moment de la grossesse qui va m’échapper

 

 

 

Un projet de naissance ? Pourquoi faire… Je vais juste me rendre à l’hôpital à date fixe, prendre ma douche à la bétadine, être brancardée, attachée à une table, on va m’ouvrir, me présenter mon bébé un peu et je vais aller en salle de réveil, je vais avoir une convalescence. Je sais que ce n’est pas politiquement correct de le dire, mais très franchement on se rapproche plus du retrait d’une appendicite que d’un accouchement normal.

 

 

 

De même, ce projet de tire-allaitement était une autre manière de tenter de créer un lien
Quand j’y pense, presque de réparer, de permettre à mon corps de remplir au moins une de ses fonctions de base
De ne pas perdre ce lait qui pourrait être bénéfique pour elle

 

 

 

Ouai j’ai les nerfs. J’en rêve la nuit de lui donner mon lait. Je rêve que ça se passe bien. Et puis je me réveille et retour à la réalité pourrie. Mon lait va couler partout sans raison.

J’ai aussi les nerfs car je sais quel est le protocole en cas de syndrome de sevrage du Lamictal … donner de petites doses de Lamictal à ma fille, tout simplement.

J’ai mémorisé les études scientifiques menées sur le Lamictal et l’allaitement. Je sais que les effets secondaires sur bébé sont corrélés à la dose mais surtout aux concentrations plasmiques de la molécule. Et moi, je suis tout en bas de la fenêtre thérapeutique.

Mais le contexte n’a pas changé. Mr G a toujours le droit de maintenir son véto et je me dois de le respecter. C’est mon corps mais c’est NOTRE enfant. Et il a raison: les risques, certes faibles au regard des données dans mon cas précis, ne se sont pas pour autant envolés.

Mon corps: attends c’est dur de renoncer ? Laisses-moi t’en mettre encore plein la tronche, c’est encore plus drôle !

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis tellement en colère contre moi-même, je me sens si égoïste et ridicule.

 

J’aimerais vraiment que ce qu’on dise soit vrai.
Qu’on trouve de l’énergie de se relever juste dans les yeux et dans les rires de ses enfants
Mais je sais aussi que la dépression est une vraie maladie
Que ce n’est pas aussi simple qu’un coup de mou
Ce n’est pas un caprice

 

 

Je ne voulais pas en parler. Même pas me l’avouer. Mais s’il y’a une chose que j’ai apprit, c’est que se mettre la tête dans le sable en chantant Pirouette Cacahuète à tue tête ne va faire que empirer les choses. Au pire, si ce n’était que moi, ben … je ne peux m’en prendre qu’à moi-même si les conséquences me font sauter les chicots. Mais il y’a un enfant en jeu dans cette histoire. Un bébé qui n’a rien demandé, pas même à venir au monde.

 

 

 

Mais il y’a tout de même un moment où j’ai eu cette sensation bizarre
de vouloir prendre cette petite dans mes bras

 

 

 

 

 

Lors d’une visite récente de ma sage-femme, cette dernière a réalisé un examen du col. Elle m’a dit que ma fille était en céphalique amorcée (ce qui apparemment est un synonyme d’apliquée). Elle m’a dit qu’elle sentait bien la tête et m’a demandé si je voulais la sentir moi aussi. Bon un toucher vaginal, c’est loin d’être agréable mais why not. Et là j’ai senti une forme ronde et dure. Et c’est là que j’ai eu très envie de la serrer dans mes bras. Peut-être parce qu’elle avait dépassé ma cicatrice, cette épée de Damoclès ?

 

Mais ces instants sont éphémères …

 

 

 

 

 

Aujourd’hui le staff s’est réuni pour statuer sur mon cas. Ce sera une césarienne programmée le 3 juin 2019, soit à 36 SA+6. Le but est de tenir jusque là, en espérant que le col ne se modifie pas trop, que les contractions s’arrêtent. La sage-femme va passer 2 fois par semaine, et je dois me rendre à l’hôpital pour une écho toutes les semaines.

 

 

PS: je vous invite à aller jeter un oeil à ce superbe projet/#hashtag Facesofdepression. Ce hashtag a été inspiré par le post IG de la femme de Chester Bennington, le chanteur du groupe Linkin Park, montrant son époux souriant sur une photo de familles quelques heures avant de se suicider. La dépression est une vraie maladie invisible, il ne faut pas se tromper. Vous trouverez un florilège des contributions (en anglais) par ici.

19 Comments

  1. Ton article est poignant. Je ne me permettrai jamais de juger une maman et ses ressentis et j’espère que tu ne recevras aucun commentaire déplacé.
    C’est ton histoire. C’est ce que tu ressens à cet instant là. C’est un cumul de tout ça.
    Et je ne peux rien te dire qui aura vraiment du poids si ce n’est que je pense à toi. Tu n’es pas seule. Devenir mère peut être littéralement éreintant tant sur le plan physique (surtout au vu de ton histoire médicale) que psychologique.
    Tu as le droit de te noyer. Personne n’a le droit de te blâmer pour ça. En revanche, on peut tous te tendre la main. Alors moi, même si c’est par écran interposé, sache que ma main est là. Pour gueuler un bon coup, pour vider ton sac, pour dire des choses politiquement incorrectes… Je serai là.
    J’espère que tu vas réussir à trouver de la lumière dans cet océan de gris. La dépression est un mal si difficile et complexe. J’espère que tu trouveras des forces en toi et dans tes proches. Vous vous êtes battues avec Aliénor. Et si tu n’as plus trop de force, elle en aura pour vous deux. Ton chéri en aura pour vous deux. Tu n’es jamais seule <3
    Et pour finir, je te dirai : rien ne sert de te fustiger. Tu ressens tout ça, c'est comme ça. Et je sais à quel point c'est dur de lutter contre ses propres sentiments. Et à quel point c'est horrible de s'en vouloir à soi meme de ressentir tout ça…. Mais c'est ainsi. C'est comme ça. Le temps t'aidera.
    Je pense vraiment fort à toi <3

    1. Merci Charlotte ! Ca me touche beaucoup ! Malheureusement, le mythe de la mère parfaite va jusqu’à nous imposer des sentiments. On doit être heureuse et pis c’est tout. Avoir un enfant est maintenant un choix de vie, donc forcément, vu qu’on a fait ce choix on doit être heureuse à 100%. Sauf que rien n’est aussi simple …

  2. Tu as eu raison d’écrire cet article. J’espère que cela t’aura aidé de mettre des mots sur cette grossesse si difficile et sur ta dépression. En tout cas, je suis sûre qu’il aidera d’autres mamans qui te liront à ne pas se sentir seule de ressentir les mêmes émotions que toi par rapport à tout ce que tu vis (et ce que vous vivez en couple et en famille).
    La grossesse est un moment important, c’est certain mais elle n’est pas déterminante.
    Je pense bien fort à toi et à vous tous. Bon courage et alles Gute!

  3. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ton avertissement préliminaire mais pas à cela. Tu es très dure avec toi-même alors laisse-moi tenter de te déculpabiliser. Le contexte de ta grossesse n’est en rien favorable à la création d’un lien entre Aliénor et toi, c’est même le pire des cas: grossesse pathologique, risque vital latent, prise en charge annexe longtemps insuffisante et tu dois vivre tout ça en gérant trois enfants en bas-âge. Cherche-moi une femme enceinte dans un contexte similaire qui vive sereinement sa grossesse en mode future-maman-in-love! Introuvable, impensable. Quand on sait que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, on se protège et on se coupe de son bébé, je sais de quoi je parle. Quand on est prise dans le flot quotidien de trois enfants qui ont des besoins d’enfants en bas-âge, on ne PEUT simplement pas investir sa grossesse, là encore, je sais de quoi je parle. Cette grossesse, je ne l’investis que depuis une semaine, parce que je suis arrêtée, parce que je passe quelques heures par jour seule et que la grossesse se déroule tout à fait bien. Sans un de ces trois paramètres, sans être dans une détresse aussi profonde que la tienne (ça aurait été malvenu, tu as bien d’autres plaies qui saignent), je n’investissais rien du tout et ça se manifestait physiquement: bébé petit, ventre très petit, peu de mouvements… Bizarrement, tout est en train de changer, comme quoi…Alors quoi dire de plus sauf que tes ressentis sont tout ce qu’il y a de plus normal dans un tel contexte? (Ou alors moi aussi je suis une future mère indigne).
    Quant à la position céphalique appliquée, comme je te l’ai écrit sur Insta, La Bête était déjà comme ça à l’écho morpho. “Pas bon”, qu’on m’a dit. Col modifié à 25 SA. “Pas bon du tout qu’on m’a dit”, “MAP” qu’on a écrit. Résultat, le col a tenu bon jusqu’à 39 SA! (Moi aussi j’ai pu sentir sa tête et ça m’avait fait tout comme toi).
    Bref, après ce pavé, je t’envoie toutes mes pensées et mon courage pour la suite.

    1. C’est vrai que lorsqu’on prend un peu de recul, effectivement, les conditions globales ne sont pas des plus géniales. Mais il y’a aujourd’hui une telle pression sur la maternité heureuse. Pour le moment le col ne se modifie pas des masses, donc je pense que, comme pour toi, le statut quo va durer les 2 grosses semaines qu’il nous reste

  4. On a le droit de ne pas investir une grossesse, même pour moins que ça, même quand tout va bien …
    Et moi je trouve que le lien avec son enfant, le vrai amour, on le construit à deux petit à petit après la naissance.
    Force et courage, plus que quelques semaines, ça va le faire

    1. Lorsque tu parles à des professionnels de la périnatalité, apparemment c’est graaaave de ne pas parler à son enfant in utero, de ne pas l’aimer inconditionnellement etc. Mais je trouve ça un peu trop tranché comme opinion. Personne n’aime de la même manière. Et tant qu’un enfant n’est pas né, c’est vrai que tout est assez abstrait …

  5. Ton article est très poignant, il dit la vérité sur la dépression, mais en aucun cas je ne le trouve choquant. Chacun et chacune traverse cette épreuve à sa façon, avec son vécu. Je te souhaite le courage de savoir t’entourer, et la chance de trouver le bon professionnel rapidement. Un petit point avec mon vécu : un psychiatre est pris en charge entièrement (et encore pas tous), mais un/une bon psychologue est parfois plus adapté, car au moins c’est un être doué de parole 😜.

    1. Merci :). Pour le coup je pense avoir trouvé une bonne équipe de professionnels :). Je vois un psychiatre et une psychologue. Mais bon, la psychologue n’étant pas remboursée du tout, et c’est vrai que ça limite le nombre de séances …

  6. Je viens seulement de connaître ton blog alors je ne connais pas les parties de ta vie que tu as pu y dévoiler. En tout cas celle-ci est poignante. Un jour une psy m’a conseillé d’écrire mon histoire et surtout de la dire à mes enfants parce qu’elle conditionnait leur vie à travers la mienne, sans que j’en sois consciente. Surtout pas de tabou dans la famille. Les enfants ressentent les non-dits, les interprètent inconsciemment à leur manière et ça crée des problèmes parfois profonds. Écrire, ça je sais faire. Mais la dire, leur dire, ça c’est dur, vraiment dur. Et je sais qu’il faudra encore en parler parce que c’est leur histoire aussi et qu’à chaque âge les compréhensions et les impacts ne sont pas les mêmes. Mais ça fait couler bien des larmes encore.

    Ne pas investir sa grossesse: je l’ai connue, 2 fois (sur 4), à des degrés différents. Tu n’es pas la seule et ne dois pas en avoir honte. Cet article que tu as hésité à écrire montre à quel point ce sujet est tabou et pourtant il ne devrait pas. Ça aiderait les mamans à se relever sans culpabilité.

    La 1ère fois, c’était pour mon 2ème. C’était juste pas le bon timing. L’aîné avait 13 mois, et je ne m’étais encore pas remise de la boucherie qui m’avait servi d’accouchement. Je ne voulais plus d’enfant. Je venais de signer un CDI pour un poste important. J’ai pleuré toute seule dans les toilettes à la vue de ce +, pleuré d’angoisses jusqu’au bout, je ne pouvais pas être heureuse. Je suis allée au bout de ma grossesse sans penser à ce bébé. J’ai continué à bosser jusqu’à en mettre notre santé en danger à tous les deux. Et je suis allée dans la salle d’accouchement blanche comme un linge, c’était comme si j’allais à l’abattoir… J’ai tellement, tellement culpabilisé vis à vis de ce bébé qui n’avait rien demandé. Et j’avais l’impression qu’il manquait d’amour, toujours, une fois né. Il a 11 ans aujourd’hui. Je n’ai plus ce sentiment depuis quelques années, mais c’est resté longtemps. Et le fait qu’il soit beaucoup jaloux de ses frères me questionnent évidemment.

    La 2ème fois, c’était pour nos filles, nos jumelles. L’histoire serait trop longue et est encore bien douloureuse alors que ça va faire 5 ans. Pour la faire brève, je n’ai pas du tout du tout investi cette grossesse, ultra compliquée physiquement et moralement. Je ne me suis pas attachée, j’ai rien préparé, acheté, rien. On l’a fait à ma place, je n’en avais pas la force. J’ai eu un suivi psy (que j’ai mis en place moi-même tout de suite après l’annonce de la grossesse gémellaire (à 3 mois de grossesse) et jusqu’à la fin au vu de toutes les complications qui s’en est découlé et encore après la naissance). J’ai mis 2 ans à accepter mes filles, à les aimer comme mes autres enfants. J’ai mis autant de temps à accepter notre famille hors norme et encore, je ne suis pas sûre d’y être encore arrivée totalement. Mais maintenant, je ne pourrais plus voir ma famille sans nos filles et pour moi, ça c’est une victoire.

    Le chemin est long. Il faut pouvoir s’entourer des bonnes personnes et accepter de se livrer, avoir le courage d’en parler comme tu l’as si bien fait ici. Ce n’est jamais facile. Peu importe le temps que ça prend, au final ça en vaut la peine. Je t’envoie tout mon soutien et te souhaite malgré tout une belle rencontre avec ta fille le 3 juin.

    1. Merci beaucoup pour ce témoignage courageux et très touchant ! Je ressens aussi cette culpabilité vis-à-vis de mes aînés. Je me dis que je n’ai pas assez investi cette grossesse et que c’est pour ça qu’ils sont turbulents. Mais je n’avais jamais pensé au fait que je ne leur avait jamais raconté mon histoire, et leur histoire. Leur venue au monde, les premiers temps difficiles, et puis l’attachement très fort que je ressens maintenant pour eux.

  7. Une fois de plus je t’envoie tout le courage et la chaleur possible dans ces durs moments.
    Tu es en processus de défense : sauver ton mental dans cette période de “survie”. C’est compréhensible de ne pas investir cette grossesse. On ressent tellement de douleur à travers tes mots …
    Je vous souhaite une magnifique rencontre, un coup de foudre entre Aliénor et toi (et le reste de ta jolie famille) et des débuts aussi apaisés que possible <3

    1. Je n’ai jamais ressenti de coup de foudre, donc je t’avoue que je suis assez sur la réserve la dessus ;). Mais j’espère pouvoir vite tisser cette relation avec elle !

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