Ma vie de Working Mom / Maman féministe

Charge mentale: une journée dans ma tête de working mum

J’ai toujours le cerveau en ébullition. J’aime ça, je le reconnais. Mais surtout d’un point de vue professionnel ! J’ai l’impression de devoir constamment me démultiplier, d’avoir deux emplois du temps parallèles tout aussi serrés l’un que l’autre. Explications.

Il est 6h00.

J’émerge. Première chose à laquelle je pense: il ne faut pas que j’oublie de glisser l’autorisation de sortie des grands dans la poussette. J’ai encore oublié de le faire hier soir.

Pas le temps de déjeuner ou de me maquiller, je réserve mon temps pour eux.  Je prépare les biberons, je donne celui de Samuel. Tiens, il n’y a bientôt plus de lait en poudre. Est-ce que ça peut faire la semaine ? Ouai, c’est un peu juste … Crotte de bique j’ai oublié de le mettre dans le panier drive. Il faudra que je trouve le temps de passer au Monop à la pause midi sinon on va être charette. En plus demain midi je ne peux pas, j’ai presque deux réunions de suite.

Il y’a de la vaisselle d’hier qui traine dans l’évier … Juste à côté du lave-vaisselle. Les sachets de purée vides à côté de la casserole. Un brin de rangement. J’ai perdu 10 minutes.

6h30

Il faut lever les voiles pour aller au boulot. Je laisse Mr G habiller les enfants et les emmener à la crèche. Pas le temps. Si je veux partir tôt, je dois arriver tôt au boulot.

Je saute dans la voiture. Je passe devant une boite aux lettres jaune. Tiens il faut que j’envoie encore cette feuille de soins à la sécu. Je l’ai même pas encore remplie, la loose. Elle est plutôt sur l’étagère noire ou l’étagère blanche ? Peut-être sous l’échéancier de la facture d’eau  … Oh shit, la facture d’eau !!!

Dans le train, un peu de répit, je lis vos articles quand j’arrive à chopper un peu de réseau. C’est mon moment plaisir du matin. Métro. Je passe prendre à la boulangerie mon petit pain aux noisettes qui me sert de petit déjeuner.

8h

Arrivée au bureau

Je lis mes mails, je réponds aux plus urgents. Je prépare mes réunions. Placer les futures réunions en fonction des activités des enfants. Jouer à l’équilibriste pour réussir à tout caser pour tout finir à 17h15 dernier carat. Inventer les pires excuses pour ne pas prendre le créneau de fin d’après-midi ou filer à l’anglaise. Même en ayant travaillé autant d’heures que les autres se sentir coupable de ne pas en faire assez car on part la première le soir.

Mince je dois encore prendre rdv chez le médecin pour les vaccins de Samuel ! Bien sur le secrétariat fait du 9h-18h. Scruter le couloir pour vérifier que personne ne va passer. Téléphoner en douce. Juste à ce moment là ton collègue vient te voir avec ton boss à tel point que tu te demandes comment tu as pu laisser passer la notif sur l’invention de la téléportation. Passer pour une feignasse.

Je pourrais le demander à Mr G, mais le temps de lui expliquer pourquoi ce rendez-vous, à quelle heure téléphoner, quels créneaux retenir, j’ai plus vite fait de le faire moi-même.

10h

Pause café. Ne pas rester trop longtemps en pause café. Faire tenir sa journée de travail dans un temps minimum. Faire semblant d’avoir une vie sociale devant les collègues. Crever d’envie au récit de leur dernier happy hour mojito, leur soirée où la tâche la plus chronophage est de mettre un plat picard au micro-ondes.

On parle des prochaines vacances. Se demander où est-ce qu’on va pouvoir emmener la famille. Faire le budget et la liste des destinations possibles dans un coin de sa tête. Je vais passer quelques heures là dessus ce week-end. Il faudra trouver quelque chose qui plaise à tout le monde en plus, et puis un club enfant c’est pas mal aussi.

 

11h

Réunion de travail. Être plongée dans son projet.

Appel de la crèche. C’est toujours maman qu’on appelle. On ne retrouve pas la tétine des grands. “Vous pouvez passer la chercher chez vous et nous la rapporter ?” “Heu ben c’est à dire que ça va juste me prendre 3h sur ma journée de travail, donc non” “Ah mais il faut penser au bien être de vos enfants. On a des tétines de secours (encore heureux dans une crèche) mais c’est pas pareil“. Passer pour une mauvaise mère (True story, mai 2017).

Finalement même quand je suis loin physiquement, je n’arrive pas à travailler très longtemps sans être interrompue. Ils sont vraiment toujours dans ma tête, pour les douces pensées comme pour les coups de stress inopinés. Dans ma tête, j’ai mes fils dans un bras et mon Dalloz dans l’autre.

 

12h

Déjeuner avec les collègues. S’excuser de ne pas pouvoir aller boire un café avec les autres. Passer au monop acheter la boite de lait. Le bonheur de prendre l’air et de sentir le soleil sur sa peau … Zut est-ce que les enfants ont bien des sandalettes à leur taille ? Ils vont avoir super chaud aux pieds sinon, et bonjour l’odeur. Acheter une paire au cas où.

Passer devant le rayon des couches. Se dire que la rentrée à la maternelle c’est dans deux mois et qu’ils ne sont toujours pas propres. Rechercher des articles sur l’acquisition de la propreté dans la file d’attente à la caisse. Préparer un plan d’attaque à faire pâlir l’opération Overlord.

Vérifier les nouvelles annonces immobilière vite fait avant de reprendre le travail. Répondre aux 80 appels en absence des agences qui veulent se faire recontacter TTU (de toute urgence). Comme la note que tu dois passer à ton boss. Voir le sommet de l’Himalaya si haut et se sentir aussi en sécurité que si on se lançait dans l’ascension avec des baskets.

 

14h

Se lancer dans la préparation du dossier à enjeu de l’équipe. Rechercher le cadre légal. Proposer plusieurs hypothèses. Faire un rétro planing.

Commencer à faire discrètement le panier des courses à aller chercher au drive. Faire les courses pour l’ensemble de la famille. Mr G lui rajouteras ce dont il a besoin pour LUI.

Se dire que finalement on ferait mieux de se mettre à mi-temps parce qu’on arrive pas à gérer. Commettre l’erreur de se dire qu’on est la seule à pouvoir gérer. Se souvenir de Sheryl Sandberg qui disait que justement c’est comme ça que des femmes qui souhaitent continuer à avoir un emploi salarié se retrouvaient coincées à la maison: tout prendre en charge, se dire qu’on a pas le temps, réduire son temps de travail, être encore plus accablée par les tâches quotidiennes de la maisonnée qui nous reviennent parce qu’on a justement plus de temps. S’arrêter parce qu’on en peut plus. Culpabiliser car on se dit qu’on a pas été capable de tout faire comme les autres.

 

 

17h

Qu’est ce qu’on mange ce soir déjà ? Se refaire dans sa tête le planning des menus décidé le week-end dernier. Mince, il me manque du coulis de tomates. On passe sur une autre recette. Une quiche c’est bien aussi. Je donne les étapes détaillées à Mr G. J’en profite pour lui dire de téléphoner à l’agence immobilière pour la vente de la maison. Quand je rentrerais il y’aura des pâtes au ketchup au menu.

17h30

Souffler. Détruire à coups de hache les principes de son cours de sophro sur le quai en attendant le train avec un retard indéterminé. La douce onde qui me calme à chaque inspiration fait ressortir un torrent de lave à chaque expiration. Échec. Se dire que si on arrive pas à l’heure, Mr G ne va pas donner le bon petit pot du soir à Samuel. Que ça va être la catastrophe car il ne voudra rien manger. Qu’il va tout de même hurler de faim et de frustration. Que Mr G va s’énerver. Que Samuel va répliquer. Que Yoann et Isaac vont rejoindre la fête. Que la nuit va être pourrie car le bébé aura faim et le papa sera de mauvais poil. Et me dira que de toute façon “Comment tu voulais que je sache ça moi ?”

 

18h00

Dans le train je fais les comptes, je jette un oeil au budget. Comme tous les mois, on est le 17 et ça coince déjà. Garder la tête froide, il le faut pour anticiper les dépenses, les planifier. trouver la moins mauvaise des solutions. Savoir qu’on va devoir encore passer 1h à rassurer Mr G. Se demander ce que ça fait en fait de se voir présenter les problèmes avec leur solution, de se laisser porter pour une fois.

19h

Je rentre enfin à la maison. On fait dîner tout le monde. Ensuite, le bain, l’histoire et le dodo. Être le chef d’orchestre. Dire qui doit faire quoi à tel moment, bébé, enfants et papa inclus. Dire à papa combien Samuel boit de biberon le soir, combien de cuillères mettre, combien de temps laisser dans le chauffe biberon.

Ne pas se stresser à chaque grain de sable dans le mécanisme. Revoir ses plans en 3 secondes. Avoir une p*tain de capacité d’adaptation. Se dire que finalement ses compétences de négociatrice pour la garde nocturne de Petit Ours pourrait être appréciées à l’ONU.

Zut il est déjà …

20h30

Mr G: Aujourd’hui j’ai bien avancé dans mon projet. On a parlé de X et Y à la cantine, c’était hyper intéressant.

Et dis-moi, tu as pensé à faire l’inscription au centre de loisirs pour les mercredis ?

Et marde …..

Ben fallait demander si tu avais pas le temps !

 


Définition de la charge mentale: travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence. Définition de Nicole Brais, Université de Laval, Quebec.

L’incontournable BD d’Emma sur le sujet peut être consultée par ici.

19 Comments

  1. J’ai déjà souvent l’impression que ma tête risque d’exploser alors que je n’ai qu’un enfant et pratiquement pas de temps de trajet, je n’imagine même pas si j’étais à ta place ! Courage, si vous pouvez déménager sur Paris ce sera plus simple !

  2. Oui et encore, tu as des horaires de travail vraiment tranquilles ! Deux heures de pause pour manger, un travail où tu peux préparer tes corvées ménagères. Moi je dois gérer une fois chez moi et je manque vraiment de temps.

    1. J’ai rarement deux heures de pause pour manger malheureusement. Je ne le fais que lorsque j’ai vraiment des choses urgentes à faire, tâches que je ne peux justement pas accomplir à un autre moment car je pars de chez moi à 6h30 et je ne suis de retour que vers 18h45. Le but de cet article étant surtout de souligner que ce sont surtout les femmes qui organisent la vie matérielle de la maison et qui donc s’acquittent de ces tâches en plus de leur travail habituel. J’ai justement choisi de mettre en avant ces journées ou je suis partagée en deux.

      J’organise mon temps de travail autrement: je travaille également depuis chez moi le week-end et le soir après les corvées, je bosse beaucoup en audioconférence. J’arrive à gérer au niveau qualitatif même si parfois c’est très compliqué. On ne me confirait pas de nouvelles missions stratégique dans le cas contraire. Justement je suis en train de t’écrire avec une salade sur mon bureau et deux dossiers d’ouverts en même temps.

      Je sais très bien que certains ont des horaires bien plus serrés (notamment les personnes assurant des fonctions d’accueil au public, en usine etc), mais je suis loin des horaires tranquilles.

      J’ai écrit cet article car beaucoup de femmes doivent jongler avec deux emplois du temps (ce qui semble être malheureusement aussi ton cas) et qu’il faut en parler pour que les choses changent.

      Je m’excuse si je parais un peu “sèche”. Je suis cadre dans la fonction publique (c’est mon choix) et je suis très loin d’avoir une routine pépère. Sinon je n’aurai pas écrit cet article 😉

    2. J’avoue qu’il y a peut être aussi un biais culturel de ma part. Etant de culture germanique, le fait de rester trop tard au bureau est vu comme un manque d’efficacité et d’organisation. Il n’est pas du tout valorisé comme en France

  3. C’est tout à fait ça!!
    Moi en plus étant séparée du papa, je ne peux jamais me délester d’aucune tâche… mais en même temps je ne m’occupe plus que des enfants et pas du papa en plus, donc les tâches sont réduites!
    En tout cas le syndrôme du “temps partiel”, je suis en plein dedans, j’en rêve la nuit et je vais le demander dès que possible en même temps je me demande comment je pourrais ne pas exploser en passant encore plus de temps à gérer les enfants.
    Bon courage!

    1. J’avoue que souvent papa rajoute autant de taches que les enfants XD.

      On en parle pas du tout de ce “piège” du temps partiel motivé par le manque de temps pour les taches domestiques. Moi même j’étais en plein questionnement la dessus avant de lire Sheryl Sandberg

    1. Cet article a été écrit il y’a quelques semaines et mon mari étant mon plus fidèle relecteur, il a pu vraiment mesurer l’ampleur de la charge mentale. En discuter c’est bien, mais voir la réalité et ses implications pratiques en est une autre. Je suis très fière de dire que les choses ont aujourd’hui réellement changées. Nous sommes dans une très dynamique et nous trouvons un nouveau rythme

    1. Merci :). Mais l’article a eu le mérite de déclencher un dialogue avec Mr G et une prise de conscience de sa part. Que du bonus

    1. Et dire que quand j’étais étudiante je pensais que le mois de juin était un tunnel avec tous les exams. Je ne savais pas ce qui m’attendais ;).

      Le club c’est le bonheur tu as bien raison ! Je pense que c’est la meilleure formule. Avec un petit club enfant pour certaines activités l’après-midi c’est sympa aussi 🙂

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