Au quotidien / Gemellité

Je n’ai jamais eu d’enfant unique, ce que je ne connaîtrais jamais

Avec Mr G nous avons été noyés plongés tout de suite dans le grand bain: nous sommes passés de 2 à 4 du jour au lendemain, paf le chien. Nous n’avons toujours été en quelque sorte des parents partagés. Nous ne connaîtrons jamais cette relation exclusive avec un seul enfant. Même si je pense aujourd’hui que le fait d’accueillir des jumeaux soit l’une des plus belles expériences qui soit, il y’a tout de même des choses que je connaîtrais jamais. Pour le meilleur comme pour le pire.

Commençons par le négatif histoire de terminer sur une note positive. La plus belle aventure je t’ai dit.

 

 

 

On ne saura jamais ce que c’est d’avoir une relation exclusive avec un enfant

 

 

 

Papa et maman béats devant les premiers bains du nouveau-né, des parents gagas serrant bébé dans leurs bras à l’affût du moindre sourire, un rythme de vie calqué uniquement sur celui de bébé…. toujours une expérience inconnue pour nous après 3 enfants. Nous n’aurons jamais ce tête-à-tête avec bébé, cette relation exclusive, cette possibilité de fusion entre les parents et le bébé. Nous avons loupé cet espèce de rite initiatique de la parentalité, ce moment de découverte mutuelle qui te permet de te glisser doucement dans ton rôle de parent en découvrant petit à petit ton bébé.

 

Chez nous c’était plutôt Charlie Chaplin dans les temps modernes:
le travail à la chaîne version fuckée (on me dit dans l’oreillette que version approximative serait plus approprié).

 

La découverte de la parentalité chez nous s’apparentait plutôt à un TGV lancé à pleine vitesse dans ta face. Comment prendre le temps d’apprendre à connaître deux bébés, si différents, lorsqu’on a si peu de temps disponible, si peu d’énergie (et de nerfs) restants. L’épuisement fait de nous des engourdis des sentiments. C’est la mode mécanique: on assure le minimum pour eux comme pour nous: manger, se laver, dormir.

 

 

Mème si Samuel est venu en solo, il avait déjà deux grands frères.
Nous avons pu partager plus de choses avec lui durant ses premières semaines, mais nous étions déjà des parents partagés.
Pour une relation exclusive, on repassera

 

 

 

 

Acheter du matériel de puériculture et/ou de la déco de chambre est une prise de tête

 

 

 

 

Lorsque c’est ton premier bébé tu passes des heures à éplucher pinterest et instagram pour trouver des idées de déco pour la chambre de ta future petite merveille. Tu recherches des articles de puériculture pratiques et puis mignons quand même, tant pis s’ils sont un peu plus chers. Et puis après tout, cette table à langer trouvée sur le bon coin, elle est pas chère même si elle est un peu grande.

Tu veux lui préparer le plus beau petit nid possible, rien de répréhensible la dedans. Ça fait partie de la préparation psychologique de beaucoup de femmes. Pour moi en tout cas, ces étapes ont été très importantes dans le fait de rendre tout ça “réel”. Et puis tu découvres, tu te laisses éblouir par des tonnes d’articles qui ne servent à presque rien en fait (mais ça, tu ne le sauras que plus tard).

 

 

Lorsque tu es parent de jumeaux, puis de famille nombreuse, ce n’est pas tant ce que tu veux, ce qui te plaît, qui compte, mais le prix affiché et la taille de l’objet

 

 

Le budget déco, il se limite aux promos de chez Gifi. Le lit Winnie l’ourson, dont ta progéniture tout juste sortie de ton utérus se fiche éperdument by the way, version x2 nécessite que tu casses ton PEL ou que tu vendes un rein (après tout on en a deux hein). Et puis pour les jumeaux, tu ne peux pas choisir exactement la même déco pour les deux. Il faut bien les individualiser qu’on t’a dit. Mais bon, tu veux quand même que ce soit un minimum en harmonie. La c’est Valérie Damidot qui te le dit. On a choisi la solution de facilité: la déco ce sera les meubles et le luminaire.

 

Exit aussi toutes ces grosses peluches, ces armoires qui font juste armoires. Tu optes plutôt pour une commode/table à langer pour avoir l’opportunité de te mouvoir dans leur chambre. Idem pour ton rocking chair pour les biberons de nuit. N’oublie pas que ce rituel nocturne se déroulera en duo avec papa, et qu’il faut donc deux chaises confortables pour poser votre séant. A moins d’avoir des chambres de taille conséquentes, c’est impossible.

 

 

 

 

Le porte-bébé ? Ah ma chère madame il vous en faut un spécialement adapté. La poussette ? Pareil. Modèles limités et bien plus chers.

 

 

Lorsque tu accueillies ton petit troisième, étant donné la part du budget familial déjà mobilisée par tes aînés,
tu vas vite rentabiliser ta carte orchestra et adopter une consommation basée sur la récup honteuse des affaires de ses frères

 

 

Au final, ton beau petit nid pour bébé, tu peux compter dessus autant que sur des nuits complètes pendant les 2 prochaines années.

 

 

 

L’événement ce n’est pas l’arrivée prochaine d’un nouveau membre de la famille,
mais comment cela va se passer avec les jumeaux
Ou
Comment ne jamais avoir de réactions de joie et de félicitation à l’annonce d’une nouvelle grossesse

 

 

 

 

Ah mais comment vont les jumeaux ? Les jumeaux ci, les jumeaux ça …. et les autres membres de la fratrie ont apparemment découvert la cape d’invisibilité utilisée par un certain Harry P et consorts. Les jumeaux fascinent encore aujourd’hui. On me pose d’ailleurs souvent la question d’une éventuelle télépathie entre les jumeaux, comme si leur relation comportait une part de mystique.

 

Le jour où tu annonces, la bouche en cœur et les paillettes dans les yeux, que ta famille va s’agrandir,
les seules questions qu’on te pose tournent autour de l’adaptation du dernier né à la relation si particulière de ses frères et inversement.

 

Tu ne l’as pas fait parce que tu avais peur de la relation de tes jumeaux hein ?
Et s’il était rejeté par ses frères ?
Ils ne seraient pas mieux juste tous les deux ?

Un autre enfant alors que les jumeaux ne sont pas encore en train de passer le bac, est-ce bien raisonnable ? Vous en avez pas eu assez ?
Mon dieu, quel courage !

 

Notre famille, leurs relations fraternelles sont définies dès le départ par la gémellité.

 

 

 

 

Mais avoir accueilli des jumeaux en premier dans notre famille présente aussi de gros avantages.

 

 

 

 

Nous n’avons jamais connu le difficile passage d’enfant unique à enfant inclus dans une fratrie

 

 

Lorsque Samuel est né, Isaac et Yoann avaient déjà l’habitude de partager l’attention de papa et maman. Bien sur, avec l’arrivée d’un petit frère, le temps de bras et de cerveau disponible des parents diminue encore en terme quantitatif (mais pas forcément qualitatif).

 

Mais je pense que le fait que le principe de partage de l’attention soit déjà quelque chose de naturel pour eux
a facilité leur adaptation à notre nouveau schéma familial.

 

Nous étions donc très sereins vis-à-vis de cette problématique. Et parent serein, enfant qui geint moins. Je suis aussi persuadée en tant que fille unique que le fait de pouvoir grandir dans une fratrie soit un avantage indéniable pour le présent comme pour leur futur.

J’ai cru lire bien souvent que lorsque l’arrivée du petit 2e se profile, beaucoup de parents ont peur de ne pas avoir la capacité d’aimer autant un autre enfant que celui avec lequel ils ont tout partagé exclusivement. Spoiler alert: oui, on peut aimer tout autant. La bouteille sera aussi remplie, le liquide aura juste parfois un goût un peu différent car on aime jamais personne exactement de la même façon.

On sait depuis le départ qu’on peut partager notre amour entre plusieurs enfants, car c’est uniquement sous cette modalité là que nous avons appris à les aimer.

 

 

 

Nous avons tout de suite été des pros de l’organisation, nous n’avons jamais été trop pris au dépourvu à l’arrivée de bébé 3

 

 

 

 

Très clairement, le seul moyen de survivre aux premières années, et surtout aux premiers mois, de vie avec des jumeaux, c’est de mettre en place une organisation à toute épreuve. Marie Kondo peut aller se rhabiller je te dis.

Oui dans l’idéal tu dois vivre au rythme des besoins de ton nourrisson. Mais lorsqu’il y’en a deux ou plus, ce n’est pas une douche tous les deux jours, un repas par jour que tu risques de manquer. NAAAN. Tu risques plutôt de te retrouver avec des puces et une dénutrition sévère si tu vis au rythme de 2 nourrissons désynchronisés.

 

 

Pour survivre (ça a vraiment été le terme exact dans notre cas), il a fallu définir des horaires de biberon, de bain, d’habillage réguliers et s’y tenir.
Oui, même à trois semaines de vie.
On a du aussi très rapidement apprendre à séparer l’essentiel de l’accessoire.

 

 

 

 

On acquiert aussi rapidement les bons gestes, en fait les gestes les plus efficaces. Je savais changer une couche en moins de 30 secondes, lavage des fesses inclus (je le sais je l’ai vu sur le micro-ondes qui réchauffait mon café pour la 7e fois). Je sais, ce n’est absolument pas politiquement correct de dire ça. Mais avec 10h de sommeil en 7 jours (fractionné en plages d’une demi-heure maximum), un autre enfant qui pleure pendant que tu essaies de presser son frère de finir son biberon car il a lui aussi besoin du combo changement de chauffe-biberon, tu dois t’adapter.

Un parent qui reluque constamment Légifrance pour se rappeler ce qu’il risque s’il décide du jour au lendemain de prendre sa valise et de dire adieu Berthe n’est pas un parent en capacité de répondre aux besoins de l’enfant. Ce n’est pas pour rien que le risque de dépression suite à la naissance de multiples est grandement majoré (pour maman comme pour papa d’ailleurs) et que de nombreux couples se séparent dans les premières années suivant l’arrivée des jumeaux.

 

 

Lorsque Samuel est arrivé, nous étions déjà paré et l’incorporation dans notre routine militaire n’a pas posé trop de problème.
Samuel s’est d’ailleurs calé assez rapidement sur le rythme de la maisonnée.

 

 

La capacité d’organisation, tout comme notre capacité d’adaptation aux imprévus constants livrés avec le cosy à la sortie de la maternité, c’est LA qualité indispensable développée par les parents. On a eu le droit à un bootcamp. On est certainement des parents en carton sur le reste, mais la boreal on assure ! Même qu’on est en capacité de donner des conseils aux autres, cteuh classe.

 

 

 

Point d’enfant qui s’ennuie chez nous faute de camarade de jeu

 

 

Dès leur plus jeune âge, Yoann et Isaac avaient un camarade jeu (et de chamailleries) à demeure. Bien pratique pour une maman qui, comme, moi, a un mal fou à savoir jouer avec des enfants très jeunes. Nous n’avons pas eu besoin d’attendre le petit 2e.

 

Voilà en gros ce qui trottait dans ma petite tête sur le sujet. Ceci est une liste d’arguments purement personnelle et vous invités à vous indigner si vous pensez que j’ai raconté des carabistouilles.

 

 

PS:  étant donné que je suis alitée et que je n’ai plus d’ordinateur portable accessible tout en restant allongée sur mon séant, je dois rédiger cet article en grande partie depuis ma tablette avec un clavier physique aux limites de l’article de farces et attrapes. Le correcteur orthographique n’a cessé de de me proposer pour chaque mot de la remplacer par Escalope. Voilà, Escalope, c’est fait, tu peux arrêter maintenant.

 

8 Comments

  1. C’est marrant car je parlais de ça avec une amie proche il y a quelques semaines, elle aussi maman de jumeaux. Et vos réflexions se rejoignent parfaitement! (J’espère secrètement qu’en tant que primipare simple, j’arriverai à intégrer facilement le second tsunami dans notre quotidien, malgré tout!)
    J’ai beaucoup ri de ta conclusion, au fait.

    1. Moi je suis sure que tu vas y arriver ;). C’est sur que c’est un changement, mais rien que le fait de se poser des questions est une façon de préparer au mieux cette arrivée.

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