Au quotidien / Education

Du passage d’enfant à parents

Mais pourquoi donc un titre si flou qu’il nous parle autant que la pub Nesspresso à 3 km ? Parce que c’est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce sentiment Simone. Pendant longtemps, nous nous sentions encore les jeunes parents tout juste tombés du nid qui allions “rentrer en famille” chez nos parents le week-end ou les vacances. Un peu comme un jeune couple qui n’avait pas encore assez d’assurance, de bouteille, pour avoir ses propres racines. Après un Noël catastrophique chez ma belle-famille j’ai été prise d’une brusque révélation: nous avons réussi à former NOTRE cellule familiale, nous 5 (et bientôt 6). C’est à la fois un accomplissement, une fierté et un sacré changement de paradigme.

Petit disclaimer: je parle à la première personne du singulier dans cet article, mais 99% de ce que je dis s’applique aussi à Mr G.

 

Tu vas me dire: duhhh vous formiez une nouvelle cellule familiale depuis que vous vous êtes installés ensemble,
ou au moins depuis la naissance des jumeaux !

Il lui reste vraiment plus que deux neurones avec la grossesse celle-là …

 

Pour moi ce n’est pas aussi simple. Le passage de témoin “position de parents” entre ses propres parents et soit ne s’est pas opéré aussi facilement dans notre cas.

Nous sommes longtemps restés les enfants de .. Ces grands enfants qui ont eu même mis au monde un bébé. Ces jeunes parents peu assurés qui ont encore besoin de se faire guider, voire cadrer, par poopa mooman avant de s’envoler vraiment.

 

 

 

Est-ce que nous ne voulions pas encore totalement grandir ?
Est-ce que nos parents ne voulaient pas nous laisser grandir ?
Très probablement un mélange des deux.

 

 

 

Prendre la responsabilité pleine et entière de l’accompagnement d’êtres totalement dépendants de nous est quelque chose
d’unique en termes de bonheur, mais un truc qui te fait trembler des cheveux au petit orteil.

 

 

Pas étonnant que ce ne soit pas forcément livré avec le bébé tout chaud sorti de la maternité.

 

Mais aujourd’hui, j’ai pris plus d’assurance, et je sais que je sais (que tu sais qu’il sait que je sais) de quoi mes fils capables en termes d’autonomie,
d’adaptation à un rythme différent.
Je suis l’experte quand il s’agit de leurs besoins.

 

Donc lorsque mes beaux-parents décalent brutalement pendant quelques jours le rythme de Yoann et d’Isaac de 2h en modifiant leurs heures de repas, de sieste et de coucher, je sais que ça va très mal se passer. Ils sont exténués, ils hurlent, ils s’endorment littéralement dans leur assiette. Tout le monde en profite tellement tiens …. Je vois que leurs besoins sont totalement oubliés, niés au profit de leur rôle d’amusement de table pour les adultes. Samuel quant à lui est dispensé de ses obligations de représentation et peut garder son rythme habituel alors que ce n’était pas du tout le coup le cas pour ses frères à son âge. Ben oui, l’entertainment de table est déjà présent ..  Lorsque nous essayons d’en parler diplomatiquement entre adultes raisonnables, on se heurte à la même réponse: “c’est n’importe quoi, j’ai jamais vu faire autrement“.
A Noël, en plein repas de famille, mon beau-père a trouvé qu’il était opportun de dire à son fils qu’il n’est pas inquiet car Mr G donne une bonne éducation à ses enfants. Puis de préciser dans la foulée: j’ai bien dit Mr G et pas Working Mutti, elle se repose trop sur Mr G. Gros blanc. Sous la pression de belle-maman, il s’est ensuite excusé de mauvaise grâce en me disant qu’il ne voulait pas me faire de peine … Arhem …

 

 

Je ne vais pas te surprendre en te disant que j’ai fait le vœu solennel de ne jamais y remettre les pieds (Mr G et les enfants pouvant y aller autant qu’ils le souhaitent).

 

 

Mais même s’il n’est pas des plus fin de faire cette remarque à une maman malade, enceinte, et sortie d’une dépression du post-partum sévère,
je savais qu’elle n’était pas vraie. Je savais que j’étais légitime.
Je sais que je prenais mon rôle de mère à cœur et que je SUIS leur mère et pas cet épouvantail qui ne s’occupe pas de ses enfants.

 

 

 

La situation n’est pas non plus toute rose avec mes parents qui n’ont toujours pas compris que les aînés n’étaient plus des bébés, et qu’il fallait au lieu de les traiter comme des bambins de 18 mois, leur faire prendre confiance en eux et leur capacité à faire en autonomie.

 

 

Dans les deux cas, il existe une sorte de chaîne hiérarchique inflexible: nos parents – nous – les petits enfants.
L’ordre venant d’au dessus ne pouvant être remis en cause par les subordonnés.
Comme si nous n’étions pas assez légitimes pour remettre en cause leurs décisions concernant NOS enfants, les grands-parents ayant conservé leur autorité sur leurs enfants (nous quoi)
Pas très éducation bienveillante tout ça d’ailleurs

 

 

 

 

 

Lorsque nos propres modèles ne nous considèrent pas comme légitimes à exercer une fonction parentale pleine et entière,
cela n’aide pas à prendre confiance en soi dans ce nouveau rôle.

 

 

 

Mais je conçois aussi, étant donné qu’ils étaient les premiers petits enfants du côté maternel comme paternel,
le fait d’opérer la bascule de parents à grand-parents ne soit psychologiquement chose aisée.

C’est un passage lourd de symboles, pas forcément très joyeux quant à l’avenir.

 

 

Il en va de même avec les remarques de l’école. Nous sommes sûrs de nous. Oui à moins de 3 ans, alors que nous venions d’emménager dans une nouvelle ville, nos enfants avaient quelques soucis de propreté les premiers mois de petite section. Non il n’y avait pas de problème médical et/ou psychologique de leur côté. Non. Physiologiquement, il n’a rien d’étonnant à ça. Oui je sais que c’est compliqué d’un point de vue logistique. D’accord pour parler avec nos fils de la situation. Non pour accepter de les rendre encore plus malades à la maison alors qu’ils redoutent déjà l’école à cause de ça.

 

 

Bien que ce soit UN des facteurs de ma lenteur à m’approprier mon rôle de parent
Il faut pas tout mettre sur les épaules des autres

 

 

 

 

Je suis clairement aussi à blâmer la dessus. Je manquais très certainement de maturité et de recul à la naissance de mes aînés.
J’étais super calée sur le côté médical de la chose, mais je n’avais pas DU TOUT procédé à un bilan, à une autocritique pertinente, bref à une base nécessaire symboliquement pour laisser le passé derrière soi et commencer une nouvelle ère dans les meilleures conditions. D’un point de vue personnel, j’ai fait le deuil de mes projets d’adolescente et de jeune femme pour suivre ce que je souhaite ici, maintenant, et dans le futur en tant qu’adulte et maman.

Il était aussi certainement très très confortable de se dire que finalement on est pas si responsable que ça hein … c’est aussi surtout la faute des autres

 

 

 

Aujourd’hui j’ai pris confiance dans mon rôle de maman.
Je me sens pleinement mère et plus vraiment fille ou belle-fille.

 

Comment tout a changé ?
En fait, j’en sais trop rien
Je sais juste que ce n’était pas une illumination dans mon bain du jour au lendemain

 

 

Je ne pense pas que cela à quelque chose à avoir avec “le volume” de l’attachement que j’éprouve pour mes fils. Un des facteurs est certainement que je me sens comme experte en ce qui concerne les besoins de mes enfants. Je suis celle qui connaît le mieux leur personnalité, leurs goûts et leurs craintes, leur quotidien et leur petit monde.

Je suis celle qui a le plus réfléchi à ce que je souhaitais leur apporter et leur transmettre tout au long de leur accompagnement vers leur vie d’adulte en tenant compte des dites personnalités et des dits besoins. Crois-moi j’y ai passé un nombre d’heures aussi élevé que les heures sup non payées et non récupérées des infirmières à l’hôpital. Je suis celle qui, in fine, devra en prendre la responsabilité et répondre de ce qu’elle a fait, ou non, pendant les 20 dernières années.

Nous avons petit installé notre propre routine en fonction de tout cela. Nous leur avons crée leur petit monde, un monde à 5 (et bientôt 6). Et ce monde est distinct du foyer symbolique que nous formions avec nos parents.

Peut-être aussi car lorsque je vois mes fils jouer, ses câliner, jouer avec leur frère, être curieux, rire et sourire, je me dis que finalement, je n’ai pas fait si mal les choses, moi le parent.

 

 

 

 

Nos choix éducatifs sont certainement très très loin d’être parfaits.
C’est pour ça que je profite de ce congé maternité pour m’informer, réfléchir,
et donner un coup de boost à mon grand chantier de la réforme des politiques parentales de la maisonnée.

Je ne me considère pas aujourd’hui encore comme une bonne maman, il faut être réaliste.

J’essaie de tendre le plus possible vers ça en tout cas.
Se remettre en question, c’est la base de toute amélioration non ?

 

 

Je considère que nous avons bâti un véritable foyer, au sens abstrait du terme, pour nos enfants.
Une bulle de sécurité, de bienveillance (on espère), un lieu à part avec nos propres routine, règles et traditions.
Rien qu’à nous.

 

 

Alors aujourd’hui, si nous ne parcourons plus 800 km aller/retour minimum avec 3 enfants en bas-âge (bientôt 4) pour retourner chez l’un ou l’autre de nos parents, je ne considère plus que nous n’avons pas passé cette fête en famille. Loin de moi l’idée de prôner une politique isolationniste. Je suis juste fière de constater que nous pouvons parfois être auto-suffisants et être cette bulle pour nos enfants, tout comme les foyers de nos parents l’ont été pour nous.

8 Comments

  1. Ah pas facile lorsqu’il y a un conflit générationnel et que nos propres parents ont du mal à accepter que nous sommes désormais nous-mêmes des parents. Lorsqu’on devient parent, il faut du temps pour s’adapter à ce nouveau rôle, Rome ne s’est pas fait en un jour. C’est comme un jeu vidéo, on prends du level tout en continuant son épopée; et pour élever un bébé, c’est pareil. Sinon ton histoire de décalage d’horaires chez tes beaux-parents, me rappelle un peu ce que je vis avec les miens et avec la prochaine arrivée du bébé de ma belle-soeur, j’espère que ça va s’améliorer de ce côté-là ! (l’espoir fait vivre!). Bref, toi et ton mari êtes de bons parents pour vos enfants et comme tu le dis, vous offrez un beau foyer pour votre famille et au diable les parents!.

    1. J’adore l’analogie avec le jeu vidéo #geek. C’est sur qu’on ne devient pas parent d’un seul coup. Tant mieux pour les parents qui se sont sentis au top dès le test de grossesse, mais ça n’a pas été notre cas du tout

  2. Un très bel article ! Je pense aussi que la cellule familiale nucléaire est une famille à part entière et qu’elle peut “s’auto-suffire”. L’essentiel, je pense, c’est de réussir à être en accord avec ce qu’on veut. Et j’ai trouvé ta phrase : “je me sens mère avant d’être fille ou belle-fille” très vrai. Et très profonde si on la décortique.
    Merci pour ce joli billet !

  3. Encore un article riche, qui fait réfléchir. J’ai moi aussi vécu consciemment cette bascule de “fille de ” à “mère de”, sans pouvoir la dater précisément. Je ne me plains pas, mes parents comme mes beaux-parents, personne ne s’est réellement mêlé de nos choix éducatifs. Je pense que mon père a en mémoire leurs lourds échecs me concernant (quant à ma mère, elle a disparu de mon paysage) quant à ma belle-famille, Chéri étant assez cash, ils se doutent probablement que ce serait une mauvaise idée d’emprunter ce chemin-là. Sur ce point, on est tranquilles. Néanmoins, je vis quand même le fait d’avoir un père qui refuse obstinément de me voir grandir: il me demande sans cesse quand je vais les voir, se plaint que ce soit trop rare (une fois tous les 2 mois, à 200 km, ça me semble correct) et m’infantilise pas mal quand j’y suis, sans pour autant me critiquer en tant que mère (manquerait plus que ça, j’ai aussi été la mère de substitution de son fils). Sans parler des conflits incessants qui divisent ma famille et ma belle-famille qui ne peuvent pas se voir (et habitent en face, gros lol). Bref, pendant des années je me suis cassée le c*l pour faire plaisir à tout le monde, arrondir les angles, ne pas blesser…Puis ça m’a passé. Avec Chéri, on construit notre foyer à nous, cela nous concerne au premier chef et on se sent très bien dans notre cocon! Alors le reste, hein…

    1. De mon côté mes parents pensent qu’ils ont fait un travail admirable avec moi et que c’est moi la grande ingrate qui ne leur est pas reconnaissante pour la magnifique éducation qu’ils m’ont donné. Cette phrase prononcée il y’a peu est juste incroyable: oui tu étais boulimique et tu t’ouvrais les poignets à 16 ans, mais je n’avais jamais pensé que tu n’étais pas heureuse.
      Tu me diras ça en devient presque drole.

      Mais du coup, vu que mes parents et mes beaux-parents sont persuadés d’avoir donné des éducations irréprochables ils sont hyper intrusifs.

      Je connais aussi le côté “tu ne viens pas assez me voir”. Sauf qu’on habite à 500 km et qu’on a 3 enfants en bas-âge. C’est pas le top.

      Idem ma famille et belle-famille ne peuvent pas se voir. Mais bon, 1000 km les séparent donc c’est pas trop gênant ;).

  4. Je ne suis pas la seule à travailler sur moi à ce que je lis 😉
    Je n’ai jamais rencontré ce genre de problème car personne ne s’est permis d’émettre avis ou jugement à l’égard de nos choix éducatifs. Ça fait 10 ans que j’ai quitté le foyer de mes parents et que je suis indépendante alors ils ont du sentir qu’il ne fallait pas s’aventurer trop loin quand même…
    En revanche je m’interroge, cette ingérence dans l’éducation que vous donnez à vos enfants n’est-elle pas typiquement Alsacienne ? De l’expérience que j’en ai (je ne suis pas du tout Alsacienne mais nous avons de très bon amis qui vivent près de Colmar) j’ai l’impression que les Alsaciens ancienne génération sont très (trop ?) impliqués dans la vie familiale à grande échelle et que le paternalisme est monnaie courante, mais peut-être que je me trompe…
    En tout cas bravo, c’est courageux d’avoir dit stop et je suis persuadée que tu es une très bonne maman même si tu ne t’en aperçois pas toujours !

    1. C’est vraiment le top si les grands parents ont tout de suite trouvé leur place.

      Effectivement le côté germanique de l’ouest est intéressant à explorer. Il est est vrai que dans les familles alsaciennes typiques, les grands parents sont hyper investis. Mais il y’a aussi souvent un côté tout bêtement logistique. Les assistantes maternelles sont assez chères et parfois peu nombreuses, l’école maternelle n’accueille les enfants que le matin les premières années, et mis à part dans les grandes villes, il y’a très peu de places de périscolaire. Du coup les grands parents sont très souvent mis à contribution.

      Le paternalisme … clairement. On sent qu’on est pas loin de la Bavière hyper conservatrice.

      Ma maman est de culture juive aussi, et le truc sur les mères juives, c’est pas un cliché non plus XD.

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