Education / Gemellité

Arrêtons de comparer les jumeaux !

Les nouveaux parents de jumeaux vont très vite apprendre deux choses: 1) dans la rue les poussettes doubles sont apparemment équipées de panneaux lumineux multicolores, invisibles aux yeux des parents, qui invitent tous les passants à regarder/toucher/rameuter la voisine pour qu’elle vienne voir les phénomènes de foire les jumeaux et  2) à questionner les parents sur les sujets les plus stupides et inutiles est une occupation dont ils ne se lassent jamais. C’est qui le plus calme ? C’est qui qui mange le plus ? Lorsque les dits enfants sont encore dans le stade tétée-bras-couche débordante, ces remarques n’ont pour effet que d’irriter les parents. Mais lorsqu’ils sont en âge de comprendre la question et la réponse formulée par les parents, cela peut à coup sur crée une compétition entre eux. Et ça, ça me hérisse le poil.

Je parlerai ici uniquement de mon expérience de maman de jumeaux dizygotes (qui ne sont pas physiquement identiques). Je n’emploie jamais le terme de “faux jumeaux” car je ne vois pas en quoi deux enfants qui ont partagé le ventre de leur mère pendant 8 mois, qui sont nés le même jour et grandissant dans la même famille sont autre chose que des jumeaux. Leur relation aura cette spécificité qu’on ne retrouve dans aucune autre configuration de fratrie.

 

La compétition entre Yoann et Isaac est féroce est constante

 

 

Chaque fois que je m’adresse à l’un, à table par exemple, l’autre fait le maximum de bruits et de bêtises pour attirer mon attention. Lorsque l’un fait un bêtise, l’autre insiste bien pour dire “je suis très sage moi, et pas Isaac/Yoann”. Quand on se lance dans une activité manuelle type pâte à modeler, si je félicite l’un car il a réussi à faire un A par exemple, l’autre va me dire qui lui il sait mieux faire le B.

 

De la fumée est sortie de mes oreilles pendant que j’essayais péniblement de cogiter sur les causes de cette ambiance légèrement malsaine.

 

Est-ce que cet esprit de compétition est inné ou acquis ?
Et comme je suis parent, je suis immédiatement passée en mode culpabilité: qu’est ce que j’ai bien pu faire pour créer ce climat de compétition ?

 

Pourtant j’ai toujours mis un point d’honneur à tout faire pour différencier mes jumeaux. Je ne les ai jamais habillés de la même manière,  je m’intéresse à chacun d’eux en tant qu’individu notamment dans les activités que je leur propose. Je sais par exemple que Isaac adore prendre mon maquillage pour s’en mettre partout de manière plus ou moins précise (même si je reconnais qu’il sait très bien manier le pinceau pour son âge et que le choix des couleurs est judicieux). Yoann n’apprécie pas du tout cette activité alors je vais lui proposer du dessin classique par exemple. Je veux qu’ils se développent chacun dans leur voie propre, la voie qu’ils ont choisie.

 

Et puis j’ai repensé à ces questions constantes depuis leur naissance.

 

Mea culpa, pendant longtemps j’y ai répondu pour être polie. Ce n’est qu’avec le temps que j’ai pu les analyses sous un autre angle et que j’en ai tiré les conséquences.

 

 

Ces questions ont donc pour moi participé à la création de ce climat de compétition constante et délétère

 

On sait tous qu’un enfant s’épanouit bien mieux avec une pression constante sur ses épaules, la crainte d’être dévalorisé par rapport à son jumeau et le manque de confiance en lui qui peut en résulter. Si l’éducation bienveillante était l’équateur, on serait au pôle sud. Je ne peux qu’imaginer les dégâts causés étant donné que cette situation débute dès lors qu’ils sont en capacité de comprendre ce concept. Genre ils ont toujours vécu avec, comme un grain de beauté moche en plein milieu visage.

 

Littéralement, cette compétition s’intègre dans la construction de leur personnalité.

 

Pour pouvoir avoir sa première place au classement, le dit fiston doit savoir-faire mais aussi faire-savoir. A qui ? Et bien aux personnes qu’on bassine avec les questions toute la journée. Cette compétition vise donc à obtenir l’attention des parents pour que les parents partagent ensuite au monde entier leur victoire sur l’autre.

 

 

Selon moi, cela peut créer une insécurité affective, un atout indéniable pour le développement harmonieux de l’enfant tout le monde le sait.

 

Mon enfant va-t-il finir par croire que je vais préférer le premier à chaque fois ?
Que je l’aimerais moins s’il n’est pas en tête du podium ? Que je finirais par l’oublier ? 

Il est extrêmement important pour moi que mes fils sachent qu’ils recevront le même amour et la même affection quel que soit leur cheminement de vie (sauf si bien sur il est dangereux pour eux ou pour les autres).

 

 

 

 

Justement en parlant de chemin de vie …

 

Les comparer constamment c’est selon moi les renforcer dans l’idée qu’ils forment un tout qui fait tout pour amoindrir leurs particularités personnelles

 

Le principe des multiples dans l’imaginaire collectif est qu’il forment une sorte d’unité, un couple dans le cas des jumeaux.

Les comparaisons se concentrent beaucoup plus sur eux que dans une fratrie classique car
il semble qu’il soit plus facile de leur coller un classement sur le dos car la mesure étalon (aka l’autre) est évidente.
Ils ont le même âge, le même lieu de vie, le même entourage. 

Le gros souci avec ce concept, c’est que dans le regard des gens, on leur donne l’impression d’exister uniquement l’un par rapport à l’autre.

 

Pour moi, cela nuit très clairement à leur construction propre et nie leur fait qu’ils sont deux individus indépendants. Leur développement leur épanouissement suit un chemin propre qui ne copie pas exactement celui de son frère, voir qui en diffère totalement.

Ce n’est pas un enfant qui a une fibre artistique, c’est un enfant qui est meilleur en graphisme que son frère, et son frère est en retard sur cette compétence.

Et soyons honnête, répondre constamment à ces questions nous fait nous, parent, opérer un classement pour pouvoir répondre. Il est fort probable que cela nous pousse, consciemment ou non, à accentuer telle ou telle caractéristique chez l’un des enfants, voir que cela ait un influence sur notre comportement vis-à-vis de nos enfants pauvres âmes faibles et influençables que nous sommes.

Il exprime de la peur ? Bahh c’est le plus peureux des deux, on a l’habitude. Mais vu que son frère est perçu comme le plus courageux on va certainement lui proposer d’autres activités pour mieux répondre à ce qu’on pense être son trait de personnalité.

En outre, à force de leur répéter que X est plus “tel traitement de personnalité”, il peut progressivement s’enfermer dans un rôle, développer plus telle ou telle caractéristique. Ils auraient l’impression de décevoir si finalement ils ne collaient plus à l’image qu’on se fait d’eux. Aucun enfant n’a envie de décevoir ses parents et ses proches en général.

 

 

Une fois que les passants ont épanché leur curiosité, il ya toujours la petite question subsidiaire qui traîne …
Pourquoi l’autre n’y arrive pas ? Qu’est ce qui pose problème ?

 

Total respect du rythme d’évolution de chaque enfant et combo avec faire comprendre à l’enfant qu’il a un problème alors qu’il n’y en a aucun !

 

Bref vous l’aurez compris, maintenant je ne réponds plus à ce type de questions. Ou alors je sors la réponse la plus absurde possible.

 

C’est qui le plus turbulent ?

C’est Samuel, la dernière fois il nous a encore fait retourné la maison avec sa soirée vodka/coke entre amis

 

8 Comments

  1. Plus globalement, ne serait-ce pas la comparaison au sein de la fratrie (jumeaux ou non) qu’il faudrait éviter ? Pour beaucoup, c’est anodin, pour moi pas tant que ça… Bref, voilà un sujet très intéressant sur lequel je pourrai débattre des heures (d’ailleurs faudrait que je termine cet article qui squatte dans mes brouillons qui traite de ce sujet). Merci pour cet article.

  2. J’ai adoré ton article ! La question des “faux jumeaux” que tu soulèves notamment ! Non mais ils sont jumeaux avant tout. Point. !
    Et puis les remarques et questions des personnes que tu rencontres, qui (et je comprends ton analyse) renforcent leur esprit de compétition mutuel. En tous cas, j’aime beaucoup ta philosophie de réponses 😉
    A quand la prochaine soirée vodka/coke à la sortie de l’école ? 😉 Hahahah !!

    1. Maintenant à question indiscrète et juste posée par curiosité, je me garde le droit de répondre un truc aussi idiot que la question ;). Parfois les gens rient avec moi, donc c’est que ce n’est pas si méchant 🙂

  3. On tombe tellement vite dans la comparaison, parfois sans même s’en rendre compte ! Hier soir bébé Lu n’arrêtais pas de retourner son assiette, je n’en pouvais plus et je lui ai dit que sa sœur, quand elle avait son age, était bien plus sage que lui ! Dès cette phrase prononcée j’ai regretté mais c’est sorti tout seul. Je trouve pourtant ça tellement nul et contre productif. Et forcément, dans le cas des jumeaux c’est encore plus blessant. Tu fais bien de ne plus répondre aux questions bêtes !

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