Grossesse et Post-partum / Santé de maman

Grossesse et médicaments: mon point de vue de patiente

Tu le sais, pour pouvoir survivre et/ou avoir une vie presque normale, je dois me gaver de différentes molécules délivrées par mon dealer légal très cher pharmacien. Les dits pharmaciens me connaissent d’ailleurs tellement bien que je suis dans la short list de clients ayant reçu un dessous de plat à Noël. True story. Et pendant la grossesse, hors de question d’arrêter ces traitements (qui n’ont pas eu besoin d’être changés, ouf!) sous peine de gros problèmes pour maman et donc pour bébé. Autant te dire que prendre des médicaments pendant la grossesse ne me traumatise pas des ovaires. Mais, cette question soulève de grands débats, de grandes peurs, et c’est tout à fait normal au vu des enjeux ! Entre nécessaires précautions et abstinence religieuse, j’ai envie de vous livrer mon point de vue.

Attention, tout ce que je dis ici n’est que le reflet de mon expérience de patiente.
Je ne suis pas médecin et je n’ai pas la prétention de l’être.
Pour autant, en tant que patiente avec un dossier médical en 10 volumes, j
‘ai envie de m’exprimer sur ce sujet délicat.

 

Pour moi, évidemment le principe de précaution doit s’appliquer avant tout:
On ne prend pas de médicaments sans s’assurer qu’il est compatible avec la grossesse.
La règle est : je repose ce cacheton,
L’exception: j’ai une info fiable qui me dit que je peux le prendre.

 

 

Les enjeux sont colossaux: le foetus risque des malformations
qui peuvent mener à l’IMG et/ou une mort in utero.
Joyeuse perspective hein ?

 

 

Jack Nicholson, le seul acteur qui n’a même pas besoin de jouer la folie pour être crédible

 

 

 

Le premier réflexe pour savoir si c’est ok ou non de prendre ce médicament serait de regarder dans la notice du médicament.

 

Mais, tu vas être vite déçue Géraldine ma divine. La notice est avant tout un document légal qui permet au laboratoire commercialisant le produit de se prémunir des risques de procès. La plupart du temps, on vous dira de ne pas le prendre et/ou d’aller consulter votre médecin car la règle d’or c’est d’éviter tout procès et toute condamnation en sousous sonnants et trébuchants. C’est à la base une décision pleine de sagesse. On peut facilement passer un coup de fil à sa sage-femme ou à son généraliste pour avoir son avis.

 

 

 

 

Sauf que, parfois, l’information des médecins sur cette question me semble incomplète
et/ou ils décident d’appliquer un principe de précaution stricte
et de n’autoriser uniquement que la combinaison doliprane et le spasfon.


Et de serrer les dents.

 

 

 

 

 

Big up au premier gynéco qui a suivi ma grossesse, qui lorsque je lui disais que je n’en pouvais plus de serrer les dents sur un bout de cuir
dès que je passais de la position horizontale à verticale
m’a dit de prendre du doliprane sur le ton “tu me fais iech la baleine”
C’est pas comme si c’était du à ma cicatrice de césarienne sur le point de rompre hein

 

 

 

Je sens que je vais avoir des requêtes bizarres dans les prochains temps

 

 

 

Certaines mamans peuvent péter un câble et sous l’effet de la douleur prendre quelque chose, peu importe quoi, juste pour que ça s’arrête. Comme la maman enceinte de 4 mois à qui son dentiste a refusé de soigner une rage de dent et lui a dit d’attendre l’accouchement (!!!) dont j’ai eu à connaître de l’histoire dans le cadre de mon travail. Elle a fini par bouffer de l’ibuprofène avec des conséquences pas jojo pour son bébé.

Mais vous supporteriez des mois de douleurs intenses sans aucun répit ?

 

 

 

Petit exemple personnel

 

 

Cet hiver, j’ai eu la chance d’avoir une semaine de mal de gorge intense. Au bout de 6 jours, avaler est devenu trop douloureux et donc j’étais quasiment en jeune pas intermittent. Je suis donc allée à la maison médicale de garde du coin. 5h d’attente pour ressortir avec une ordonnance de doliprane et le conseil de renifler des tisanes. Vous êtes enceinte, je ne peux pas faire plus pour vous soulager. Allez aux urgences si vous ne pouvez plus respirer. L’amoxiciline et la codéine sont des molécules soit disant interdite pendant la grossesse, dixit la médecin de la maison médicale de garde. Le CRAT dit tout le contraire. J’ai donc gobé la codéine qui traînait au fond de mes placards.

Deux jours après, je suis toujours au même point. Sauf que là, c’était l’eau de la tisane qui commençait à ne plus passer. Je suis allée voir ma généraliste habituelle qui m’a diagnostiqué une angine bactérienne et vite prescrit des antibiotiques ainsi que de la codéine pour me soulager. J’ai rit jaune intérieurement.

 

Les corticoides ne présentent aucun effet tératogène et ce sont même les seuls anti-inflammatoire permis pendant la grossesse (si je me trompe, corrigez-moi). Même qu’ils servent aussi à la maturation des poumons de bébé en cas de risque de naissance avant 34 SA. Pour certains antibiotiques courant, je crois que la réponse est assez évidente.

Et je suis sure que beaucoup de mamans ont d’autres exemples en tête.

 

 

 

 

 

 

Oui j’ai pris plein de médicaments pendant cette grossesse.
Idem pour toutes mes autres grossesses.
Certains parce que je n’avais pas le choix, d’autres “égoïstement” car je ne voulais pas souffrir.

 

 

En quoi une maman qui souffre, alors qu’on sait qu’on peut la soulager sans risques, sera une meilleure maman ? Je rappelle que ce sont des médicaments destinés à soulager la douleur, pas à se faire un trip récréatif sous acide.

 

 

 

 

L’idée n’est pas ici de faire du médecin-bashing.
Ce serait ridicule et contre-productif
Les médecins ne sont pas des sado-masos qui veulent voir souffrir les femmes
Ils ne souhaitent pas ne pas guérir
C’est tout l’inverse

 

 

Il ne faut pas oublier non plus que en cas de problèmes, les professionnels de santé sont juridiquement responsables de ce qu’ils prescrivent à leurs patients.
Et un procès aux fesses c’est pas exactement le genre de chose qui fait battre ton cœur alors que tu te casses les fesses 10h/jour derrière ton bureau.

De même, les conditions de travail déshumanisantes des professionnels de santé dans les établissements publics,
qui les poussent juste au burn-out et au suicide hein,
ne sont pas l’idéal pour une conversation apaisée j’en conviens

 

 

 

Mon mantra est plutôt de ne jamais accepter un argument d’autorité, et d’éteindre tout esprit critique
au profit d’une confiance aveugle à un sachant qui serait omniscient.

Spoiler alert: celui qui prétend ne jamais se tromper …. se trompe.

 

 

La relation médecin/patient est asymétrique, mais ça ne veut pas dire autant qu’on doit systématiquement fermer son clapet

(même si c’est encore très mal perçu par l’ancienne génération de médecins qui n’accepte parfois de discuter qu’avec les personnes de l’aaaart)

 

 

 

 

 

 

 

 

Personnellement, je préfère qu’on me dise lorsque je me trompe, oui même par un non juriste, sur une question juridique. Ça me force à chercher, à me poser des questions au moins. Je préfère ça à continuer de raconter des conneries. Oui mon égo en prend un petit coup, mais c’est un mal nécessaire pour progresser.

 

 

 

Une patiente doit pouvoir bénéficier d’une information la plus complète possible sur les effets de la molécule sur son enfant à naître,
pouvoir peser en conscience la balance bénéfices-risques

 

Cette information doit se faire sans dogmatisme et de manière objective

Mais parfois, pour ce faire, en tant que patiente, je n’ai pas le choix que de chercher ailleurs
que dans la bouche de mon médecin l’information pertinente (qu’internet soit loué).

 

 

 

 

 

 

La plupart des médecins, lorsqu’ils s’interrogent sur la compatibilité d’un médecin avec une grossesse, se rendent sur la fiche du CRAT, un site indépendant, clair très fiable et très complet. Pour moi, il est donc tout à fait raisonnable que ce document serve de base à discussion s’il est consulté par une patiente.

Si l’argument en réponse à ma demande de regarder ensemble la fiche du CRAT est juste “Ah non vous pouvez juste prendre du paracétamol“, si j’ai ce médoc dans mon placard à pharmacie et que le doliprane n’est pas assez fort, je n’aurais pas peur de suivre le go ahead donné par le CRAT. Pourquoi ? Parce que j’aurais cette vague impression de ne pas avoir été considérée au delà d’un bout de viande qui entoure l’utérus et le fœtus. J’entendrais tout à fait qu’on me dise “le CRAT dit ça, mais dans votre cas pour X ou Y raison ce n’est pas possible”.

 

 

Mais attention, je fais confiance uniquement au CRAT qui est LA référence.
Je ne vais pas chercher mon information ailleurs, et surtout pas sur les forums.

 

D’ailleurs, c’est via CRAT que s’informent beaucoup de mamans allaitantes
à qui on refuse la plupart des médicaments.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu vas me dire: oui mais regardes, on a autorisé la Dépakine pendant des années alors qu’elle avait des effets délétères !!
On peut prendre des médicaments aujourd’hui et se rendre compte 10 ans après qu’ils sont dangereux.
Et là c’est bébé qui n’a rien demandé qui va prendre !

 

 

 

En ce qui concerne, spécifiquement l’affaire de la Dépakine, il y’a eu un gros problème inhérent au monde médical franco-français: on ne se tient pas DU TOUT au courant des publications médicales étrangères (ou alors ça commence à venir avec les nouvelles générations). De plus, les laboratoires ont une énorme puissance de lobby sur les politiques de santé publique. On connaît les risques de la Dépakine depuis les années 80 !  Et il a fallu attendre le milieu des années 2000 pour que les autorités sanitaires françaises réagissent, le laboratoire s’agitant aussi efficacement pour résoudre l’affaire qu’un flamby en plein cagnard ! Oui, clairement on a prescrit des médicaments dangereux à des femmes enceintes, faut pas se voiler la face. Clairement les labos pharmaceutiques ne sont pas des enfants de chœur. Ce sont des entreprises qui recherchent le profit et pas des ONG.

Heureusement, depuis le CRAT s’est fait une vraie place dans le paysage médical, de même que les centres anti-poison. Il est également possible pour chacun, même le grand public, de consulter d’autres sites de références étrangers, pour peu qu’on maîtrise l’anglais (comme par exemple drugs.com), histoire de confronter les informations. On est aujourd’hui beaucoup, beaucoup plus vigilants sur la question des médicaments et la grossesse/allaitement. Malheureusementnt, la raison étant surtout d’éviter des scandales et des procès très couteux.

 

De plus, avec les facilités de communication actuelles, avec les possibilités pour les patients de lancer des alertes via les réseaux sociaux (si on trie les fake news avec une bonne éducation aux médias), je pense, à titre personnel, qu’une affaire de cette ampleur ne pourrait aujourd’hui se reproduire, cf. l’affaire du Lévothyrox.

Par pitié, pas de débats sur les vaccins dans les commentaires ! D’ailleurs, ils seront automatiquement supprimés.

 

 

 

On a tenté d’améliorer le système.
J’espère que ce sera un rempart efficace.

 

 

 

 

 

Le traitement de référence de l’épilepsie pendant la grossesse est aujourd’hui le Lamictal. Oui, il semble y avoir un très léger surrisque. Mais on en parle des conséquences des crises d’épilepsie sur le foetus: risques de chutes, manque d’oxygène voire de fausse couche et/ou mort fœtale in utero. Tout comme arrêter le Levotyrox peut conduire à des fausses couches à répétition et à des anomalies dans le développement ultérieur de l’enfant.

 

 

Excusez-moi pour cette longue digression, en tant que maman épileptique et maman juriste en droit de la santé, le sujet me touche forcément beaucoup.

 

 

 

Je trouve qu’il est dommage de passer d’un nécessaire principe de prudence +++
à une espèce de refus religieux de toute prise de médicaments.

 

 

 

 

On risque de créer une véritable perte de confiance des patientes envers le corps médical
si celles-ci vont chercher l’information ailleurs et qu’on leur impose une opinion personnelle
plutôt qu’une information sur l’état des connaissances et une vraie discussion

 

Et c’est pour moi ici le grand danger latent
avec là des conséquences potentiellement dramatiques sur la santé de maman et de bébé

6 Comments

  1. Le CRAT c’est la Bible, la référence ultime.
    En plus sur le site du CRAT est aussi traité le problème du traitement chez l’homme en cas de désir de paternité (par exemple avec le methotrexate). Toutes mes patientes avec désir de grossesse ont le lien du CRAT.

  2. Alors au sujet des vaccins justement…
    Je plaisante 😉 Ma sage-femme m’a donné le lien du CRAT quand elle m’a suivie pour la première fois. Depuis c’est vrai, je réfléchi assez peu et vérifie dessus directement. Très utile aussi pendant l’allaitement, comme tu le dis.
    Après, j’ai la chance d’être entourée par du personnel médical ouvert au dialogue (sage-femme, généraliste, pédiatre etc.), et si j’ai un doute, j’ai une sœur médecin qui n’hésite pas à aller fouiller dans les dernières publications pour répondre à mes questions, ce qui est super confortable, il faut bien l’avouer.
    Je crois que c’est vraiment le point crucial, pendant la grossesse ou à d’autres moments, de trouver un professionnel avec lequel on est en confiance, ce qui pour moi signifie répondre à mes questions de personne informée mais non professionnelle.

  3. À mes yeux, c’est toujours les extrêmes qu’il faut fuir. Les médecins qui par “peur” ne donnent que le strict minium… Au risque que leurs patientes prennent sur doctissimo le premier conseil venu pour se soulager.
    Et le fait de prendre pour argent comptant tout ce que dit le corps médical car “ce sont eux les médecins”. L’esprit critique doit toujours etre de mise selon moi.
    Bref, comme tu le soulignes, ce n’est pas une mince affaire.
    Le CRAT j’en avais entendu parler. Merci de nous parler de cette source.
    A bientôt,
    Charlotte.

  4. J’ai été hyper médicamentée au début de ma première grossesse – pour la faire courte : accident de la route, multiples fractures, autant d’interventions, et une grossesse que j’ignorais…
    La plupart des médicaments pris étaient bien entendu pas recommandés aux femmes enceintes, voire interdits… Ma première réaction en apprenant ma grossesse, j’étais effondrée…
    Heureusement, ma gynécologue a su trouver les mots et me faire comprendre que ces mentions portées sur les boîtes de médicament étaient à considérer avec une certaine distance !
    Et je ne connaissais pas le CRAT… merci pour l’info…

  5. Le CRAT, ma seule référence aussi car si on se fie au Vidal et aux notices des médicaments, tout est interdit effectivement.
    La jeune génération de médecins connaît bien cette source alors j’espère que bientôt on ne verra plus de femme enceinte ou allaitante laissée sans traitement.

  6. Merci pour ce billet particulièrement intéressant !
    J’ai longtemps pensé que les médecins étaient tout puissant, qu’ils savaient toujours ce qu’ils faisaient et qu’il n’y avait qu’à s’incliner.
    Et puis, au fil du temps, j’ai perdu confiance. Divers événements m’ont fait m’interroger mais c’est surtout la naissance de mon fils et mon allaitement qui m’ont rendu vraiment méfiante. J’ai souvent été confronté à des médecins ne sachant absolument pas de quoi ils parlaient, et me soutenant le contraire, au risque d’aller à rencontre de la santé de mon fils.
    Impossible de ne pas se dire qu’il doit y avoir bien d’autres domaines dans lesquels ils ne sont pas compétents mais ne l’avoueront jamais. Alors bien entendu, en cas de problèmes de santé on continue à aller chez le médecin mais je prends de plus en plus de recul et je tente de recouper des informations venant de différentes sources fiables avant de prendre une décision.
    Alors pour ce qui est des médicaments durant la grossesse je n’ai pas réussi à avoir suffisamment confiance pour en prendre. Mon gros ventre m’a déplacé une cote à 6 mois et demi de grossesse mais j’ai préféré ne rien prendre. Deux rendez-vous chez l’ostéopathe ont rendu la douleur supportable. Couplés avec la pratique de l’auto-hypnose j’ai finalement bien réussi à gérer.

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