Au quotidien / Santé de maman

Dépression post-partum: celle qui a volé nos premiers instants

Aujourd’hui j’ai envie de vous livrer un article un peu plus personnel.

Après la naissance d’Isaac et de Yoann j’ai souffert d’une sévère dépression post-partum pendant un an.

On en parle dans les médias mais encore très peu dans la vie quotidienne avec nos copines mamans, avec notre entourage. On a peur de passer pour une ingrate, une petite fille trop gâtée. Pourtant, quand j’ai osé m’ouvrir, j’ai appris qu’une collègue était passée par là, la fille de la voisine, la kiné.

Pour mieux prévenir et aider celles qui se retrouvent emportées dans ce tourbillon IL FAUT EN PARLER ! Ce n’est pas une honte c’est une maladie.

C’est un tel changement de paradigme de passer de sa place d’enfant à celle de parent. Symboliquement hein, en vrai ça fait longtemps qu’on porte plus des couettes en chantant Britney Spears (#generation90). Pour continuer dans la métaphore musicale, parfois on se laisse porter par un air de Katy Perry, parfois c’est un peu l’air d’un groupe de Heavy Métal en pleine dépression avec un bon pogo dans ta face en prime.

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En vrai j’étais gothique quand j’étais ado. Ces mecs auraient été mes potos

Pendant la grossesse j’avais surtout préparé le côté matériel. Et pour cause je n’avais aucune idée de ce qu’était concrètement l’arrivée d’un bébé.

Pas de frères ou de sœurs passés par la et on était les premiers de notre groupe d’amis. Manges toi bien les plâtres X2.

J’ai posé pleins de questions à ma mère et la réponse était toujours la même: tu sais un bébé les trois premiers mois ça pleure, ça remplit sa couche, et ça dort. Je n’avais donc pas DU TOUT anticipé les besoins émotionnels d’un bébé. Le besoin d’être rassuré, le besoin des bras, de l’odeur de sa maman. Je ne m’étais absolument pas préparée à y répondre.

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C’est le moins qu’on puisse dire cocotte

Et puis le jour de la césarienne programmée est arrivé.

On a sorti Isaac de mon ventre. J’ai dis “mon fils, mon fils, mon bébé“. Non je n’étais pas émue de le rencontrer enfin. J’essayais de dire ses mots dans l’espoir que je voie dans ce bébé mon fils. Comme si en appelant dans cette salle d’opération j’appelais mon fils rêvé et idéalisé pendant la grossesse. Cette rencontre a été un choc. Je ne me souviens d’ailleurs même plus de la naissance de Yoann une minute plus tard. Comme quand on oublie les évènements d’un trauma. Aujourd’hui j’en suis profondément triste.

Le séjour à la maternité continuait et je ne m’attachais toujours pas à ces deux poupons. Je les trouvais magnifiques et j’étais fascinée par ces petits êtres de quelques jours seulement. Après tout, je n’avais jamais vraiment approché de bébé.
Mais je n’arrivais pas à me dire que j’étais devenue maman, que c’était mes enfants.

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Le séjour a la maternité a été horrible. J’avais des migraines avec aura où je perdais la vue pendant une heure une ou deux fois par jour. Je les entendais pleurer et je me sentais incapable de m’occuper d’eux avec cette douleur post op qui me barrait le ventre. Et la chute d’hormones avec deux placentas ça fait passer une descente d’acide pour le trajet de mamie pour l’office du dimanche (ou tout autre office religieux, on a trois religions différentes chez nous donc on est plutôt open).
Je ne me suis pas du tout sentie épaulée par l’équipe de la maternité. On était livrés à nous-même tous les 4 dans cette chambre. Un paquet de couches, des biberons et débrouillez-vous, de toute façon vous êtes bientôt dehors. On répondait à peine à nos questions. J’ai demandé à voir la psychologue. Elle n’a jamais été prévenue.

 Au retour à la maison, j’étais comme un robot. Les soins aux bébés étaient comme une liste de corvées dont je devais m’acquitter.

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Ironman et ironing (repasser). La blagounette

Une fois terminées, je voulais juste aller me coucher, dormir, dormir toute la journée. Avant de devoir m’acquitter de la vague suivante de corvées. Je ne m’attachais pas du tout à ces enfants. Je me sentais juste impuissante de les voir pleurer. Je ne comprenais pas leurs besoins. Pourtant ils avaient bu, ils étaient changé. J’en étais restée à la théorie du tube digestif. En fait, ils avaient besoin de ma présence. Et moi tout ce que je leur présentais c’était des biberons.

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Je souffrais tellement que je me suis recroquevillée sur moi-même. Je ne ressentais plus la souffrance, mais je m’étais aussi fermée à tous les autres sentiments comme l’amour.

Quand Mr G a repris le travail, je comptais les heures jusqu’à son retour. Je comptais le nombre de biberons restants. Je voulais qu’il revienne pour sauver les enfants de ma présence. Je pensais que je ne pouvais rien leur apporter de positif.

Je téléphonais à mes parents un soir. En fait, je voulais parler à quelqu’un et juste me sentir un peu moins seule. Isaac a toujours été lent pour boire. Son frère pleurait je voulais juste qu’il prenne son biberon pour vite pour aller m’occuper de Yoann. Et je lui dis, un peu énervée, mais sans crier.
Mon père m’a dit ” tu fais pleurer ta mère à t’occuper de tes enfants aussi mal“.

Ma propre mère, elle qui était passée par là, pensais que j’étais toxique pour mes enfants. Je me sentais encore plus coupable. Coupable d’être une mère incompétente et en plus de faire mal à mes parents.

Mais pourquoi personne ne vous as montré la voie ? Pourquoi personne n’est venu vous aider ? Une sage-femme passe après la naissance non ? Et puis Mr G dans tout ça ? 

Les tensions étaient fortes avec notre famille à cette époque. On venait d’emménager loin de tous ceux que nous connaissions. Mr G était tout aussi submergé que moi. Et on ne peut pas dire que ce soit le psy du siècle non plus (désolé mon amour qui va certainement lire ce post).
A la maternité, on nous avait dit que nous ne pouvions pas bénéficier du PRADO car la grossesse a été “compliquée”, et que nous ne pouvions pas non plus bénéficier de l’hospitalisation à domicile car nous allions bien. Nous étions donc dans un vide juridique.

En fait, personne ne nous avait dit que quelque soit notre situation, nous avions le droit à quelques visites d’une sage-femme après l’accouchement. Peut être que ca aurait tout changé, ou peut être rien du tout. Mais au moins on aurait essayé.

 

J’ai parlé de mon mal être à mon gynéco lors de la visite post natale. Je voulais juste arrêter de m’enfermer dans ma chambre chaque fois que mes bébés pleuraient et que je ne savais pas y répondre.

Il m’a répondu: l’humeur de la femme après un accouchement varie, c’est normal. Alors j’ai cru que c’était ça la maternité, souffrance et obligations. Et plus jamais je ne voulais remettre ça.

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Ce que j’ai envie de dire à ce médecin aujourd’hui

 

Aller voir un psychologue ? Impossible financièrement avec le tsunami financier que représentent les jumeaux. La séance est en moyenne à 50€ ce qui est peu abordable. Les psychologues du CMP dont les consultations sont remboursées par la sécu ? 1 an d’attente.

Alors j’ai fuis. Je suis retournée au bureau 5 mois avant la fin de mon congés mat (autant vous dire que je ne suis pas restée longtemps à la maison). En fuyant mon enfer domestique, je pensais fuir mes problèmes et les résoudre magiquement. FAUX !

Et puis un jour, j’ai été voir un neurologue pour ces foutues migraines. Il m’a prescrit un anti-migraineux qui est aussi antidépresseur. Et puis, j’ai eu à nouveau envie de me lever, de faire quelque chose de ma journée.
Je n’avais plus besoin de me fermer à la douleur et j’ai pu laisser des sentiments. Donc l’affectation et l’attachement pour mes fils.

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On s’est apprivoisés doucement. Sortir de cette dépression post-partum a pris plusieurs mois. L’amour maternel est venu petit à petit. Ce sont eux par leurs sourires et leurs colères qui ont fait de moi un parents, pas le fait d’être enceinte ou d’accoucher. Cet amour inconditionnel que j’éprouve pour eux aujourd’hui est le fruit de plusieurs mois d’interactions et de confiance mutuelle.

Aujourd’hui je me suis trouvée en tant que maman.

J’ai confiance dans mes méthodes d’éducations. Je sais que je ne suis pas infaillible mais je sais que je ne suis pas toxique pour eux. J’aime nos moments de câlins et je ne me restreins plus.

Je n’ai pas fais de dépression post-partum après la naissance de Samuel. Je savais ce qui allait nous arriver. Je me suis préparée en demandant de l’aide en amont. L’attachement s’est fait dans les premiers jours. Le fait de n’avoir qu’un seul être à apprivoiser a peut être aidé. Très certainement le fait de savoir en grande partie ce qui m’attendait. 

La différence a été dans la préparation. Mais également dans l’attitude de l’équipe de la maternité. Les sages-femmes et auxiliaires de puériculture ont été très présentes car elles connaissaient mon passé. La psychologue est passée plusieurs fois sans que j’ai à lui demander.

Je m’en suis longtemps voulu de ne pas avoir su de m’occuper de mes enfants.
Je me suis demandée si leurs peurs ou leurs colères étaient du au manque d’amour maternel qu’ils avaient pu ressentir pendant leurs premiers mois.
Et puis à la fin de ma seconde grossesse, la sage-femme a eu cette phrase: “vous n’étiez pas une mauvaise mère, vous étiez malade“.

Ca ne changera rien au passé, mais ça m’a beaucoup aidé à moins culpabiliser.

Mais j’avoue j’ai limite étouffé Samuel pendant ses premières semaines à coups de calins et de bisous. Et puis j’ai culpabilisé de lui donner plus qu’à ses frères. Bref, nous les mères on est des pros de la culpabilité.

Aujourd’hui j’aimerai qu’on parle de la dépression post-partum dans les cours de préparation à l’accouchement. Qu’il y ait plus d’unités mères-enfants où les “accouchées” en souffrance pourraient apprendre à avoir confiance en elle en tant que maman.

Quand une amie sera enceinte de son premier bébé, je lui offrirai deux livres: Mauvaises mères pour rire et dédramatiser et T’as le blues baby qui m’aidé à comprendre ce qui m’arrivait et surtout que je n’étais pas seule. *

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Titre inspiré de l’excellent livre écrit par un papa d’enfant épileptique: Celle qui m’a pris mon enfant.

11 Comments

  1. Je n’ai pas fait de dépression PP mais la naissance de mon ainé a bouleversé mes repères, je n’ose imaginer avec deux bébés! Je suis contente de lire que tu vas mieux.

    1. Merci 🙂 . Aujourd’hui je prends ça comme l’expérience qui a fait de moi une maman. Mais je pense qu’à la première naissance on passe toutes par une période de doute et de remise en question

  2. Je crois que j’ai su que j’avais droit à des visites de SF à domicile, parce que j’étais suivie par une SF en hôpital. Un gynéco ne m’en aurait pas forcément parlé. Et il est vrai que ces visites ont été salutaires pour moi et pour mes bébés qui ont tous eu des problèmes de prise de sein, donc de prise de poids. C’est aussi ma SF qui m’a soutenue quand j’ai fait une petite dépression à l’arrêt de l’allaitement. Les SF sont des personnes très compétentes, très bien formées, et qui te considèrent dans ta globalité, corps et psychisme. Alors qu’un gynéco, le plus souvent, ne voit en toi qu’un appareil génital.
    Les jeunes mères sont tellement seules à leur retour à la maison, c’est une grosse faille de notre société. Du coup je n’ai pas manqué de dire à toutes mes copines enceintes, qu’elles avaient droit à ces visites. Mais ça me fait mal de penser qu’une jeune mère comme toi, avec des jumeaux en plus, a pu être abandonnée de la sorte. C’est une honte.

  3. Je crois que j’ai su que j’avais droit à des visites de SF à domicile, parce que j’étais suivie par une SF en hôpital. Un gynéco ne m’en aurait pas forcément parlé. Et il est vrai que ces visites ont été salutaires pour moi et pour mes bébés qui ont tous eu des problèmes de prise de sein, donc de prise de poids. C’est aussi ma SF qui m’a soutenue quand j’ai fait une petite dépression à l’arrêt de l’allaitement. Les SF sont des personnes très compétentes, très bien formées, et qui te considèrent dans ta globalité, corps et psychisme. Alors qu’un gynéco, le plus souvent, ne voit en toi qu’un appareil génital.
    Les jeunes mères sont tellement seules à leur retour à la maison, c’est une grosse faille de notre société. Du coup je n’ai pas manqué de dire à toutes mes copines enceintes, qu’elles avaient droit à ces visites. Mais ça me fait mal de penser qu’une jeune mère comme toi, avec des jumeaux en plus, a pu être abandonnée de la sorte. C’est une honte.

  4. Très clairement les SF sont les meilleures ressources des mamans. Maintenant le plus important c’est d’utiliser cette expérience pour en parler autour de moi et faire connaître ce droit. Et trois visites post natales pour moi ce n’est pas assez sur la maman a besoin de soutien. Et c’est souvent le cas.

  5. Très clairement les SF sont les meilleures ressources des mamans. Maintenant le plus important c’est d’utiliser cette expérience pour en parler autour de moi et faire connaître ce droit. Et trois visites post natales pour moi ce n’est pas assez sur la maman a besoin de soutien. Et c’est souvent le cas.

  6. Ton témoignage me bouleverse parce que d’une part, j’y retrouve des choses que j’ai pu ressentir, et surtout cette impréparation à la gestion émotionnelle des bébés. L’arrivée d’un bébé est déjà un tsunami, alors je n’ose imaginer celle de jumeaux. Rien n’a été fait pour te sortir de cette spirale infernale: désinformation, loupés, manque de communication…Ton billet prouve que d’immenses progrès sont encore à faire dans la gestion psychologique des primipares, et des mamans en général. Tu peux aller lire mon témoignage sur ma propre dépression: mamanlempicka.com/2018/04/16/syndrome-du-ventre-vide/

    1. c’est pour surtout pour montrer les dysfonctionnements du système de prise en charge post-natal des mères que j’ai écris ce billet. Pour aussi souligner que beaucoup de DPP pourraient être évitées ou alors diagnostiquées plus tot.

      Merci je vais aller voir ton article 🙂

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