Capture d'instants / Santé des enfants

Confiner, puis faire sortir le meilleur comme le pire

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LIBRES, ou presque. Je ne vais pas y aller par 4 chemins, la seule chose que nous allons tirer d’un point de vue familial de ce confinement est le souvenir d’un cauchemar, et l’assurance de faire exploser le compte en banque des psychologues locaux pour les années à venir. Le monde d’après, le retour à la normale qui ne viendra qu’après des mois de mesures progressives, c’est un peu ce qui se passe à l’échelle microscopique de notre famille. Pour me plier à un exercice convenu mais néanmoins cathartique, voici ce que j’ai tiré de ce confinement. Spoiler: si tu veux du positif, passes directement à la seconde partie.

Première partie:
Boubououinouin c’est-horrible-la-vie

 

 

 

 

Le confinement m’a légèrement fait perdre
la foi d’une transition vers un monde meilleur
à l’initiative des citoyens

Il n’y a qu’à voir le magnifique reflet de la nature humaine
qu’on a pu voir ces derniers mois

 

Des gens qui se battent comme des chiffonniers pour un paquet de papier toilettes comme des ados pour une mèche de cheveux de maître Gims, la ligne de police secours recevant 50% d’appels de délation d’information aux forces étatiques d’un possible non respect des règles de confinement par leur voisin de palier, c’était même pas sur un article du Gorafi. Le marché noir de la location de chien pour avoir une excuse pour sortir sans subir les regards accusateurs de chaque personne te voyant longer les murs sans un paquet de farine à la main n’était pas sorti tout droit d’une vidéo d’un complotiste lambda. Des gens ont vraiment braqué les voitures des soignants pour leur piquer leurs seules protections alors que eux ont les mains dans le cambouis, les petits mots des voisins sympatouches qui te disent de dégager de leur immeuble (mais pas de ton boulot parce qu’on sait jamais, ils pourraient avoir besoin de toi s’ils allaient en réa). Je sais, c’est le point Godwin, mais quand même, faut avoir que ça ressemble un peu à la France de 1940.

 

 

Quand je vois passer sur les réseaux sociaux ces jolies illustrations pastel qui nous
font passer des injonctions intenables
invitent à tirer de ce confinement un monde plus juste
et écologiquement responsable ….

Je ris à me rouler par terre.

 

Hey, les gens, on vient juste de voir à quel point l’égoïsme, le jugement gratuit, et la violence sont ancrés dans notre société.

John Lennon disait que si tout le monde réclamait la paix ou lieu d’une 2e télévision, aujourd’hui, il y aurait la paix dans le monde. Le problème, c’est que tout le monde est prêt à vendre son voisin pour un 4e écran plat.

 

 

 

 

 

 

Les personnes handicapées (et âgées au passage), les plus fragiles,
ont été certainement dans le top 3 des personnes oubliées du confinement

 

Je veux vous parler de l’enfer qu’on enduré les personnes fragiles coupées de leurs repères, leur souffrance, la souffrance et l’impuissance de leur(s) aidant(s), malheureusement trop souvent au singulier, et malheureusement eux aussi dans un état comparable (voire pire) de leur proche à la fin de ce confinement.

 

 

Pendant 2 mois, l’immense majorité des personnes handicapées
vivant à domicile n’ont reçu AUCUN soin.

 

 

Bien sur, la priorité était de soulager le personnel hospitalier mis à l’épreuve comme jamais, et donc de garder tout le monde chez soi . Néanmoins, 2 mois sans soins, c’est un abandon honteux des personnes en situation de handicap, surtout les personnes présentant un handicap sévère. 

 

 

 

 

 

Point de joyeux confinement en mode cocooning en famille, de charte du confinement pour assurer un joyeux vivre-ensemble, de pain maison qui sort tout chaud du four. J’ai entendu la boule au ventre d’autres parents raconter  les régressions “transitoires” sur des compétences/apprentissages essentiels en mode du temporaire-qui-va-durer, les auto-mutilations et la violence envers les autres membres des confinés (jusque là, on pointe présent), mais aussi, les crises où les murs de l’appartement finissent par ressembler à des murs d’une cour d’exécution tant ils sont criblés d’impact. Derrière des portes bien fermées, que personne n’a eu envie d’ouvrir.  Parce que déjà en temps normal, la personne handicapée est déjà un citoyen de seconde zone malgré la scintillante communication officielle.

 

 

 

J’entends aussi que les professionnels aient été
complètement largués dans la nature
et aient manqué totalement de matériel

 

Une consultation derrière un mur de plexi, ce serait toujours mieux que rien, même mieux qu’une visio. Un masque avec un espace transparent pour la bouche aurait pu permettre la réalisation de certaines consultations. De toute manière, ce virus va nous coller aux crampons encore un moment, aucun apprendre maintenant à vivre avec.

 

 

 

 

Et maintenant, on s’attaque au dur
La reprise des soins, la reprise de l’école

 

Nouveau combat en perspective pour les parents. Mais le sujet mérite un article à lui tout seul.

Je pense que pour des enfants en situation de handicap, sans lourde déficience mentale, sont capables d’appliquer, sans forcément comprendre totalement le pourquoi, ces nouvelles règles sanitaires parfois déstabilisantes. Pour moi, il faut faire attention à ne pas penser à la place de l’enfant, à ne pas se projetter sur ce qui pourrait lui faire peur. A titre d’exemple purement personnel, mes fils de 4 ans et demi n’ont pas du tout peur des masques et pensent que ce sont des déguisements de super-héros et en portent un très facilement puisque c’est un déguisement dans leur tête. On a vu passer des images d’enfants “parqués” dans des cercles de craies avec des légendes anxiogènes, allant parfois jusqu’à comparer l’école à un camp de concentration (j’espère qu’on est dans la connerie level ALD reconnu par la sécu et non dans l’irrespect parce que sinon, autant cracher à la gueule des victimes des vrais camps). Le père d’une des enfants à d’ailleurs pris la parole pour dire que sa enfant allait très bien et que l’image avait été détournée. En fait, ils étaient en train de s’amuser en faisant de la gym ….

 

 

 

 

Passons maintenant à la partie plus joyeuse de cet article

 

 

Il y a encore une minorité de personnes qui se séparent de leurs congénères
et qui ont décidé que ce n’était pas le moment de perdre toute humanité

 

 

 

 

Il faut citer en premier
les bénévoles de
la plateforme handicap tous mobilisés.

 

J’en ai eu connaissance dès la 2e semaine du confinement via les réseaux sociaux. Des psychologues, des assistantes sociales, des éducatrices spécialisées (oui, ce sont à 99% des femmes d’où le féminin) ont monté de toute part une plateforme associative afin de proposer aux personnes en situation de handicap et à leurs aidants écoute, orientation vers les interlocuteurs pertinents, et temps de répit gratuits pour eux (des heures d’intervention d’auxiliaires de vie). Le tout en quelques jours. Le tout avec une efficacité redoutable et une organisation sans failles, sans lourdeur (les services classiques devraient sacrément en prendre de la graine).

 

Je me souviens que lorsque j’étais au plus bas, TOUS LES JOURS, même le dimanche, quelqu’un de la plateforme m’appelait pour savoir comment j’allais, s’ils pouvaient faire quelque chose. Ces personnes ont tout donné pour aider les plus faibles. Ce sont eux aussi des héros à applaudir à 20 heures.

 

 

 

Mais bon, comme on aime pas trop parler du handicap d’habitude, il est fort peu probable qu’ils reçoivent la reconnaissance qu’ils méritent amplement.

 

 

 

Il y a aussi toutes ces personnes qui ont imprimé des visières avec des imprimantes 3D (dont votre hôte),
cousu des masques, des tenues pour les soignants,
le tout à leurs propres frais.

 

Qui ont pallié au rôle de l’État sans rien attendre en retour.

 

 

 

Ce confinement a permis de faire du lien entre des personnes qui ne se connaissaient même pas,
mais qui en fait on tellement en commun,
et tellement besoin de parler de ce tellement

 

Des groupes de parole via zoom se sont montés de toute part, j’ai participé activement à ceux proposés par la plateforme tous mobilisés. Nous avons pu parler avec d’autres parents d’enfants extra-ordinaires, et bordel qu’est ce que ça fait du bien. Se parler de ce que personne ne peut comprendre à moins de le vivre. De pouvoir verbaliser notre épuisement, la colère face à l’isolement total, le fait qu’on a parfois juste envie de se barrer sans se retourner. Le tout sans être jugé, parce que pour ton interlocuteur, c’est tout pareil. Il y a une GROSSE demande pour que ces visios soient maintenues dans la durée, qui connaissent différentes réalités du handicap, et sous forme dématérialisée parce que c’est quand même bien pratique !

Non, je ne vais pas vous parler du rapprochement avec des connaissances éloignées, car j’ai honnêtement très peu d’espoir que tout ça se prolonge dans le temps. On va vite “ne plus avoir le temps”.

 

Ce confinement a libéré l’œil du tigre
chez certaines personnes

 

Quand trop c’est trop, quand on a épuisé tous ses points de vie parce qu’on a été la gentille personne au fond d’une chaise qui opine du chef pour ne déranger personne, une nouvelle personne renaît. Un mélange de Beatrix Kiddo de Kill Bill et de Wonder Woman. Avec un mélange plus ou moins équilibré des deux personnages selon le moment de la journée et/ou de l’interlocuteur.

C’est ce qui s’est passé notamment pour moi pour le retour à l’école des enfants. Le confinement est loin de leur avoir réussi (cf. plus haut). La régression est impressionnante, les crises d’angoisse l’étaient tout autant, les coups donnés à soi et à son frère/sa soeur tout autant.

Dans notre école, il avait été décidé que les moyenne section devaient entrer en dernier, toute fin mai. J’avais alerté tout le monde, remué à peu près tout ceux que je connaissais pour demander à ce que mes enfants puissent réintégrer l’école au plus vite pour que ces troubles cessent. En effet, la reprise de la routine est un soin pour les enfants TSA, pas (seulement) une (nécessaire) mesure de répit pour leurs parents. Nope, OSEF du handicap de tes enfants, enfin non, on s’en servira bien pour les foutre dehors le cas échéant hein, mais là non, pas de passe droit.

 

Et un jour, après être arrivée à bout de force, j’ai décidé que
c’était les autres qui allaient la fermer maintenant.

 

 

 

J’ai utilisé mes connaissances en droit pour des choses utiles pas comme au mon travail  et j’ai creusé un peu les textes juridiques encadrant la reprise des cours. Se prévaloir d’un discours de Jean-Mi qui faisait comme d’habitude un bel affichage en disant que les élèves en situation de handicap allaient prioritaires, n’allait malheureusement pas être suffisant. Il me faut du juridiquement opposable qui laisse des marques sur la tronche après l’avoir balancé à ton interlocuteur.

Je suis donc allée mettre sous le nez de l’inspecteur d’académie la circulaire de rentrée qui donnait priorité aux enfants en situation de handicap, et j’ai saupoudré de morceaux choisi des communiqués de presse. J’ai arraché un bel écrit me disant que mes fils allaient pouvoir retourner à l’école. J’ai envoyé un mail à la maîtresse en lui disant texto qu’elle avait le droit d’être irritée par os demandes répétées, mais que mes fils font partie des publics prioritaires (oui, j’ai écris ça, ma santé mentale n’est pas au sommet du mont blanc).

 

J’ai compris que les avancées en matière de respect et
d’acquisition de nouveaux droits ne se faisaient pas en restant bien sage.
J’ai donc décidé que j’allais devenir ce petit caillou dans la chaussure de certains.

 

Bien après la fin du confinement.

 

——–

 

Mention spéciale au fait que peut-être enfin on pourra refuse de faire la bise sans vexer la personne.

4 Comments

  1. Je comprends que la situation ait été dure pour ta famille. Et j’espère que c’est cela qui te fait voir la vie en noir.
    Ici, la période n’a pas été trop dure et j’ai principalement remarqué les bonnes actions et initiatives citoyennes tout autour de moi. Je les crois bien plus nombreuses, inventives, bienveillantes que les quelques c***neries faites par les abrutis que toutes les sociétés ont.
    Je suis donc bien plus positive que toi.

    En ce qui concerne la gestion de la crise par les gouvernements, je suis de ton avis. C’est du gros n’importe quoi et on oublie toujours les mêmes ! J’espère que nos concitoyens prendront conscience qu’applaudir à 20h ca ne vaut pas grand chose et qu’il vaut mieux se battre pour de meilleurs conditions de travail pour le futur !

    Tu as bien fait de te battre pour tes enfants (même s’il est inadmissible que tu aies dû te battre). Et j’espère que la reprise de l’école et des sorties va permettre un retour à la normal pour ta famille.

    Perso, j’aime bien faire la bise. 🙂

  2. J’imagine un peu comme ça doit être difficile pour vous de vivre cette situation de confinement et maintenant encore ses conséquences. C’est vrai que les professionnels ont été pris de court et contraints de fermer leurs cabinets. Certains se sont adaptés assez vite d’autres moins.
    Plein de courage à vous pour la suite.

  3. Je crois que je ne vais retenir que le positif. Je me méfie beaucoup des informations et de ce que les journalistes veulent véhiculer. Bien entendu il y a des cons partout, c’est la vie, mais je veux croire que ce n’est pas le cas de la majorité des gens. Autour de moi j’ai vu fleurir des gestes de solidarité à foison. Dans l’immeuble de ma soeur les jeunes ont sonné chez les personnes âgés pour leur proposer de faire leurs courses alors qu’ils se connaissaient à peine. J’ai vu des tas de gens proposer spontanément aux personnes vulnérables et âgées de passer devant dans les queues des magasins. En revanche, je n’ai pas été témoin de la bêtise humaine et je crois vraiment qu’on médiatise ce qu’on veut.
    Par contre je suis atterrée de voir que des populations « différentes » ont ainsi étaient livrés à eux mêmes, il y a un gros soucis de gestion de crise à ce niveau là.
    Je suis peut-être utopiste mais j’ai envie de croire au monde meilleur qui pourrait déboucher de tout cela, ne serait-ce que parce que de nouveaux liens ont été crées.

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