Au quotidien / Santé de maman

La grossophobie, parlons en

Je sais que je vais me prendre un shit storm en règle avec cet article. Mais il faut en parler de cette discrimination dont tout le monde à peu près se fout. Ben oui, on ne choisis pas sa couleur de peau, sa culture, son genre ou son orientation sexuelle. Mais ben quand on est gros c’est pas en mangeant des carottes hein, ils l’ont bien cherché … Sauf que … Sauf que l’obésité est une maladie multifactorielle (c’est pas moi qui le dit, c’est l’OMS, la Haute autorité de santé en page 25 du document). Au quotidien nous ne sommes pas des personnes malades, nous sommes des sales gros (et c’est pas moi qui le dit, c’est la Haute autorité de santé en page 21). Croyez-moi vous n’avez pas envie d’être gros, le quotidien est vraiment pas glop.

Pourquoi en parler sur un blog de maman ? Pour deux raisons: parce que l’obésité infantile augmente de manière exponentielle et que nos enfants sont donc aussi concernés. Et surtout, car je n’ai pas envie que cette culture soit cautionnée à demi-mots, voir véhiculée, dans l’éducation de nos enfants. Aussi parce que certaines mamans pourront peut être se reconnaître dans ces mots.

 

Personne ne se dit un matin: tiens j’ai envie d’être gros.
Croyez moi c’est une véritable épreuve au quotidien.

Les circonstances de la vie, notre génétique, nos problèmes de santé parfois nous amènent à cet état de fait (cf. liens en intro). Personne n’a envie d’entendre les ricanements et de voir les regards condescendants dans la rue, d’essuyer des refus d’embauche sur ce motif (plus ou moins bien dissimulés) de la part employeurs potentiels, de se sentir déshumanisé au point de n’être que cette entité informe définie uniquement par le sacro-saint IMC. Alors on intériorise. Au final c’est de notre faute.

Pas d’angélisme, je ne vous dirais pas qu’on entre dans l’obésité morbide
avec un régime 1 200 calories par jour.
On mange beaucoup, beaucoup trop, beaucoup trop riche.


Mais quand on en arrive à au stade de l’obésité morbide ce n’est pas par simple gourmandise.
Notre relation avec la nourriture est limite sado-maso.

 

J’avais toutefois envie de vous parler de l’histoire de mon poids.
Je ne veux pas verser dans la victimisation.
J’aurais pu faire autrement, compenser autrement.
Mais derrière chaque obèse morbide se cache en général une histoire difficile.

 

J’ai 8 ans

On me dit que je suis grosse, que je suis dans le haut des courbes. Je dois “faire attention”. Les prémices du premier régime. J’ai envie de prendre un goûter chez ma grand-mère. Comme par hasard mon père débarque aux alentours de 16 heures. Il me sourit mais me fait une remarque s’il me voit avec des tartines. Je commence à cacher mon goûter sous moi pour ne pas qu’on me prenne en flagrant délit. J’imprime: manger c’est mal, je me dois me cacher.

Je ne sais pas quoi faire de mes journées. Mes parents sont englués devant la télévision. Point d’activités en famille. J’ai besoin d’oublier l’horreur quotidienne que je vis à l’école. Alors je vais voir ma grand-mère. En femme de son époque, sa spécialité c’est les tâches ménagères. Alors on fait des gâteaux. Très souvent. Et ça fait du bien. J’associe nourriture et plaisir, soulagement.

J’ai 15 ans

Le collège est une torture au quotidien. Je suis une intello, je suis bizarre. Je le vois bien, je ne suis pas filiforme comme mes amies. Plus tard en regardant les photos, je verrai que j’étais en fait tout à fait normale, j’avais juste déjà des formes. Les filles comme les garçons se moquent de moi à cause de mon poids, encore une source de moqueries qui s’ajoutent aux nombreuses autres.
Je me dis que ça ira mieux quand j’aurai perdu du poids. D’ailleurs tout le monde me le dit: mes parents, le médecin de famille. Je commence à ne plus manger à midi. Là au moins j’ai le contrôle. On ne pourra pas me traiter de grosse si je ne vais pas à la cantine. Je préfère faire mes devoirs, je me réfugie dans les activités intellectuelles.

La diététicienne du collège a remarqué que je n’allais plus à cantine et que je ne mangeais presque rien les rares fois où j’y mettais les pieds. Je lui dis que je veux perdre du poids. Elle commence à me suivre. Je note tout ce que je pense. On essaie d’équilibrer les menus. Mais je n’y arrive pas. J’ai mes premières compulsions alimentaires. La diététicienne arrête le suivi car je ne fais aucun efforts d’après elle. Avec le recul, j’ai loupé ma chance, j’aurais du lui parler.

 

J’ai 16 ans

J’ai enfin un petit copain. Lorsque je me fais des nattes il m’appelle Obelix. Il me dit que je suis tellement grosse que jamais personne ne m’aimera à part lui, et qu’en plus de toute façon un jour il finira bien par me larguer pour ça. Les compulsions deviennent de plus en plus fortes. Je commence à faire du sport, beaucoup de sport. Lorsque je fais du sport je pousse mon corps dans ses limites.

Tu es grosse, ce corps me dégoûte, c’est ta graisse qui te fait mal, montre lui que tu vas la dégommer.
Je me fais une entorse.
Ca ne suffit plus, alors je commence à me faire vomir.
Je prends du poids avec tous ces yoyo.

Les remarques sur mon poids se font de plus en plus insistantes de la part de mes proches: “si tu ne fais pas de régime maintenant tu vas grossir et avoir beaucoup de mal à perdre plus tard, c’est pour ta santé”.

 

Je n’en peux plus alors que je commence à me couper les bras.
Je suis hideuse.
Je devrais me fracasser le corps pour pouvoir le refaire entièrement.
Je rêve de me découper les bourrelets.
Je pense à réellement le faire.
De toute manière, qu’est ce que ça changerait si j’y passais,  j’en crève déjà de cette graisse.

 

Je commence un régime draconien. Je finis par manger exactement la même chose à chaque repas. Pas grand chose. Je perds beaucoup de poids. Vraiment beaucoup. Mes cheveux commencent à tomber. Même ma famille s’inquiète. Je dois à nouveau manger. Je ne supporte pas de recommencer à manger, je recommence le sport, les vomissements. Je reprends tout le poids perdu.

 

 

J’ai 19 ans

Je vais avec ma mère dans un magasin de vêtements. Je suis à peine en surpoids. J’essaie des jupes au dessus du genou. On me fait bien remarquer que ça ne me va pas, je devrais prendre des jupes plus longues. Dans le train que je prends quotidiennement j’essaie autant que possible de ne pas me mettre en face de quelqu’un pour ne pas qu’il ai à supporter ma vue. Aujourd’hui je regarde les photos de cette époque, j’étais mince, j’avais un très beau corps.

 

J’ai 23 ans

Je suis maintenant en couple stable avec Mr G. Mes parents l’on jugé avant même de le rencontrer. Chaque conversation téléphonique est une épreuve. Impossible d’avoir une conversation: ils ont raison, j’ai tord. C’est un bon à rien et je fais une erreur monumentale. Mes parents me disent de choisir entre eux et lui. Je choisis mon futur mari.

Pour la première fois je suis sortie de ce carcan familial. Je peux manger autant que je le souhaite. Alors je me lâche. Je prend 30 kilos. En toute honnête il est impossible blâmer uniquement mon histoire pour ce pétage de plomb alimentaire. Je n’ai pas su m’arrêter, je n’ai pas pris conscience de la montée de mon poids, des quantités ingérées. J’ai perdu ma boussole interne.

Mais malgré ces formes je trouve que j’ai un corps acceptable, je le vois un peu à travers ses yeux à lui.

Je précise que ce n’est pas moi.

 

Et puis j’ai vécu deux grossesses, mon activité était limitée pour des raisons médicales

J’ai compensé en grignotant. Ici c’est entièrement de ma faute. Encore une fois je me suis laissée aller. Un mélange de lassitude et de laisser-aller. Et puis la maladie s’installe. Je dois prendre des médicaments (par ailleurs dans la shortlist de la Haute Autorité de Santé des médicaments causant une prise de poids). On m’a prescrit ces médicaments alors que j’étais obèse. Ma prise de poids c’était de ma faute, je n’avais qu’à faire plus attention. Et voyant que je prenais du poids même en faisant attention, je me suis lâchée.

Ma prise de poids est multifactorielle.
Une part de moi, une part de mon entourage, une part de la société.

Les gros font l’objet aujourd’hui de discriminations.
Mais je pense que c’est l’une des discriminations les mieux acceptées de la société.

Par que dans l’inconscient collectif on est gros parce qu’on est feignant,
qu’on a pas de volonté, qu’on est sale parce qu’on sent mauvais avec tout ce gras

Quelques exemples personnels
du quotidien d’une grosse

Dans un magasin de vêtements

La vendeuse: “Vous devriez tester le régime hypoprotéiné. On perd vite. Regardez Hollande ! Et puis en attendant, mettez une gaine pour cacher vous bourrelets“.

Et elle est pas belle elle avec ses bourrelets ?

 

Ma mère lorsque je préparais les concours de la fonction publique: “Si tu restes dans cet état (mon poids) jamais tu ne réussiras de concours. Si tu ne présentes pas bien, ils ne vont même pas te laisser une chance“. J’ai eu mes concours du premier coup et en étant bien classée.

Le coach à la salle de sport

Mais heu .. vous êtes sure que vous allez y arriver à courir sur le tapis“. Après 30 minutes de course: “Des comme vous qui arrivent à faire ça j’en ai jamais vu !“. On peut avoir du gras est être musclée.

Et puis il y’a ma décision de subir un by-pass, non pas pour moi,
mais pour que mes enfants ne soient pas l’objet de moqueries à l’école.
C’est fou quand on y pense. La grossophobie impacte bien au-delà des gros eux-mêmes.

 

Le pire je crois reste la grossophobie médicale

Aller chez ton médecin pour une angine et ressortir avec une feuille de régime

Aller chez un médecin spécialiste en procréation médicalement assistée et t’entendre dire avec mépris que tant que tu n’auras pas perdu 30 kilos on ne fera rien. Quand tu expliques que ton problème n’est pas du à ton poids mais à ton hypophyse, le médecin te regardes de haut et te dit que ce n’est pas possible, c’est forcément des ovaires polykystiques (syndrome lié au poids). Sauf que les examens ne collent pas DU TOUT. Il ne regarde même pas les anciens examens qui le prouvent. Il note insuffisance hypo ??? et ovaires polykystiques +++ 

Je lui explique que les régimes ne marchent plus sur moi de toute façon. Mon corps en a trop bavé, il ne veut plus bouger. “Ah mais il me faut deux attestations de deux nutritionnistes différents madame“. Je ressors humiliée de cette consultation. Je vais voir un autre médecin. Je tombe enceinte à la première stimulation aux doses minimales.

C’est aller voir le médecin échographe pour voir ton bébé pour la première fois qui vous dit que de toute façon on ne verra rien avec mon gras. Il a fait toutes les mesures sans soucis. Il termine par: de toute façon on ne peut pas vous laisser prendre du poids. Comme si mon corps ne m’appartenait plus, car de toute manière je ne sais clairement pas m’en occuper.

C’est aller voir la sage femme à la maternité qui a chaque monitoring nous dit que de toute façon ca va finir en hypertension et préeclampsie, c’est sur. La voir avec un regard presque déçue lorsqu’à chaque fois ma tension est dans la moyenne basse.

Aller voir son neurologue car on est épileptique: “Non mais avec votre poids je vais devoir vous donner des doses énormes !”. Spoiler alert: non.

 

On en parle de certains protocoles de chirurgie bariatrique ?

Le fameux régime yaourt pendant deux semaines qu”on fait subir à de nombreuses PERSONNES dans certains établissements de santé. Tu ne manges que du yaourt. Pourquoi ? Pour enlever du gras. Comme si on ne pouvait pas manger des légumes pour ça (et des yaourts si c’est leur marotte). Certains disent même: pour que vous connaissiez la sensation de faim. Pourrait on se permettre des pratiques aussi humiliantes sur d’autres que des gros ?

Faute d’IRM adaptée, on a envoyé des patients dans les zoo ou dans les cliniques vétérinaires. Et encore une source par ici. De par mon métier, je sais que c’est encore le cas aujourd’hui dans certains hôpitaux de la région parisienne (et certainement ailleurs). Oui il existe des appareils adaptés, mais que faire en cas d’urgence ? Il y’a si peu de ces appareils que les délais d’attente sont longs comme un jour sans pain. Et si un appareil médical commun ne pouvais mesurer une donnée à travers une peau noire, est-ce qu’on irait leur faire passer leurs examens dans un centre où les appareils sont adaptés animaux à la robe/au pelage foncé au lieu de se procurer le matériel adapté ?

Article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ratifiée par la France:
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants“.

Article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme:
« Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »

Mon objectif dans cet article n’est absolument pas de faire l’apologie de l’obésité

Les personnes obèses présentent d’importants facteurs de comorbidité, impossible de le nier (cf. encore une fois la source de la Haute Autorité de Santé citée en introduction).
C’est un fait médical, le surpoids et l’obésité peuvent entraîner des complications qui affectent l’ensemble de l’état de santé d’une personne. C’est une donnée statistique mais pas une vérité universelle. Et nous devrions nous soigner, tant pour les conséquences de l’obésité que pour arriver à perdre du poids.

Mais comment avoir confiance dans les soignants quand vous vous faites humilier
dans 80% des consultations, des hospitalisations ?

A force de subir ces discriminations fondées sur des dogmes médicaux, donc forcément acceptables, les gros choisissent de ne plus s’infliger l’humiliation que peut être une consultation chez le médecin. Ou alors on cache des symptômes, pourtant utiles au diagnostic, car on sait qu’on va se prendre une remarque condescendante, blessante, ou tout du moins un regard méprisant.

Mesdames et messieurs les soignants, vous voulez aider un gros ? 
Commencez par le considérer comme un être humain digne de respect.
Ne le regardez pas comme un facteur de risque prêt à exploser
mais comme une personne avec une histoire compliquée, douloureuse.

Acceptez nous que nous sommes pour que nous ayons assez confiance pour aller vers les autres, et notamment le corps médical, pour entrer dans un processus de soins. Qu’on reconnaisse enfin l’obèse comme une vraie personne, et le caractère multifactoriel de sa maladie. Et accepter que certains corps sont trop cassés pour guérir, accepter que peut être la personne n’est pas la seule responsable, que les diktats de la minceur est les humiliations infligées y sont peut être aussi pour quelque chose.

Pour faire un parallèle avec l’éducation des enfants (bien que nous ne soyons pas des enfants, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit bande de fripons) : on sait aujourd’hui que les méthodes basées sur l’autorité, l’humiliation et la peur sont plus délétères qu’autre chose. On préfère des méthodes plus douces, basées sur l’accompagnement de l’enfant et la prise en compte de l’ensemble de ses besoins. Le but est surtout de lui donner confiance en lui pour qu’il puisse s’épanouir par la suite.

Le gras doivent devenir politique, se montrer et se faire entendre.
Nous nous laissons plus reléguer dans un rayon aiguise au fond des magasins.
Nous devons prendre notre place, et la plus large possible.

L’obésité a une prévalence de plus en plus importante. Arrêtons d’ignorer le problème, dans tous les sens de cette formulation.

PS: j’ai perdu trois taille de vêtement depuis cet été. Ma vie n’a pas changée

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Une petite vidéo, avec une pointe d’humour, qui en parle encore mieux que moi par ici
Pour avoir pleins d’exemples de grossophobie et une liste noire/blanche des médecins, le site du collectif gras politique par ici

30 Comments

  1. Ton article est très poignant: ton histoire, ta vision, ton analyse des choses. C’est vrai que c’est multifactoriel mais les personnes l’ignorent bien souvent.. Et je pense aussi que c’est pour ça que tout le monde y va de son petit commentaire… j’espère que ton article pourra faire changer les choses.. Même un peu.
    Les causes sont multi-factorielles. C’est ce que je retiendrai. C’est ce que j’essaierai d’expliquer autour de moi.
    Merci pour ce billet.

    1. Merci Charlotte :). Si j’ai pu réussir à bien argumenter sur le côté multi factoriel, alors j’ai réussi à faire passer le message principal 🙂

  2. Tu as raison la grossophobie est l’une des discriminations qui me parait la mieux acceptée par la société.
    J’ai honte de l’avouer mais à une époque j’ai moi même pensé que les gros étaient gros parce qu’ils mangeaient trop sans chercher à comprendre ce qui se passe derrière. J’ai toujours eu la chance de pouvoir manger tout et n’importe quoi sans grossir et j’avais du mal à comprendre que ce n’était pas le cas de tout le monde et qu’il fallait que je me sente chanceuse. Et puis j’ai rencontre une personne dépressive, et alors j’ai compris la force du mental, j’ai compris que l’on peut être gravement malade sans que cela se voit. Le surpoids est juste un signe visible de mal être et doit être considéré comme tel.
    Alors merci de nous rappeler tout ça, et encore désolée d’avoir, un jour, était assez stupide pour penser qu’un gros n’est qu’un goinfre.

    1. Je pense que la grossophobie est bien encouragée aussi, donc besoin de t’excuser de quoi que ce soit :). Il ne faut pas oublier qu’il y’a une énorme industrie derrière l’idéal de minceur. Et ils n’ont pas intérêt à faire maigrir leur profit

  3. J’ai adoré ton PS.
    Il y a des choses dans ton histoire qui entrent en résonnance avec la mienne , et notamment cette honte intégrée trés tôt sur mon corps, et sur le contrôle de la nourriture en publique (j’ai subi des milliers de remarques sur mon ‘beau coup de fouchette’ en réunion familiale !)
    J’ai couru tout me vie après un corps plus mince, persuadée que la clé de mon bonheur était là.
    Devine quoi : après des milliers de régime, j’ai fait une dépression (pour d’autres raisons) et j’ai perdu 30kgs. Et je n’ai n’était pas plus heureuse.
    Ca m’a bien remis les idées en place sur les vraies priorités ! Et au final , ça m’a bien détachée de la dictature du corps.

  4. Je suis tombée sur ton article, qui est bien construit et qui montre très bien toutes les composantes d’une prise de poids.
    J’étais en gros surpoids petite et ma mère et ma soeur sont en surpoids. Contrairement à toi j’ai perdu du poid en partant de chez mes parents. Moins de pression familiale, plus de liberté personnelle.
    Aujourd’hui je suis infirmière et je me bats tous les jours contre mes collègues et leurs réflexions qui peuvent blesser des personnes grosses « non, mais vous pourriez nous aider on se fait mal au dos avec vous». J’ai chopé ma collègue en lui disant que la dame savait qu’elle était grosse et que ce n’était pas de sa faute si elle n’arrivait pas à se remonter dans le lit.
    Par contre, là où je ne suis pas d’accord avec toi c’est sur le fait, que parfois, ce n’est sûrement pas ton cas, il est plus facile de remettre en cause les autres et pas soit même. Du coup, l’échec n’est pas de notre faute, mais des gènes/du système/de notre mental… ( seulement 5% de l’obésité est due a la génétique). C’est un moyen de défense classique. Je Mathématiquement si l’on absorbe moins de calorie que l’on en dépense on maigri. Attention je n’ai pas dis manger moins, mais mieux.
    Ma mère et ma soeur sont dans cette catégorie, elle ne «peuvent» pas maigrir. Or quand je leur rend visite je me rends compte de toutes les anomalies de leur alimentation.
    Contrairement a elles, je me considère comme une ancienne alcoolique, je serais tjs «grosse» c’est a dire qu’il faudra toujours faire attention car contrairement aux minces, le poids n’attend que ça pour revenir.
    Quand ma mère me dit «ce n’est pas un petit gâteau qui va te faire du mal» non, ce n’est ,pas l gâteau, mais le deuxième et le troisième que vais manger etc…
    Et le deuxième point où je ne suis pas d’accord, c’est pour la maternité. Effectivement, les médecins manquent fe tact, mais dans beaucoup de cas, cela ne pose moins de pb a la femme quand on lui dit « vous allez devoir subir un traitement médical pour procréer» qu’il va falloir maigrir. Oui, l’obésité est une des principales causes d’infertilité, il ne faut pas se voiler là face.

    1. Tout d’abord merci pour ce joli compliement sur mon article :). Et j’adore quand on est pas d’accord avec moi et qu’on avance un raisonnement derrière, ca me permet de dépasser mon propre jugement :).

      Effectivement la génétique seule est cause marginale. Je pense que le milieu dans lequel on vit influe beaucoup plus. Je pense qu’il serait intéressant de proposer des cours de cuisine à l’école avec des recettes pratiques pour que les enfants apprenent à cuisiner des choses saines et bonnes. Lorsque je travaillais dans le social je me suis rendue compte qu’il y avait des familles entières qui ne prenaient pas de légumes à la banque alimentaire car elles ne savaient pas vraiment quoi en faire.

      J’en parlerai dans un article à venir mais j’ai trouvé une méthode qui me permet de mieux manger parce que tout simplement on m’a donné des lignes directrices flexibles mais efficaces. Exit les mesures précises de chaque famille d’aliment. Le résultat est là. Les personnes engagées dans un parcours de chirurgie bariatrique ont vu beacoup de diéticiennes et l’échec est là. Peut être qu’il faudrait trouver une autre méthode de prise de conscience ? Même si la méthode classique peut convenir à beaucoup d’autres.

      Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’ont soit des anciennes addict (et que j’en fasse bientot partie). C’est d’ailleurs physiologiquement le cas. Nos cellules adipocytes je crois restent à vie et n’attendent qu’un écart de longue durée pour se remplir.

      L’obésité clairement est un facteur d’infertlité. Mais n’oublions pas que l’infertilité est due dans 1/3 des cas à une cause masculine seule ;). Peut être que c’est la solution qui m’aurait le mieux convenu car je déteste l’incertitude, mais je préfère qu’on essaie une stimulation quitte à arrêter en disant “non mais madame vous voyez je vous l’avais dit, les faits le prouvent” plutôt que juste dire non de principe. Même si dans 90% des cas ca va échouer, clairement. Et pour le reste, eh bien bonne nouvelle ;). Mais je conçois aussi que le gynéco qui voit ce type de cas tous les jours ai envie de s’épargner une stimulation aléatoire et d’éviter de donner de l’espoir au couple. Mais dans ces cas là un suivi diet rapporché devait être obligatoire 🙂

  5. Ton témoignage est fort et prenant. Je n’ai jamais développé ces idées envers les personnes en surpoids car ma meilleure amie pendant toute mon enfance était en surpoids sans manger davantage que moi qui étais injustement une brindille. Les mystères de la génétique. Mais dès le plus jeune âge, j’ai été éloignée de ces idées fausses. En revanche j’ai connu les troubles alimentaires à cause de ce dictact de la minceur, je me retrouve totalement quand tu en parles, je pourrais encore ressentir cette souffrance permanente. Pourtant j’ai la chance immense de n’avoir jamais été en surpoids. En revanche je pense que les années de TCA laissent des traces indélébiles dans le corps.

    1. Les TCA sont vraiment une saleté. Et on en parle encore assez peu, surtout quand la personne reste mince mais pas squelettique. C’est qu’après tout elle va pas si mal. C’est un peu comme ça pour toutes la maladies psy en général.

  6. Quel témoignage touchant et triste à la fois… Promis, je fais ici le serment que jamais je ne ferai la moindre remarque à mes enfants sur leur poids. En même temps je n’en ai jamais eu l’intention, je sais à quel point les mots peuvent faire mal.
    Mais j’ignorais que même les personnels de santé pouvaient être aussi cruels, quelle honte !

    1. La formation des personnels de santé vise à les déshumaniser. C’est important pour qu’ils ne prennent pas tout personnellement mais c’est très dommageable aux patients. Il est dur pour eux de penser que l’obésité n’est pas juste le signe de la fainéantise. On est de toute façon très fort en France pour ne jamais remettre en cause ses pratiques. On interdit encore aux femmes portant un DIU en cuivre de prendre des anti-inflammatoires …

  7. Que ton article me parle !
    Non pas que j’ai vécu le quart de ce que tu décris mais je me retrouve dans les réflexions reçues et le corps médical qui regarde le poids avant les symptômes (heureusement ils ne sont pas tous comme ça).
    Quant aux équipements non adaptés aux gros, il faut aussi en parler : les siège de ciné, de bus ou d’avion trop étroit ; les chaises ou espaces entre les tables au resto ; les places de parking trop étroites qui font que tu as du mal à sortir ou rentrer dans ta voiture ; etc… Alors oui la grossophobie existe mais elle est passée sous silence contrairement au racisme.
    J’ai récemment perdu du poids pour moi-même et ma santé mais je “mange” encore régulièrement mes émotions. C’est un combat de tous les jours, que ceux qui n’en soufrent pas ne peuvent pas comprendre.
    En tout cas, merci pour ton article.

    1. Merci beaucoup :). Effectivement pas mal de gros n’osent pas s’asseoir dans le métro ou alors arrivent très en avance dans le train pour éviter de devoir passer dans des allées bondées. Je me dis qu’un peu plus de place pour tout le monde serait plus confortable, gros comme minces 😉

  8. Je ne peux qu applaudir ton article, qui est tellement bien construit, tellement recherché, et tellement vrai…. Je nez suis pas obèse morbide, mais je n’en étais pas loin à une époque. J’ai subi les mêmes remarques degueulasses pendant les échographies, les mêmes hontes quand il fallait, en cours de sport, passer devant tout le monde à la gym, et ta faire juger par toutes les «bien foutues». Je suis en guerre permanente avec mes kilos, pour le moment ce sont eux les vainqueurs….

    1. Merci beaucoup pour ce très joli compliment. Je suis aussi en guerre permanente contre ses foutus kilos. Comme cela a été dit dans un précédent commentaire, nous serons toujours plus à risque que les autres de prendre du poids. Déjà que le perdre est très loin d’être une chose aisée … J’ai noté que les remarques des professionnels de santé viennent des personnes qui sont pas ailleurs le moins humaines.

  9. Ma mère est au régime depuis… (je compte)…. 49 ans. Elle est tellement grossophobe que ça en devient gênant de l’entendre parler de certaines personnes de notre entourage : elle est physiquement dégoûtée par les gens en surpoids. C’est assez hallucinant de voir ça. Tout ça parce que petite on l’appelait “Patate”, qu’elle était ronde et qu’à l’adolescence elle a décidé de “se prendre en mains”. Mais c’est dingue la place que ça prend dans sa vie.
    Elle aurait aimé mettre notre fille au régime, elle ne laisse rien passer.
    On est assez grands pour prendre du recul maintenant, mais clairement les crises d’anorexie et de boulimie de mon adolescence lui disent merci. Et notre rapport complètement addictionnel au sucre aussi.

    1. On repousse toujours avec force qu’on a peur d’être malheureusement. Je pense que les parents ne se rendent compte que trop tard des dommages causés par leurs actions. J’ai peur de découvrir les miens dans 15 ans …

  10. J’ai lu un article super intéressant sur le sujet (en anglais), je vais essayer de te le retrouver. J’ai aussi une amie qui a co-écrit un livre sur le sujet, je suis justement en train de le lire. C’est un roman qui met en scène une jeune femme qui pour son anniversaire s’est offert une chirurgie bariatrique. J’en suis encore au début, je te dirai comment c’est. Je ne suis pas du tout sensible au poids, ni au mien ni à celui des autres. Pour moi il est très clair que l’obésité n’est pas un laisser aller, mais au mieux un engrenage, et dans la plupart des cas une maladie. Je suis toujours outrée par les comportements des médecins face au poids, plusieurs de mes amies en ont été victimes…

    1. Je veux bien le titre du roman si tu as ça sous le coude :). Je pense que en fait l’obésité est encore une maladie très mal connue. Justement elle n’est vue que par le biais de l’alimentaire et donc on ne sait pas encore bien la soigner. Un rapport est paru il y’a peu en expliquant que la prise en charge de l’obésité morbide en France n’était pas vraiment pas efficace. J’espère qu’il fera bouger les choses.

  11. Je ne suis pas obèse mais en surpoids. Ma mère s’est permise quelques petites remarques perfides à ce sujet car elle ne supporte pas MES bourrelets. Ce qui a le don de m’énerver.
    Très clairement ma prise de poids est entièrement ma responsabilité, j’éprouve un tel plaisir à manger (trop et trop gras, mmmh le cassoulet 😍). Je me suis fixée de redescendre à un poids convenable avant une éventuelle deuxième grossesse. J’étais à 95kilos en mars, normalement je tourne autour des 70/75 kilos.

    1. Ici c’est mmh le fromage !! La perte de poids aide dans certains cas à améliorer la fertilité et à réduire les complications de la grossesse, j’espère que ce sera le cas pour toi 🙂

  12. Merci pour ton article ! J’ai grandi dans une ambiance grossophobe, (comme beaucoup d’enfants hélas), mais avec la chance d’avoir un métabolisme et une génétique me permettant de ne pas être concernée (je suis même dans l’extrême opposé : je suis toute petite et de corpulence plutôt fine : à 32 ans, je porte aujourd’hui une robe étiquetée “14 ans”….)

    C’est seulement il y a quelques années, en m’intéressant au féminisme puis aux autres oppressions, que j’ai réalisé à quel point j’avais intégré tout ça et il m’a fallu beaucoup de travail pour me débarrasser de cette grossophobie (et j’imagine que je le suis encore dans une moindre mesure, se défaire d’un système est loin d’être évident et permanant !)
    Cette semaine, pour la première fois, j’ai osé prendre part dans un débat pour justement essayer de chasser cette idée que l’obésité est uniquement un problème de malbouffe et de volonté mais mon message n’est hélas pas bien passé… J’aurais du lire ton article avant, j’aurais pu citer des sources et employer les termes adaptés comme ” L’obésité est une maladie multifactorielle.”

    Bref, tout ça pour dire, merci encore de partager ton histoire 🙂

    1. Je suie entièrement d’accord avec toi. La grossophobie est principalement dirigée contre les femmes (il n’y a qu’à voir la répartition homme/femme dans les opérés sleeve/by-pass). En plus on est bombardés toute la journée d’idées et de représentations qui entretiennent ce phénomène. Casser un atome est plus facile que de casser les préjugés comme on dit ..

  13. J’ai vraiment été touchée par ton témoignage : poignant et emprunt d’authenticité ! Je ne eux que te comprendre pour avoir été dans la même situation que toi… c’est un véritable racisme ambiant qui touche les personnes obèses.
    Je suis en train de changer mes habitudes alimentaires pour perdre du poids pour des raisons de santé.
    Donc tu ne te sens pas mieux depuis que tu as perdu du poids ?

    1. En fait je ne vois pas trop ce que cette perte de poids a changé chez moi. Je ne me vois pas de manière différente, je fais autant de sport qu’avant. Ah si, je commence a avoir de la peau qui pend près des bras, youpi …

  14. Merci pour ton retour WorkingMutti. En ce qui me concerne, je me sens comme libérée, j’ai déjà perdu, beaucoup de kilos, j’ai l’impression qu’une nouvelle vie s”offre à moi. J’avoue que je me suis torturée des dizaines d’années dans la spirale infernale des régimes. Mais dès lors que j’ai enfin acceptée que je ne devais plus m’infliger cela ce fut un grand pas en avant. J’ai opté pour une très bonne application et service Fitatu Flex qui réalise des pals alimentaire parfaitement adapté à ta perte de poids et je continue à manger ce que j’aime le tout sans frustration.

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