Au quotidien / Education

Devient-on automatiquement vieille lorsqu’on devient maman ?

La fin de la vingtaine, les 30 ans se rapprochent dangereusement. Pour moi, la vingtaine a été celle des révolutions: apprendre à vivre à 2 et intégrer la notion jusque là totalement inconnue de compromis, entrer sur le marché du travail avec des dents longues à rayer le parquet, devenir mère dans la douleur, devenir mère dans un bonheur relatif, se brûler les ailes au travail, comprendre que le sens de la vie ne se trouve pas derrière un bureau, apprécier mon rôle de maman plus que tout. Une sorte de bootcamp où tu ne te fais pas les cuisses-abdos-fessiers de Rhianna mais une suite interminable de leçons de vie qui forment l’adulte que tu deviens ou pas. Je parlais avec une collègue, célibataire et sans enfant, et j’ai lâche cette phrase “de toute façon je ne vais plus dans les bars tous les week-ends je suis trop vieille pour ça“. Mes capacités sociales étant proche de l’inexistant, et je n’ai vu que trop tard son courroux. Elle m’a en effet indiqué, aidée d’un regard noir, qu’étant donné que nous n’avions que quelques semaines d’écart je vais éviter d’employer ce qualificatif péjoratif. Et je me suis demandée … Est-ce qu’on expulse sa jeunesse à son premier accouchement en même temps que le placenta ?

Il y’a l’évidence: il est illusoire de penser que sa vie
va rester la même lorsqu’on devient parent.

 

Je dirais même que pour ceux qui ont fait le choix d’avoir des enfants c’est un moment de bascule sans précédent dans sa vie. Je connais peu de personnes qui n’ont pas ressenti clairement un “avant” et un “après. Ou alors peut être Kate Middleton et son armée de nurses et de stylistes qui la rendent aussi pimpante le lendemain de son accouchement qu’après une journée au spa entre copines.

 

Biologiquement, le fonctionnement du cerveau d’une mère est modifié dès la grossesse et jusqu’à deux ans après la naissance de son enfant. Pour les anglophones, voici la source de l’étude. Attention seul le résumé est gratuit.

 

Attention, ça ne veut pas dire que ton cerveau est diminué. Le monsieur il a dit que tu perdais pas tes capacités mais que ça témoignait d’une maturation et pas d’une déliquescence sénile.

 

Fun fact: savais-tu que les prénoms Lucas et Nathan sont dans le top des prénoms 2018 et que comme par hasard les femmes nées entre 86-95 emplissent les maternités ? Coïncidence ?

 

Et puis il y’a les marques sur ton corps, celles qui ne s’effaceront pas: les vergetures zébrées, les cicatrices de césariennes qui te balafrent le ventre, les cernes sous les yeux, les rides, les poches. Comme si ton corps avait pris 10 ans en quelques mois. Et si tu as plusieurs enfants, tu pars d’une base déjà moins reluisante à chaque fois. Admires le résultat au bout du 3e.

D’un point de vue pratique, que tu veuilles l’admettre ou non, ta vie tourne maintenant autour de ce(s) petit(s) être(s) dont tu as l’entière responsabilité, dont le bonheur fait souvent mais pas toujours le tien et inversement proportionnel.

 

Tu perds ton innocence d’ado et de post-ado. Le monde est cruel, tu le sais, et tu dois protéger ta progéniture du pire et du destructeur. Tu en as eu un aperçu lorsque tu étais enceinte puis jeune maman, tu t’es pris de plein fouet remarques et jugements incessants et non sollicités sous prétexte que tu es inexpérimentée et que donc forcément tu ne sais pas t’occuper de ton enfant correctement. Il est évident que tata Josette qui a passé 1 heure avec toi et ton bébé est celle qui est la plus à même de savoir ce qui est le mieux pour vous car elle est passée par là avant et puis “les bébés ils sont tous pareils“.

 

 

Impossible de planifier des week-ends improvisés sans partir avec un sac de 20 kg et prévoir des activités kidfrindly, ou alors il faut se la jouer parents indignes et les envoyer chez papy et mamie (et j’avoue que ça fait du bien, mais pas plus de 2 nuits hein). Dans tous les cas, un seul mantra: organisation. Ta vie  journée est rythmée par les biberons/tétées, les siestes, les horaires de l’école, le rituel du coucher. Fini aussi les gros mots pour montrer l’exemple (ou tu arrêtes juste de les prononcer en français pour ne pas te faire griller par la maîtresse).

 

Mes goûts, mes envies, mes plans de vie ont évolués.

Je n’ai plus envie de monter les échelons de l’échelle de la réussite sociale telle que présentée par la société. Passer tous mes samedi soirs au Barco Latino pour des soirées Mojitos, moué ….
Par contre passer une journée pâte à modeler et jeux avec les enfants, je surkiffe. Chaque fois que je vais à l’école, que je lis leurs cahiers de liaison, j’en ai presque les larmes aux yeux en me disant que j’ai vraiment une chance de dingue (une grosse pensée pour tous ces couples qui galèrent et souffrent dans cette horrible épreuve qu’est l’infertilité).

Clairement, ma vie n’a plus rien de comparable à celle des jeunes cadres dynamiques sans attaches avec lesquelles je dois composer au boulot, quand bien même nous avons exactement le même âge.

Leur vie ne me conviendrait plus. Mais je parle ici uniquement en mon nom, vis-à-vis de mes goûts. Je ne juge pas les choix de vie des autres qui les regardent eux et eux uniquement.

 

Donc oui, devenir parent c’est certainement perdre les attributs sociaux associés à la jeunesse: indépendance, liberté, disponibilité (au travail comme pour un voyage imprévu), ambition, culture du plaisir dans l’instant, hédonisme et une sorte de recentrage sur soit (je vis selon mes désirs pour mes désirs).
Attention, ce sont les concepts associés au concept jeunesse, je ne dis pas que c’est représentatif de la vie de chaque jeune.

 

Mais doit-on passer forcément de la jeunesse à la vieillesse de manière brutale ? Peut-aller au delà de cette opposition simpliste ? Si non, est-ce que devenir vieux est vraiment péjoratif ?

 

 

Je pense qu’il est temps de redorer le blason de la vieillesse parentale.

Les valeurs associées au concept de jeunesse sont clairement les plus valorisées par notre société que celles associée à la vie de famille pépère. Les valeurs de la jeunesse touchent aux apparences, au besoin d’affichage d’un bonheur stéréotypé, s’assimilent bien au système de société de consommation sans limites.

En sortir pour un quotidien plus discret, où le bonheur se trouve plus dans les instants du quotidien loin des paillettes et des soirées mousse, où ton blog grand kiff ce n’est pas la dernière robe de magasin-hype-mais-produits-made-in-Thaïlande, forcément ça ne le fait pas vraiment en terme de réussite rolex-à-50 ans.

Ne plus être jeune, c’est devenir vieux, et la vieillesse fait peur car elle représente le fait qu’on s’approche doucement de la fin, qu’on en a plus dans le rétro que devant nous.

Au contraire, je trouve que la parentalité nous ouvre un immense champ de possibles, des nouvelles sensations fortes inédites. Les frissons que tu ressens au bout de ta 74e nuits presque blanche, ta résistance olfactive et digestive sans failles face à une couche débordante jusque dans le cou un soir de gastro. Mais aussi les frissons que tu ressens lorsque tu le vois faire ses premiers pas, ta fierté lorsqu’il passe les portes de l’école pour la première fois, ta joie de les retrouver tous les soirs.

 

Alors oui, je ne suis plus une petite jeunette.
Considérez moi comme une vieille si vous le voulez.
Mais pour moi, c’est loin d’être une insulte.

 


Update Cacahuète: nous sommes à 11SA. Hier nous avons fait une dernière écho avant la T1 prévue la semaine prochaine. Tout va bien. Toujours un début de grossesse au 04/10. On TENTE de se relaxer. Maintenant mon flippage: et si il y avait de grosses malformations ? On se refait pas j’vous dis … La fatigue commence vraiment à être intense et ça, mon épilepsie elle aime pô. Donc repos. Et en guest star: les brûlures d’estomac qui ne veulent pas partir. D’habitude elles ont la sympathique d’attendre le 3e trimestre pour débarquer.

23 Comments

  1. Je partage complètement ton avis. Cette image sociétale du bonheur m’a longtemps saoulée car elle ne collait pas avec ma conception du bonheur. Je me suis mise en couple stable très jeune et on s’est souvent inquiété que je sois si posée si jeune. Mais mon bonheur n’est pas dans les excès, la consommation ou l’insouciance. Mon bonheur ça a été de signer chez le notaire pour notre maison, de donner la vie après trois ans d’attente, de voir mon homme devenir un père… mon bonheuro est là à chaque nouveau mot de ma fille, à chaque câlin qu’elle me fait, chaque matin où nos regards se croisent dans le calme de l’aube. Alors peut-être bien que je suis vieille mais je suis une vieille heureuse ! Nickel pour la Cacahuète! 😉

    1. Mes proches se sont aussi “inquiétés” que je n’ai pas assez profité de la vie. J’avais beaucoup de mal à comprendre, profiter de la vie pour eux c’était papillonner d’un homme à l’autre ? Parce que tout le reste tu peux le faire en étant en couple. Mon bonheur c’était aussi d’aménager notre premier chez nous, d’avoir mes premiers enfants jeunes, de construire une vraie vie de famille.

      Nous avons profité de la vie étudiante à deux, mais nous en avons rapidement fait le tour. Il faut accepter que la vision du bonheur n’est pas la même chez tout le monde 😉

  2. J’avais fait un article sur ce sujet, ma conclusion étant que devenir parents nous change irréversiblement, avec des regrets parfois mais pour une vie qui de toute façon ne nous correspondrait certainement plus… j’avais lu dans ton texte ” le choix d’avoir des enfants c’est un moment de bascule sans précédent dans LA vie” au lieu de ” le choix d’avoir des enfants c’est un moment de bascule sans précédent dans SA vie”…Et je crois que c’était un bon lapsus de lecture, car pour moi c’est vraiment ça ;o)

    1. Pour moi aussi ça a été le basculement. Je n’ai pas vraiment considéré le jour de mon mariage comme une nouvelle vie par contre alors que c’était ce qui m’était rabâché à pendant les semaines qui le précédaient.

  3. Ah, mais t’as même pas 30 ans et tu te dis vieille ? gamine va !
    C’est drôle, ils analysent aussi le cerveau de pères nullipares vs primipares, et chez eux, pas de modifs ! ha ha ha, c’est pour ça qu’ils n’entendent jamais rien la nuit et qu’ils sont dépassés le plus souvent !
    Bon sinon, moi je n’ai aucun regret de ne pas aller me pinter la gueule dans les bistrots. Je ne l’ai jamais fait d’ailleurs, mais je n’y vois aucun intérêt. Ce qui me manque parfois c’est la solitude, mais pas à proprement parler les “plaisirs” de jeune.

  4. Moi aussi, j’ai parlé de jeunes collègues, en parlant de collègues n’ayant pas d’enfants alors qu’à quelques mois près, nous avions le même âge.
    Ce que j’apprécie depuis que je suis maman, c’est de ne plus avoir cette pression sociale à avoir une vie trépidante. Plus de questions le lundi au boulot sur mon week-end, plus de comparaison avec celui/celle qui a une vie sociale intense… Le vendredi soir, en général, mon homme nettoie la salle de bains et la cuisine et ensuite, il regarde un film. Moi, je bouquine. Bref, bien plan-plan ! Mais c’est reposant !
    De toute façon, j’ai très vite détesté aller en boîte (trop de monde, trop de fumée, trop d’odeurs de transpi, trop de mecs collants), je n’aime pas vraiment l’alcool et je ne vais pas aller draguer en soirée… Ce qui me manque vraiment, les soirées entre amis à bavarder pendant des heures et les voyages.

    1. Ma vie n’était tellement pas trépidante avant mes enfants XD. En tout cas pas selon les standards actuels. Je déteste aussi les boîtes de nuit, j’y suis allée deux trois fois et ça m’a suffit. Les soirées picole si c’est pour se retrouver dans un état désastreux le lendemain … Je suis trop douillette moi XD

      1. Pareil ! Une seule cuite… à 25 ans ! Je venais de me faire larguer et mon pote m’a dit de boire pour au moins me rappeler de cette journée pour une autre raison… Il avait raison, j’ai passé la soirée à vomir dans ses toilettes, on s’en souvient encore !

  5. Je suis ravie de lire ces bonnes nouvelles concernant ta cacahuète !
    En tous cas, concernant ton article, je suis bien d’accord. D’une manière générale, je trouve ça chouette de vieillir. On devient plus proche de qui on est vraiment et de ce que l’on veut. Et ça veut dire qu’on vit alors c’est pas le plus beau ça ? 😉
    PS / J’ai adoré ton GIF One Tree Hill et sa légende ! Tu m’en as appris une bonne 😉 Honte à moi qui rêvait d’appeler mon hypothétique futur fils Nathan hahahahahahah….

  6. Effectivement, je pense que devenir parents nous “change” de façon inéluctable, de fait et aussi parce qu’on le veut bien… Nous devenons plus “sages”, le poids des responsabilités, ces petites vies qui nous ont été confiées. En tout cas, si c’est être vieux que d’être parents, alors j’aime bien être vieille 🙂

  7. J’ai déjà ressenti le décalage dont tu parles, à âge égal. Je ne me sens pas du tout vieille pour autant, tout en ne regrettant pas du tout ma jeunesse telle que tu la décris. Tu as raison, devenir “vieux”/parent a du bon: je suis tout de même moins susceptible, plus lucide qu’il y a 10 ans. Et heureusement.

  8. J’ai adoré cet article et je suis désolée de ne pas laisser un commentaire à la hauteur mais je ne suis pas dans la forme la plus olympique aujourd’hui . Je tenais néanmoins à te dire bravo pour ces mots bien pensés, bien posés comme notamment cette phrase : “Est-ce qu’on expulse sa jeunesse à son premier accouchement en même temps que le placenta ?”. Je me sens “vieille” enfin pas jeune quoi depuis mes 22 ans et c’est une réflexion que je me suis souvent faite donc merci d’avoir su poser des mots là-dessus

    1. Merci, je vais finir par rougir ;). J’avoue que j’avais peur que cette phrase soit un peu trash. Il y’a tellement de phrases limites qui sont censurées à la relecture.

  9. Je n’ai pas trop ce sentiment car finalement, j’ai l’impression qu’on a changé avant même d’avoir Tess. Alors oui, aujourd’hui, on est un peu moins disponible, on a des contraintes qui font qu’on ne peut pas tout accepter et on a surtout envie de profiter différemment. Pour autant, je n’ai pas eu l’impression de vieillir et je ne me sens pas trop en décalage avec ceux qui n’ont pas d’enfant. Nous continuons à sortir avec ou sans Tess voire même parfois en célibataire, nous avons conservé une bonne partie de notre vie d’avant. Ou alors, c’est que je ne me rends même plus compte aujourd’hui de ce qu’on a perdu tellement on a gagné 😉

  10. J’ai assez bien vécu le fait de devenir une “vieille” maman assez jeune. Par contre maintenant que ma première approche de ses dix ans, je sens vraiment la vieillesse me tomber dessus. Le changement de génération tout ça. J’ai beau avoir encore des petits à la maison, j’ai l’impression d’être devenue “comme ma mère”… arf… Et bien entendu je me sens beaucoup plus vieille que mes collègues/amies trentenaires sans enfants.

    Félicitation pour ce petit quatrième 🙂

    1. Merci :). Mes grands sont encore en maternelle mais j’imagine que passer du côté des parents de grands enfants doit aussi une étape un peu délicate.

  11. Avoir des enfants change la vie, c’est certain ! Je t’avoue ne ps avoir trop ressenti la claque physique (mais je n’en ai qu’un). En revanche je sens bien la fatigue tout de même et le sérieux changement de rythme. Malgré tout j’aime bien plus ma vie telle qu’elle est maintenant et comme toi je vois d’un bon oeil le fait de vieillir. Je trouve que la vie m’apprend de nouvelles leçons chaque jour et le temps me fait grandir, de toute façon j’ai toujours été attirée par les personnes âgées, j’aime échangé avec elles, écouter leur chemin de vie et apprendre de leur vécu.

    1. Exactement, vieillir c’est devenir plus sage, savoir exactement ce qu’on veut. On apprend tellement des gens plus expérimentés. Une copine a travaillé comme infirmière en soins palliatifs et elle m’a toujours dit “on regrette rarement de ne pas avoir assez passé de temps au travail”. J’avoue que ça m’a marqué à vie

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