Ma vie de Working Mom

Le bilan des 29 ans

Il y a peu j’ai soufflé mes 29 bougies. Le dernier anniversaire avant l’entrée dans la trentaine. Pour moi un c’est symbole. Non, je ne te dis pas pour autant je ne vais pas tomber dans la décrépitude la plus totale (polydent et déambulateur inclus) le jour de mes 30 ans à 00h00. Mais je ne serais plus la petite jeunette avec toute sa vie devant elle, celle qui a encore socialement le droit de vivre à 200 à l’heure entre fêtes de folie et voyage à l’autre bout du monde. Ce qui apparemment serait la seule manière valable de profiter de sa vie. Bref.  A 30 ans, je devrais passer à l’étape suivante de ma vie.
Bon j’ai largement anticipé dans les faits, mais là n’est pas le propos. Pourtant, point de crise existentielle, point d’angoisse insomniante à l’idée du temps qui me file entre les doigts telle la dannette qui se retourne dans sa chute inexorable vers le tapis de jeu fraîchement détaché. Au contraire, lorsque je regarde en arrière, j’éprouve un sentiment de satisfaction, et le futur ne me fait pas peur. 

Je suis pourtant une éternelle insatisfaite, j’ai un regard assez critique sur moi-même. En fait, surtout sur le moi que je suis devenue depuis 2 ans. Mais lorsque je regarde cette dernière décennie dans sa globalité, je me rends compte que j’ai réussi à réaliser mes rêves / “grandes ambitions” d’adolescente. Aussi futiles soient-ils.

 

 

 

Tout d’abord au niveau professionnel

 

Adolescente, je rêvais de quitter mon patelin pour aller vivre dans une grande ville, mener une vie de citadine idéalisée.
Je voulais avoir un très bon salaire, ne plus connaître les mois entiers fins de mois galère comme mes parents.

 

 

 

 

 

Je voulais vivre dans un appartement Haussmanien au centre-ville, obtenir un poste avec bureau spacieux t un titre ronflant inclus. Je voulais tout changer, tout laisser derrière moi pour ne plus me souvenir de cette vie au fin fond du fondement du monde, là où je n’étais pas à ma place et où le quotidien était si pensant. Je croyais que c’était là le symbole ultime de la réussite, la quintessence du bonheur :  monter l’échelle sociale.

A 18 ans, j’ai foulé pour la première fois le sol parisien. Paris était une ville mythique, fantasmée, les parisiens, des grands Hommes avec une vie qui je croyais si différente de la mienne. Des fenêtres du TGV qui m’amenait pour la première fois dans la capitale, j’essayais de guetter l’ombre de la dame de fer.

 

 

 

Et puis, j’ai fait des études dans des écoles aux titres ronflants, j’ai réussi des concours.
J’ai baigné dans cette émulation actuelle qui me rend si heureuse, si vivante.
J’ai rencontré “d’autres comme moi”. Je me sentais comme un poisson qu’on relâchait à la mer après l’avoir privé d’oxygène pendant si longtemps.

 

 

 

J’en ai eu plein les yeux.

 

 

 

Et puis, je suis montée à Paris quoi !

 

 

En 18 ans je suis passée de la nana qui guette l’ombre d’un monument depuis la fenêtre du TGV à celle qui se promène OKLM au jardin du Luxembourg, qui passe tous les jours devant la Tour Eiffel, qui connaît presque par coeur les lignes de métro, qui sait se repérer dans certains arrondissements. Dans ma grande naïveté, tout cela faisait de moi une personne importante. J’étais devenue une de ces personnes importantes.

 

Pendant des années, l’idée de montrer à tous ceux qui m’avaient blessée et humiliée (paye ta vie de haut potentiel à la campagne) que MOI j’avais réussi, me permettait de tenir malgré les insultes et l’isolement social (je t’en parle ici). Je pouvais enfin savourer le fait d’y être arrivée. Et je ne boudais pas mon plaisir après 15 ans d’attente. Oui c’est très certainement immature, et pas mieux qu’eux. Mais bordel, 15 ans de cicatrices ré-ouvertes chaque jour, j’ai le droit de planer avec mes anti-douleurs quand même.

 

 

 

 

 

 

Côté vie privée

 

J’ai pu avoir cette petite vie de couple pépère assez tôt dans ma vie
En fait, presque dès ma sortie du foyer parental 

 

 

J’ai eu la chance de rencontrer Mr G jeune. Je suis restée fidèle à ce que l’ado que j’étais je souhaitais dans ma vie de femme: un couple équilibré, une équipe où nous faisons tous les deux des compromis. J’utilise toujours mon nom de naissance à titre d’usage, nos enfants portent nos deux noms.

 

 

 

 

J’ai toujours voulu avoir des enfants, une famille nombreuse.
Et avant mon 31e anniversaire (c’est toujours très précis chez moi)

 

 

 

 

En disant cela, je ne veux absolument pas porter de jugement sur les femmes/couples qui font un choix différent du mien. Chacun sa route, chacun son chemin tout ça tout ça. Cette décision est juste le fruit de mon histoire personnelle.

 

 

 

 

Je suis devenue maman à 25 ans pour la première fois.
Et de jumeaux !

 

 

 

Comme si ma trouille d’avoir un enfant unique, de revivre ma propre histoire, avait mit mes ovaires en mode hyperactif. J’ai donc soutenu mon mémoire de fin d’études avec 2 bébés dans le ventre.

 

 

 

Et puis Samuel est arrivé lorsque j’avais 27 ans.
Aliénor me fera connaître une dernière fois la joie des slips filets à 29 ans.
Job done

 

 

 

Je voulais être une mère hyper active, une de celles qui partent tôt le matin et rentrent tard le soir,
une de celles pour qui montrer qu’on travaille dur est THE exemple à donner.

 

 

 

Une de celles qui pensent que donner des exemples est plus important que de donner une présence rassurante à son enfant. Eh, pas la peine de hurler comme si tu avais vu une promo  -80% chez Sephora (comment ça je prends mon cas pour une généralité ?). Je suis pas venue ici pour souffrir J’ai eu une enfance difficile okay ? Les parents fantômes, la lourde chape du silence imposé sur ce qui se passait entre 4 murs, c’est bon je connais bien.

 

 

 

Il y avait aussi quelque chose qui me tenait particulièrement à cœur:
malgré la distance, ne jamais jamais laisser s’étioler mes amitiés solides.

 

 

 

Lorsque j’allais partir pour Sciences Po, un membre de la famille de ma meilleure amie m’a dit “tu n’as pas intérêt à nous oublier là bas”. Je me suis fait la promesse que ce ne sera jamais le cas. Et encore aujourd’hui, les amitiés solides de mes 20 ans sont encore les plus fortes et présentes dans mon cœur. L’une d’elle m’a permis de me sentir bien, un sentiment que je n’éprouvais que très rarement dans mon lieu d’habitation officiel. L’autre personne a été, et est encore, un modèle pour moi alors que je cherchais désespérément une figure féminine pour me construire en cette fin d’adolescence. Mes deux phares. Ma famille.

 

 

 

 

Bref, j’ai réalisé, dans les grandes lignes, les rêves d’une adolescente un peu paumée qui avait biiiien intériorisé le concept de réussite sociale stéréotypé actuel
Et puis, j’ai pris de l’âge, j’ai pris beaucoup de recul sur les choses.
J’ai été balayée pour mieux apprécier la recherche d’un équilibre.

 

 

 

 

 

 

 

Commençons, par ma plus grande déconvenue: la vraie vie professionnelle

 

 

Petit à petit, je n’étais plus aveuglée par l’enrobage social de la communication officielle. J’ai vu une machine qui ne tournait qu’au gré des ordres du supérieur, interchangeable, lui même piloté par son N+1 selon les mêmes règles de soumission. Le but des longues journées de travail était juste de faire plaire à celui qui signe votre parapheur.

 

Vous avez le droit de vous marrer comme des hyènes, mais il avait toujours été naturel pour moi de faire des études avec comme objectif de trouver un job où je pourrais aider à rendre le monde moins pourri. Je considère que le savoir est une arme qui devait tenir éloigné les injustices. Clairement, j’ai déchanté aussi vite que lorsque j’ai découvert qu’une couche pouvait déborder de substance jaunâtre jusque sur le crâne de mon nouveau-né. J’ai résisté à la tentation de mettre une photo pour illustrer ça. Ne me remercie pas.

 

Il y’a aussi la réalité de mon inaptitude définitive aux relations sociales dans un cadre professionnel qui m’a fait l’effet d’un ice bucket challenge. Non, tout ne s’est pas amélioré magiquement de ce côté là à la sortie des études. Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie de cacher qui je suis, ce fonctionnement si particulier qui fait partie de moi autant qu’il me définit en partie.

 

 

 

 

 

 

 

Il y’a ma plus belle découverte: le bonheur de la maternité et d’une vie de famille (nombreuse)

Clairement, si on laisse de côté l’horreur des premières semaines, être mère,
c’est encore mieux que ce que je pensais.

 

 

Je m’épanouis vraiment auprès des mes enfants, j’ai enfin réalisé que les moments passés avec eux sont aussi fugaces que précieux. J’ai compris qu’ils ont besoin de ma présence et que non, mon ombre, ne leur suffit pas.

C’est pour moi le chamboulement d’une vie.

 

 

 

 

Et puis il y’a cette chose qui assombrit le futur:
la dégradation rapide de ma santé

 

 

Je vais pas te repasser desapcito pour la 3000000e fois (je n’ai jamais écouté cette chanson d’ailleurs, ça te prouve à quel point je suis plus in): épilepsie, ménopause précoce, migraines avec aura invalidantes, ménopause précoce, dépression etc. Bref, de quoi me pourrir mon quotidien autant que de devoir écouter du Jul de bon matin.

Mais il y a tout de même des choses positives hein: j’ai lâché prise sur la question du poids, je n’ai plus envie d’attendre de maigrir pour vivre ma vie.

 

 

Burn baby burn

 

 

 

Je n’ai pas l’impression de faire “le deuil de la jeunesse” comme me le disait un copain à l’approche des 30 ans.
Malgré les remarques qu’on a pu me faire, je n’ai aucun manque, je n’ai pas ressenti ma jeunesse comme écourtée car je me suis écoutée.

 

Je suis à la fois fière de ce que j’ai pu accomplir pour rendre réel ce que la petite fille en moi souhaitait,
et de mon cheminement pour comprendre que finalement, ce n’était pas ça qui allait me rendre vraiment heureuse.

 

La décennie qui s’éteint était celle de mes aspirations de gosse, celle s’annonce est celle de l’accomplissement personnel de l’adulte que je suis devenue.

 

 

Aujourd’hui, je sais qu’un travail “prestigieux” n’est pas la pierre angulaire du bonheur. Je sais que je veux donner la priorité à ma famille et à mon épanouissement intellectuel, qui ne passe pas forcément pas le travail. Je veux préserver ma santé car elle file bien plus vite que le temps, et que malheureusement dans mon cas, aucun coup de bistouri, aucun lifting de mes organes ne pourra aider.

 

J’espère que la prochaine décennie va me faire encore grandir. J’espère profiter encore de mes enfants devenus un peu plus grands, qu’on va se poser avant d’entrer dans les affres de l’adolescence. J’espère qu’elle sera aussi belle que la précédente. Mais avec un peu moins de tsunamis, hein, ce serait cool quand même.

20 Comments

  1. Quel joli bilan positif.
    Je te souhaite que la prochaine décennie soit moins chargée en tsunamis, qu’elle soit belle et remplie d’amour ! Bref, qu’elle soit comme tu l’imagines. Mais dans tous les cas, si tu continues à t’écouter et à t’entourer des gens que tu aimes, il n’y a pas de raisons que ca se passe mal 😉

  2. c’est drôle, j’ai presque le même âge et absolument pas le même parcours ! Chacun sa route ! Et pour te dire, je ne sais pas ce qu’est une culotte filet et je crois que je ne suis pas prête à savoir 😀
    Il s’en ai passé des choses depuis ces 18 ans, des changements, des revanches, des arrivées ! C’est un très beau parcours, plein de vie et d’objectif. J’espère que niveau santé, ça ira mieux pour la suite et bienvenue dans la trentaine 😉

    Line de https://la-parenthese-psy.com/

  3. J’aime penser que ce qui compte ce n’ est pas les années, mais le chemin parcouru. Tu sembles avoir un joli chemin, et déjà beaucoup d’objectifs réalisés. Bravo à toi !
    Pour ma part, j’ai aussi atteint mes objectifs… mais avec (presque)10 ans de plus 😜.

  4. Nous sommes arrivés au Canada avec notre première fille. Nous n’avons donc pas eu la possibilité de sortir, de découvrir le pays comme un couple sans responsabilités aurait pu le faire. Mon conjoint m’en fait la remarque parfois mais je n’ai aucun regret. Ça n’est pas qq chose que je souhaitais vivre, ni que j’aurais voulu vivre, avec le recul. Il y a un diktat par rapport aux âges et aux accomplissements qui m’agace un peu, comme s’il y avait un seul plan valable et qu’y déroger te plaçait de facto face aux feux des critiques…

    1. Exactement, il n’y aurait qu’une seule manière de vivre “sa jeunesse”. Et ces activités de voyage et de découverte doivent se faire à un âge bien précis. Comme s’il était indispensable de passer par ces étapes pour atteindre “la maturité”. Chacun son chemin de vie, chacun son histoire.

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