Au quotidien / Gemellité

De la culpabilité de donner plus à mon singleton qu’à mes jumeaux

A la lecture de ce titre, si tu n’es pas toi-même parent de jumeaux, tu vas me dire WTF c’est quoi un singleton ? En fait c’est juste l’opposé d’un jumeau, un bébé qui n’avait pas besoin de monter une coloc dans ton utérus. Et le dawa ne s’arrête à la sortie à ton plus grand soulagement de tes adorables jumeaux de la dite coloc utérine. Pour nous en tout cas, les premiers temps ressortaient plus travail à la chaîne que du maternage. Ils étaient synonymes d’épuisement et d’envie que cet enfer s’arrête plutôt que de bonheur et de découverte. Et puis avec Samuel, tout a été différent. Il n’y avait plus cette file d’attente permanente qui pressait chaque moment, le ressenti de l’instant n’était plus complètement occulté par l’autre bébé nécessitant la même attention. Encore aujourd’hui, Samuel bénéfice de privilège par rapport à ses frères au même âge. Bien sur, comme de (trop) nombreuses mamans, je culpabilise à fond la caisse, et je n’arrive pas à profiter des instants passés avec grand bébé Samuel.

Je pense que je n’ai pas besoin de te faire une démonstration toute droit sortie d’un cours de physique quantique pour te prouver que Samuel a bénéficié de deux fois plus de temps physique en présence de papa/maman que ses aînés.

 

En fait, je dirais même qu’on est au-delà du simple doublement du temps passé ensemble.
Petit exemple.

 

Un bébé RGO a beaucoup de mal à s’endormir en position allongée. Donc logiquement, pour préserver sa santé, ta santé mentale et ton audition, tu le prends sur toi pour faciliter l’endormissement. Comme le dispose une règle immuable de la parentalité, un bébé qui s’endort sur toi sera automatiquement réveillé dans les 10 minutes après que tu aies enfin réussi à le poser, et cela même s’il roupillait tranquillement sur toi depuis 40 minutes.

 

 

Tu le vois le problème si deux bébés ont ce même besoin de verticalité sur maman au même moment

 

Pour ne léser aucun des deux, j’ai préféré tenter désespérément de les calmer dans leurs transats.

Temps passé sur maman: 10 minutes, le temps du biberon.

 

En revanche, Samuel a pu profiter de son statut de singleton pour prendre son biberon tranquilou pilou et roupiller du sommeil du juste dans les bras de mamans étant donné que personne ne se bousculait au portillon derrière lui.

Temps passé sur maman: parfois des heures.

 

 

 

Et cette honteuse inégalité de traitement s’est poursuivie au fil des mois. Il a le droit de prendre son bain tout seul en jouant avec papa rien que pour lui, il a encore le droit à 13 mois au biberon dans les bras de ses parents le matin.

 

Ces derniers temps, la culpabilité est montée en flèche.

 

Je ne pense plus donner aujourd’hui moins d’attention à mes aînés devenus grands. Au contraire, je pense que nous avons une relation de plus en plus riche et rapprochée au fur et à mesure de leur éveil. Leur entrée à l’école et leur bond en avant dans leur évolution nous a donné encore plus de manière de partager. Clairement, notre temps est partagé à 2/3 et 1/3, voire un peu plus pour nos aînés. Facilité personnelle à passer du temps de qualité avec des enfants plus grands ou marque de ma culpabilité latente ? Certainement un peu des deux.

 

Mais, lorsque je repense au passé, et ma gorge se noue.
De quoi ont-ils manqué par ma faute  ?

 

 

 

Et si le manque d’habileté en graphisme souligné par leurs maîtresses
était du au manque de contact physique avec leur mère pendant leurs 6/9 premiers mois ?

Et s’il refusait de prêter sa poupée parce qu’elle portait un tee-shirt à fleurs, et, que étant donné que maman portait beaucoup de tee-shirts à fleurs pendant leurs premiers mois,
ils avaient décidé de créer une secte vénérant ce type de motif pour combler un manque maternel inconscient ?

 

J’exagère mais parfois on en est pas si loin dans mon support osseux pour cheveux

 

.

 

De ce fait, je profite moins des instants avec Samuel.

 

Je me dis que je donne trop à mon fils qui est déjà “plus gâté” que ses frères dans ce domaine, que c’est injuste envers eux et que je devrais plutôt passer ce temps à combler mes manquements passés avec Isaac et Yoann.

Il y’a peu Samuel avait fait un cauchemar en pleine nuit. Je l’ai pris contre moi pour le bercer, emmitouflé dans sa couverture-doudou, tétant frénétiquement sa tétine en plastique. J’ai trouvé ce moment fort plaisant bien qu’il soit 1h du matin et qu’il n’y avait absolument aucune raison logique pour que je ne souhaite pas juste que le marmot arrête de chouiner pour me permettre d’aller continuer à ronfler tranquillement.

Une fois Samuel calmé, au lieu de retomber dans les bras de Morphée, je suis tombée de pleain-pied dans les filets de madame culpabilité.

 

 

Et ce n’est pas drôle si en rajoute pas une couche hein ?
Bon sang, que ferions nous sans les bons conseils non sollicités
sur notre manière de nous occuper nos enfants …

C’est qu’on risquerait de se sentir bien dans ses baskets dis donc !

 

 

On enfonce un peu plus le clou dès lors que nos proches nous disent, avec plus ou moins d’humour:
Arrête de le prendre tout le temps dans les bras ! Tu n’avais pas fait ça avec ses frères !

 

Ahh … les principes éducatifs d’il y’a 30 ans. Et puis on a toujours fait comme ça donc c’est que c’est comme ça qu’il faut faire et pas autrement  #remiseenquestionimpossible.

 

 

Ah … les bons conseils non sollicités.
Un passeport direct pour la culpabilité et faire empirer la situation
en te faisant perdre petit à petit toute confiance en toi
.

 

C’est pas comme si je n’avais pas un petit rappel pluriquotidien des conséquences de ma négligence sur Isaac et Yoann.

 

L’acquisition de la parole est toujours un sujet épineux chez les jumeaux. Elle est en général plus lente et plus complexe.

 

Les causes sont multiples, mais l’une d’entre elle est assez simple: lorsqu’on souhaite donner une explication, prévenir/informer l’enfant d’une sortie, on dit prononce une phrase complète à l’un “nous allons au supermarché car maman est complètement gourde et a oublié pour 150e fois d’acheter une boite de champignons”
et à l’autre “pour toi c’est la même chose, pareil que ton frère etc”.


Donc ils s’imprègnent deux fois moins de la parole qu’un singleton, ce qui peut contribuer à occasionner de légers retards
(
qui sont en général bien identifiés des orthophonistes et qui se résolvent assez facilement).

Samuel, lui,  a le droit à l’entièreté du discours pour lui tout seul.

 

 

Et avec la naissance d’Aliénor, ça ne va pas s’arranger. La grossesse étant particulièrement difficile, je ne peux plus rien porter, je dois limiter les efforts en général. Après sa naissance, nous serons moins disponibles pour les garçons étant donné que selon toutes probabilités Aliénor doive faire un petit séjour en néonat, et à son retour à la maison, demande une plus grande attention.

Bref, on est pas encore sortis de l’ornière.

 

15 Comments

  1. Coucou
    Alors comme toute maman normalement constituée, tu culpabilises… Et c’est d’autant plus compliqué que pour une première grossesse, tu as eu des jumeaux.
    Si cela peut t’aider, mes aînés sont raproches (à peine 19 mois d’écart), et j’ai culpabilise d’être moins disponible pour mon grand qui n’avait rien demandé.
    Pour les minis, ce fut très compliqué :très grand premas, moi hospitalisée, eux sont restés 1 semaine en reaneonat et 4 semaines en neonat. L’impression de ne rien faire comme il fallait, d’être écartelé entre les “grands” pas si grands et les petits tout petits… Et le retour à la maison fut encore plus complexe. Un sentiment d’inachevé, de ne jamais donner le temps que chacun souhaitait, dont les minis auraient eu besoin. Puisque des que l’un avait fini, je devais m’occuper de l’autre. Frustrant, rageant et culpabilisant. Je me suis posée la question d’un petit dernier, entre autre pour me sentir maman comblée et pouvoir m’occuper d’un seul nourrisson, car pour moi c’est la dernière grossesse avec ce sentiment d’impuissance. Et puis j’ai fait ce que j’ai pu, selon mon ressenti. Quand c’était nécessaire, j’ai su accorder plus de temps à celui qui en avait besoin. Ils sont en pleine forme aujourd’hui, le principal. et leur place dans la fratrie ainsi que leur gemellite va les aider à se construire… Tu as fait comme tu as pu, et ils sont aimés, vous vous en occupez
    Bises et bon courage avec ta miss… Elle doit rester au chaud alors pas de charges, ce ne sont que quelques semaines donc pas de culpabilité de ta part.

    1. C’est vrai qu’avant d’avoir eu des jumeaux, je ne m’imaginais pas à quel point s’en occuper en tant que nourrissons serait “à la chaîne”. Je déplore d’ailleurs qu’il n’y ai pas plus d’aide et de suivi une fois de retour à la maison. Mais avec l’épreuve de la prématurité en plus, je n’ose pas imaginer la difficulté. Bravo pour votre courages à tous !

  2. Je pense que toutes les mamans qui accueillent un nouvel enfant dans leur famille, passent par cette phase de culpabilité. Elle sera différente mais les questions seront bien là. Je pense sincèrement que tu as fait au mieux, avec ce que tu avais à ce moment là. Et c’est bien là l’essentiel non? Tes jumeaux ont aussi la chance de pouvoir s’appuyer l’un sur l’autre. La culpabilité sera toujours présente mais je pense qu’au fond, il n’est pas nécessaire de regarder ce qu’on a fait “de moins, de plus” mais bien qu’on a fait “au mieux” et c’est là toute la différence non? 😉
    PS / Bon courage pour la grossesse, j’espère que tu arrives à te reposer !

    1. Exact, c’est une différence :). Encore une fois, j’en reviens à ma marotte: quand est-ce que les mamans qui le souhaitent vont enfin pouvoir bénéficier d’un vrai suivi durant les premières semaines à la maison ? Ca éviterait une partie de cette grosse culpabilité

  3. Je pense que n’importe quelle maman de plusieurs enfants doit ressentir cette culpabilité un jour… C’est peut-être décuplé un peu plus chez toi du fait qu’il y ait des jumeaux. Mais je ne pense pas que tu aies quoique ce soit à te reprocher! Souffle un bon coup et profite de chacun de tes enfants sans te poser de question là dessus et en leur accordant à chacun du temps de qualité 🙂

  4. Tu as fait de ton mieux avec ce que tu avais à l’instant T pour chacun de tes enfants, et surtout tu es ouverte à une remise en question et ça me parait être le plus important ! J’imagine que ça doit être difficile mais c’est impossible de donner pareil à chacun de ses enfants. Mais ils auront la chance d’voir une grande fratrie et les jumeaux ne se sont surement jamais senti seuls. Quoi qu’on fasse en tant que parent, on ne sera jamais sûr qu’il s’agit du bon choix. Mais on fait au mieux et on donne tout l’amour possible et ça, ça n’a pas de prix !

    1. C’est vrai que j’ai cette chance c’est que les jumeaux ont cette relation particulière et qu’ils sont assez proches de leur frère. Je doute qu’ils aient des souvenirs de leur périodes “d’enfants uniques”. Je doute même qu’il aient beaucoup de souvenirs d’avant la naissance d’Aliénor.

  5. Madame Culpabilité est toujours là. On est toutes des mères qui allons chercher dans le passé des choses qui se produisent aujourd’hui sur notre descendance.
    Ma philosophie : j’ai fait de mon mieux au moment M.
    J’aurai peut-etre du la stimuler plus sur telle ou telle sujet … Oui peut-etre mais en attendant au moment M, je m’en sentais pas capable, ou j’en avais pas connaissance ou j’avais la tête ailleurs … J’ai fait de mon mieux avec l’environnement qui m’entourait

    1. C’est vrai qu’il faut aussi tenir compte de l’environnement. Ca peut tout changer (je le vois maintenant depuis notre déménagement, je me sens moins isolée).

  6. Je me sens coupaaaaaable pour une multitude de détails avec un seul enfant, alors je n’imagine même pas toutes les occasions que tu as de te sentir mal avec bientôt 4 enfants dont des jumeaux…
    Je crois qu’il n’y a pas grand chose à dire pour te rassurer aujourd’hui, c’est tellement irrationnel comme sentiment. Je suis persuadée que tes enfants s’en chargeront en grandissant, en étant bien dans leurs baskets.
    Et ce qui est fait est fait, le présent et le futur importent tellement plus pour le bien-être de nos enfants que de s’en vouloir pour des choix passés.

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