Au quotidien

Encore en apnée

Normalement j’aurais du vous publier un article d’opinion sur la PMA pour toutes. Pourquoi ? Parce que (très) souvent quand j’y pense, je me mesure vraiment la chance que j’ai d’avoir à aller voir la maîtresse pour parler des problèmes de propreté de mon fils, la chance que j’ai de courir pour chercher Samuel chez l’assistante maternelle le soir, même la chance de ne plus pouvoir sortir de la maison avec un vêtement exempt de toute tâche visible. Vraiment. Étant donné l’état de mon système reproductif, à  quelques années près, je serais passée à côté de tout ça et j’aurais du lutter pour emplir mon quotidien de bruyantes et hédonistes occupations dans ma maison bien trop silencieuse. Alors que je me mesure ma chance, je ne peux pas m’empêcher de flipper pour la Cacahuète. Cela occupe absolument toutes mes pensées et je voulais vous en parler.

J’ai hésité avant de poster cet article. Deux articles de suite sur mon ressenti à chaud, moué, il y’a plus intéressant. En plus, j’ai vraiment l’impression de me répéter. On est pas sur un skyblog de Kevinadu38xoxoxo non plus.

Et puis je me suis souvenue que c’était la semaine européenne de la fertilité. Le blog de l’association BAMP! (association de patients touchés par l’infertilité) vous en dit un peu plus sur ce sujet de santé publique de plus en plus prévalent, mais toujours aussi tabou. Et faire des fausses couches à répétition c’est aussi être infertile. Nous sommes ce 1 couple sur 6 qui a besoin de la médecine pour concevoir un bébé viable. Oui on est infertile même si on a déjà eu des enfants avant, on est infertile dès lors qu’on ne peut agrandir notre famille alors que c’est notre souhait.

Il est important de décrire la réalité de ces grossesses qui sont très loin de la physiologie, ces grossesses où la peur étouffe la joie pendant les premiers mois, et puis même après. Pour la sérénité, tu peux repasser. Chaque prise de sang, chaque échographie n’est pas une fabuleuse rencontre avec bébé mais un moment d’angoisse où tout peut s’arrêter.

 

 

Je ne cherche pas ici à être dans le pathos, a être plainte ou consolée. Ce billet a pour objectif de vous raconter ma réalité au jour le jour. Même si cette grossesse ne va pas au bout, j’ai envie de garder une trace. Le fait de pouvoir lire des billets de femmes dans la même situation m’avait permis de me sentir comprise. Peut être que ces billets réussiront à faire de même.

Ma principale occupation de la journée est de guetter
le moindre signe d’arrêt des symptômes

 

Je me tâte les seins à longueur de journée pour vérifier s’ils sont encore bien tendus et douloureux. Les douleurs sont en général plus forte lorsque je suis en position allongée alors je panique si le soir je ne perçois pas d’inconfort.

Passons à la rubrique élégance et raffinement. Lors de mes grossesses menées à terme (pour rappel 2 sur 7), mon transit était disons .. ralenti. Dès que celui-ci s’accélère franchement, je commence à paniquer et me demande si la baisse de la progestérone est en cause. Je me fais un film en technicolor dès lors que ça fait plus de 2h que je n’ai pas eu nausées.

 

Et dimanche j’ai eu la totale. Presque pas de nausées, et le transit version gastro.
*Jingle de radio Londres: tadatatadam*

 

Voici une retranscription extrêmement fidèle de mon dialogue interne

Dr Jekyll: Non mais ces symptômes peuvent être dus à une baisse de progestérone induite par TON manquement volontaire dans l’observance de TON traitement. Hier tu as encore cru que c’était fini alors tu voulais terminer cette épreuve au plus vite. Il n’y a pas lieu de paniquer. Vraiment, quelque chose ne tourne pas rond chez toi.

Mr Hyde: N’écoute pas l’autre gentillet qui te fait croire qu’il a toute sa tête. C’est très certainement ton corps qui se prépare au début de la fin.

Luke Skywalker: L’équilibre de la force de ton intestin a pu être rompue par le met très gras que tu as mangé cette après-midi. Ton système digestif mène la rébellion. Mais tu as encore des tensions mammaires alors tu peux encore instiller l’espoir dans la galaxie.

Darth Vador: *pfssshttt* La force est peut être avec ton jeune embryon, mais il est encore loin d’être un jedi foetus viable . Je trouve ton manque de foi dans le côté obscur de la force dérangeant.

Batman: La justice finit toujours par triompher, même à Gotham City. Ton utérus peut maintenir l’ordre dans la ville.

Double Face: Dans la vie il n’y a pas de justice, juste du hasard. Tu peux tomber du bon comme du mauvais côté des statistiques. Life is a bitch.

Milou: Woaf

 

Tu remets le couvert plusieurs fois par jour et tu as un aperçu de ce qui se passe dans ma tête tout au long de la journée.

 

 

En début de grossesse, la montée rapide de la progestérone est censée te mettre KO. Mais cette fois-ci je suis toujours dans l’angoisse, j’ai du mal à trouver le sommeil. Lorsque Morphée et moi décidons enfin de se lancer dans les Free Hugs, je suis dans un état de sommeil nerveux. Je me réveille toutes les heures en pleine angoisse, mon corps tremble et sursaute. C’est un petit peu les mêmes sensations que si j’étais perchée sur un fil et que mon corps vacillait d’un côté puis de l’autre.

 

Et aujourd’hui, lundi matin, les symptômes de dimanche s’intensifièrent.
En plus de nausées qui ont atteint leur pic.

 

Mr G m’a dit de faire un petit tour à la clinique pour me rassurer. Il sait que quand je n’y crois plus, je fais exactement tout ce qu’une femme enceinte n’a pas le droit de faire comme pour me dire que j’ai au moins gagné ça. Genre fromage au lait cru bien affiné avec du soja et des légumes en gelée acheté dans stand au bord d’une route en pleine canicule qui traîne dans le frigo depuis juillet. Si j’aimais bien la picole je me serais ajoutée un petit whisky on the rocks.

J’y suis allée dans un état second entre le manque de sommeil et le manque de nourriture. J’entendais les nouveaux-nés crier dans la maternité de l’autre côté des portes battantes. J’ai souri en pensant que ma position géographique et ma position vis-à-vis de cette grossesses étaient bien synchronisées: sur une chaise inconfortable entre l’accueil et la maternité.

J’ai été prise en charge par la gynéco que j’avais vu une première fois en consultation. Elle a très vite compris, on est allé direct voir mon copain l’appareil d’écho.

 

Cacahuète va bien. Ses mesures sont cohérentes avec les dernières images. Il a un très bon rythme cardiaque. La gynéco m’a demandé si j’avais bien pris RDV pour l’échographie du premier trimestre. Je l’ai fait mais ce n’est même pas encore dans ma tête, c’est beaucoup trop loin.

Dans un mois encore.

 

 

Toujours pas de projection. Toujours l’écran bleu de Windows. Juste mon obsession pour les câpres que je dévore à tous les repas depuis le début de cette grossesse.

 

Prochain RDV: mercredi soir pour le contrôle de fin de prise en charge PMA. Tellement prématuré selon moi.
Et puis après une autre écho la semaine prochaine.

 

Non non, ce n’est pas que j’adore avoir une sonde d’échographie collée contre le col. Dans mon cas, 7 débuts de grossesse pour 2 accouchements, la surveillance est très étroite. Je pense que c’est certes pour me rassurer, mais aussi pour essayer de comprendre où le machin part en vrille. Flippant et rassurant à la fois.

 

Cet article n’a pas fait l’objet de nombreuses relectures ou d’un travail trop poussé sur le style. J’en suis désolée. Promis jeudi ce sera un vrai article autres que des phrases ressassées mal écrites !

 

Une grosse pensée pour les blogueuses aussi suspendues à l’attente des nouvelles de leur projet d’agrandissement de famille.

 

21 Comments

  1. Courage. Et force à la cacahuète.
    Les débuts ne sont en rien comparables aux tiens. Même si j’ai aussi connu les faux départs à plusieurs reprises… ert que je me reconnais dans tes angoisses. J’ai mon quota d’enfants. Et en te lisant, je réalise que je suis contente d’être sortie de ça… c’est dingue, mais oui , plus que du bonheur, les débuts, c’est de l’angoisse.

    1. La grossesse est loin d’être ma partie préférée aussi ;). Certainement car j’ai eu des grossesses compliquées donc l’attente joyeuse tout ça tout ça je connais pas XD

  2. Je me reconnais totalement dans ce que tu décris ! Cette envie de faire tout ce qu’il ne faut pas pour se persuader qu’on y crois pas, les passages à la maternité dès que les symptômes sont moins présents. Pour ma grossesse actuelle en plus des 3 échos prévues dans mon suivi au 1er trimestre j’en ai eu 2 autres pour me rassurer avant la T1. J’ai commencé à y croire après 10sa… Je croise les doigts et les orteils pour ta cacahuète !

  3. Je continue de croiser les doigts pour toi et ta cacahuète, c’est vrai que les premières semaines jusqu’à l’écho T1 sont très stressantes. Tant mieux si tout va bien. Pour l’infertilité, c’est vrai que c’est un sacré combat contre Dame Nature qui peut parfois être très dure envers certains couples. J’ai malheureusement autour de moi plusieurs couples d’amis / connaissances qui en sont toucher et c’est vraiment des situations compliqués.

    1. L’infertilité est vraiment une épreuve horrible. En plus on en parle assez peu. Le pire c’est quand les gens posent la question “c’est la faute de qui ?”

  4. Arf, je connais très bien cette interminable attente, quoiqu’en temps normal, je fais vite mes FC, faut bien y voir un avantage. En tout cas, pour La Bête, les trois mois d’apnée m’ont paru interminables! Pourtant, tout allait objectivement bien: pas de saignements, des taux normaux, des symptômes discrets mais permanents… Mais quand on a tellement connu de fausses joies, la barrière de protection s’érige malgré nous “Halte là, on ne s’attache pas, on n’y croit pas!” Je n’essaierai donc pas de te raisonner, je sais que c’est vain. Fais confiance en ta cacahuète et en ton corps: il a mené deux grossesses à terme, donc il sait faire. La cacahuète se porte très bien pour le moment alors il n’y a aucune raison que ça change. Je suis très confiante pour toi. Carpe Diem.

    1. Merci :). Bon j’avoue les billets d’humeur sont les plus simples à faire et ceux qui soulagent le plus, donc c’est sympa de voir qu’ils sont appréciés

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