Au quotidien / Santé des enfants

Conseils de surdouée aux parents d’enfants précoces/haut potentiel

Oui je suis une ex-enfant surdouée comme on disait à l’époque. Mr G fait aussi partie de la bande. A nous deux, nous atteignons un QI cumulé de 275. Pas question de se la jouer version “I’m fabulous baby“, on a rien demandé, on a rien fait pour ça. C’était livré avec. Et souvent on aimerait avoir un bouton pause pour cette particularité.

Il y’a 25/30 ans de cela, nos parents se sont retrouvés bien démunis avec des enfants “comme ça”. Alors aujourd’hui j’ai envie de vous parler de nous, de notre manière de fonctionner,. Mais surtout de vous donner des pistes pour essayer de mieux comprendre notre  fonctionnement, notre logiquement, mais aussi nos besoins un peu particuliers.

Attention, cet article fera référence aux problèmes que PEUVENT rencontrer les enfants surdoués et leurs parents. Cet article ne se veut pas universel et se base avant tout de nos expériences personnelles. Si tout se passe pour le mieux pour votre enfant alors c’est la meilleure des choses :).
Mr G et moi avons maintenant 30 ans, le monde a heureusement changé
pour nos zèbres aujourd’hui.

Pour moi le point le plus important c’est qu’être surdoué n’est souvent pas quelque chose dont votre enfant va  se réjouir. Etre un enfant précoce, ça veut surtout dire être en décalage, différent, souvent incompris par ses pairs. C’est parfois une cause de grande souffrance et d’isolement. Ça l’a été pour nous.

Je vais prendre un exemple personnel. J’avais 7 ans, j’étais déjà passionnée par le fonctionnement du corps humain. Lorsque nous avons eu la possibilité en classe de faire un exposé sur un sujet libre, j’ai choisi pour thème une maladie neurologique assez peu connue.  Lors de la présentation en classe, tous mes camarades ont ri. Jusqu’à la fin du collège, j’étais connue comme “nom de la maladie”. Un surnom très agréable vous en conviendrez ….

Je n’avais pas compris la réaction de mes camarades. Eux n’avaient pas compris les concepts et les mots utilisés. Non pas par bêtise, mais parce que le sujet et la manière de le traiter n’était pas du tout adaptés à leur âge. Et les enfants de cette époque et de notre campagne reculée se moquaient de tout ce qui était différent.

 

Ma logique est différente de celle des autres. Alors au bout de quelques années, j’ai appris à forcer le trait pour faire rire les autres. Je passais pour la simplette, certes, mais au moins je ne subissais plus les rires, je les déclenchais.

N’essayez pas de forcer les choses en insistant sur l’importance de s’intégrer à un groupe d’enfants de son âge. S’il subit des moqueries, qu’il se fait traiter d’intello à longueur de journée, alors il n’aura pas envie de remettre le couvert plus que nécessaire. Un article l’explique très bien ici.

Oui vous pourriez arguer “mais s’ils te traitent d’intello, c’est bien qu’ils reconnaissent que tu es plus intelligent/cultivé qu’eux non ?“. Ce que votre enfant voit lui c’est qu’il est moqué pour sa différence. Notre maturité affective ne suit souvent pas notre maturité intellectuelle.

Pour ajouter des grumeaux dans le mélange, pour une partie des enfants hauts potentiels (Mr G et moi plaidons coupables),  les interactions sociales sont d’une très grande complexité. Pour pallier ces difficultés sociales et essayer de mettre fin à mon rôle de bouc-émissaire, je me suis transformée en caméléon. J’agissais et je pensais en fonction de ce que les autres attendaient de moi. Encore aujourd’hui je trouve très honnêtement je suis que je suis encore une grande handicapée des relations humaines. Avec les personnes que je ne connais pas/peu, j’imite les comportements que j’ai observé chez les autres. Autant vous dire que cela peut engendrer des difficultés si votre enfant adopte les comportements de la bande des caïds stars des cours de récré pour se sentir mieux intégré …

 

Mes parents ont refusé mes demandes de changement d’école (pour une école avec une section spécifique) en me disant qu’ils ne voulaient pas me “séparer de mes amis”. Sauf que ce n’était pas mes amis, juste des gamins qui m’ont pourri la vie pendant des années. Encore aujourd’hui les croiser réveille en moi une colère et un ressentiment très fort. Les parents de Mr G ont accepté au contraire de le mettre à sa demande dans un établissement spécialisé. Devinez qui a le mieux vécu ses années collège !

Oui c’est une sorte de communautarisme. Oui ça peut paraître ridicule car il va falloir tôt ou tard se confronter au reste du monde.
Mais vous n’auriez pas envie de vous sentir une partie de la journée dans un endroit où vous êtes à l’aise, où vous êtes compris un minimum ?
Un endroit où vous pourriez vous construire en toute sécurité “émotionnelle” pendant ces années si importantes ?

 

 

La relation avec l’école est souvent ambivalente: il est le lieu où on peut apprendre, donc c’est un endroit agréable. Mais ça peut aussi être le lieu des moqueries, l’endroit où on se sent bête car on n’arrive pas à répondre aux questions comme les autres. Sans compter que certains enseignants peu formés à la question des enfants haut potentiels peuvent être irrités par le fonctionnement différent et les remarques un peu déplacées de ces enfants.

Alors souvent on se réfugie dans les livres. Mr G passait tous ses mercredis à l’école lorsqu’il était enfant et ado. Et le mieux c’est quand on peut partager toutes ces connaissances avec ses proches. 

En ce qui concerne l’école, Mr G et moi avons eu un parcours différent. Malgré l’intégration dans une classe spécifique, Mr G a eu beaucoup de mal à se fondre dans les cases du système scolaire. Il a intégré une 3e professionnelle. Et pris de passion pour son domaine il est maintenant ingénieur.
Pour ma part, j’ai toujours été une bonne élève. Arrivée au lycée, mes résultats scolaires ont décollé. Les profs avaient en partie pris conscience de ma différence. J’avais des travaux supplémentaires à réaliser et j’ai arrêté de m’ennuyer à l’école. J’ai terminé dans le classement de tête de ma promo à la fac de droit et j’ai ensuite intégré Sciences Po. J’ai réussi un concours de cadre de la fonction publique. Après un échec cuisant dans un poste qui réclamait un grand relationnel et une logique “classique”, je m’épanouis maintenant très fortement dans un poste de préfiguration, d’études et de production de normes juridiques, ainsi que de défense des intérêts de l’Etat devant les tribunaux. Je touche à tous les domaines de la santé, et donc je ne m’ennuie jamais. Je passe des autorisations de mise sur le marché des médicaments aux droits des transsexuels.

 

Autre caractéristique des enfants haut potentiel, nous ne pouvons nous arrêter de réfléchir. Jamais.

Notre cerveau est toujours en activité, en flux tendu. De la première minute d’éveil à l’endormissement, notre cerveau part sur une pensée A, pour partir sur une B, et revenir sur la C d’hier, repasser par la A etc. C’est ce qu’on appelle la pensée en arborescence.

Vu que ne nous n’arrêtons jamais de penser, nous remettons également tout en question, surtout les ordres et les consignes donnés. Je ne vais pas rentrer dans les détails car tout est très bien expliqué ici. Nous avons besoin de comprendre pourquoi l’ordre est donné, s’il a du sens, s’il n’y a pas une autre solution plus efficace. C’est compliqué à la maison, c’est compliqué à l’école et ensuite ça peut être compliqué en entreprise. Perso mon rêve serait de m’installer un jour en libéral. Mr G lui a une grande liberté dans son job, notamment sur les horaires. Il fait exactement comme il le souhaite du moment que le travail est terminé en temps et en heure.

Parfois notre cerveau pense plus vite que ce que nous pouvons mettre en mots. Genre il est parti devant, et nous pour nommer et expliquer les choses, on court derrière. Souvent j’ai la solution à un problème et je suis fichtrement incapable de l’expliquer. Super pratique en réunion ou au téléphone… C’est extrêmement rageant, frustrant. Et au fil du temps j’ai fini par douter de moi, et je ne dis plus rien. Au moins je ne passe pas pour une quiche !
Imaginez maintenant un enfant, qui pense que tout le monde a le même mode de pensée que lui. Il se dit donc qu’il est vraiment nul car les autres eux peuvent exprimer immédiatement la bonne réponse.

Mon conseil: lorsque vous voyez que votre enfant n’arrive pas à exprimer une réponse, changez doucement de sujet. Et vous y reviendrez plus tard, lorsque les choses auront décantées dans son cerveau. Avec les multiples centres d’intérêt de votre zèbre, vous ne devriez pas manquer de grain à moudre pour lancer une conversation.

 

Nous sommes comme les autres être humains, nous avons les mêmes besoins.
Sauf qu’un est plus fort que les autres: le besoin d’être stimulé intellectuellement.

Je dépéris littéralement si mon cerveau n’est pas nourri de nouvelles informations, n’a pas l’occasion de nourrir de nouvelles réflexions. J’ai eu envie de changer 10 fois de filière à l’université, et puis je suis allée à Sciences Po où je pouvais étudier plein de matières différentes.

Pas besoin d’avoir des connaissances très étoffée dans le domaine de prédilection de votre zèbre pour lui faire plaisir et assouvir sa soif de connaissances.

Ma grand-mère avait arrêté l’école à 12 ans. Pourtant alors que je n’avais que 6 ans elle m’écoutait disserter sur les différentes étapes de l’évolution de l’Homme pendant la préhistoire. Elle me posait des questions, recherchait avec moi des livres (c’était bien avant internet, alors je n’ose même pas imaginer les possibilités qui s’offrent aujourd’hui aux proches de ces enfants !).

 

S’il n’y a une seule chose à retenir, c’est qu’avant tout un enfant zèbre est en quête constante de preuve d’amour. S’il y’a une seule chose à faire c’est de lui montrer que vous l’aimez inconditionnellement, que vous êtes là pour lui. Pas forcément de grandes déclarations car il est probable qu’il ne sache pas réagir et donc que sa réponse vous déçoive, mais des petites preuves concrètes au quotidien.

Mais je vous avoue que lorsque Isaac, du haut de ses deux ans et demi, me demande de lui apprendre à “lire des mots” et a additionner des chiffres, j’ai un peu la trouille …

 

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous conseille l’excellent blog Rayures et ratures qui traite du sujet.

Je vous conseille également les articles d’une vie de maman ici et là, et également celui de Lucky Sophie par ici.

EDIT: je vous rajoute également un lien vers cette vidéo Ted Talk

 

26 Comments

  1. Félicitations pour la clarté de ton article. Expliqué ainsi, je comprends mieux le fonctionnement des personnes aux QI plus élevé que la moyenne. J’ai toujours pensé qu’avoir un enfant précoce n’avait rien de réjouissant mais n’imaginais pas que les relations même à l’âge adulte pouvaient être encore compliquées.

    1. Merci beaucoup ! Ce n’est vraiment pas facile d’être claire sur ce sujet. J’essaie de ne pas affoler non plus les parents de petits zèbres ;). Disons qu’on parle peu des adultes haut potentiel. D’ailleurs ça me fait rire ce terme “haut potentiel”, certainement pas un haut potentiel en relations sociales XD. Bref, je m’égare. Disons que c’est une particularité qui fait partie de nous, de notre mode de fonctionnement. C’est juste que lorsqu’on est adultes on apprends à la cacher et que nos excentricités passent plutôt comme un prétexte à fou rire.

  2. Très intéressant cet article 👍 ! J’adore quand on peut mieux connaitre qui se cache derrière un blog 😉.
    Ici à 15 ans j’ai passé des tests de QI, résultat 140.
    Pour autant l’école ne m’interessait pas. Pas du tout. J’ai demandé à apprendre le chinois via le CNED. J’ai continué jusqu’au bac où j’ai pris chinois en option et 18/20. Mes camarades de classe me prenaient pour une folle !!!!

    1. Idem ici pour les maths. Je viens d’une famille où les filles ne font pas des sciences. Donc on m’a dit dès le CP que je ferai une filière littéraire et pis c’est tout. Et puis l’enseignement des maths m’ennuyait. J’avais le bon raisonnement mais je faisais toujours des erreurs de calcul. Dès que j’avais trouvé la mécanique, le résultat m’importait peu. Et puis à la fin de l’année de première, j’ai décidé que finallement j’allais faire spé maths. Les autres avaient commencé avant. J’étais en tête de la classe, et j’en ai irrité plus d’un …

  3. Personne n’est surdoué autour de moi et je ne m’étais donc pas vraiment intéressé à la façons de fonctionner de ces personnes mais ton article m’a beaucoup intéressé et je suis contente d’en avoir appris plus !

    1. Merci beaucoup :). C’est vrai qu’on parle beaucoup des enfants haut potentiels mais plus pour s’extasier devant leurs “performances”. Mais les choses avancement doucement dans ce domaine 🙂

  4. Bonjour,
    J’ai découvert votre témoignage via La libre Belgique. Et en un clic, me voici sur ce blog. Ah, la technologie, quand ça marche, c’est merveilleux ! Je ne suis pas une personne surdouée, je ne suis pas non plus parent, mais votre article m’a marqué, ému également, et je souhaitais vous en faire part.
    Bien à vous,

    1. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de commenter ! C’est toujours très très agréable d’avoir un retour des lecteurs. Encore plus s’il est positif 😉

  5. Bonjour, merci pour votre partage dans cet article. Je suis moi aussi une maman de 3 enfants qui sont devenus entre temps de grands ados (dont 2 diagnostiqués HP), avec un passé d’enfant HP. Nous partageons donc au moins ces éléments! Plus la tenue d’un blog, des compétences multiples et variées, des études scientifiques d’après ce que je comprends et le désir de faire connaître un peu mieux ces drôles de zèbres que nous sommes qui ne demandent qu’à être aimés comme il sont. 🙂 J’ai moi-même modestement écrit sur le sujet il y a quelques mois, si ça vous dit: https://canaricoach.be/de-l-avantage-de-penser-plus-vite-et-globalement-les-personnes-hp/
    Bravo pour votre blog et ce billet, et bon vent dans votre quête, tous mes encouragements depuis la Belgique, où il y a aussi beaucoup à faire, à l’école et en entreprise, pour accueillir les talents dans toute leur diversité.

  6. Bonjour, à la lecture je reconnais plein de mauvais moments de ma vie… Et dire qu’à 14 ans les pédagogues ont eu les cartes en mains après des tests… La seule réponse fut de lier mon parcours scolaire chaotique a de la feneantise pure, après tout mon Q.I. était largement au dessus de la moyenne. Il aura fallu 23 ans , une dépression et une psy de haut vol pour enfin comprendre. H.P. et car ce n’est pas tout, détenteur d’une intelligence émotionnelle hyper développée. Bref j’étais programme pour ne pas être dans la norme ni dans le moule. Un burn out plus tard, changement de vie, je serai chocolatier dans un mois, me voilà enfin dans mon élément et en phase avec Moi! l ‘envie continuelle d’apprendre elle sera toujours là et j’en suis fier! Dommage qu’il aie fallu 24 ans pour comprendre et faire les liens avec mon vécu. En tout cas ça fais du bien de voir que d’autres ont vécu ça!

    1. Le plus important c’est d’avoir enfin trouvé sa voie :). Mais je suis vraiment désolée pour le long passage à vide …

  7. bonjour,
    j’ai egalement un enfant”zebre” comme vous l’appelez. D’autant plus que nous sommes expat et elle étudie dans une école dans une autre langue. (l’adolescence n’arrange rien du tout).
    En lisant votre article (merci!) je me suis posée la question de la mettre dans une ecole de surdoués mais qu’entendez vous par la? une école elitiste ou il n y a que des bons eleves? aussi, pourriez vous nous donner d’autres conseils dans d’autres articles ? Merci

    1. J’avoue que je n’ai pas inventé le terme zèbres ;). En fait je ne pense pas qu’une école élitiste soit la bonne solution. On peut être un excellent élève sans être surdoué. Il suffit juste de savoir comment fonctionne le système et de s’adapter. Je pensais plus à une école avec des enseignants formés au fonctionnement des enfants hauts potentiels et avec des méthodes d’apprentissage un peu différentes.

      Si vous avez des questions précises n’hésitez pas à m’écrire un mail, j’y répondrai avec plaisir 🙂

  8. Bonjour merci pour ce témoignage. Mon mari et moi nous nous sommes découvert hp sur le tard vers 35 ans. Nos enfants le sont et un peu tout notre entourage car adulte on choisit nos amis. Comme vous on m’a empêché d’aller plus vite à l’école au prétexte de ne pas perdre mes amis, simples collègues de classe dont j’ai oublié noms et visages. Aussi dans la fonction publique je bénéficie d’une certaine liberté mais suis frustrée de devoir me conformer à un cadre strict. J’ai aussi envie de me mettre à mon compte mais avec cette responsabilité de devoir accompagner mes 2 enfants de 6 et 10 ans dans leur propre parcours. Merci encore.

    1. Merci pour votre commentaire ! Ca fait du bien de savoir que je ne suis pas la seule :). Moi aussi ce qui m’empêche de me mettre à mon compte c’est la nécessité d’être présente pour mes enfants et de leur offrir une certaine stabilité. Bon courage pour la suite, et plein de bonheur pour vous et votre famille

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