Au quotidien / Capture d'instants

Le jour où j’ai presque fait un gâteau pour l’ecole

Ma Leur première fête de l’école. Il y’a un mois, j’avais noté la date en rouge dans mon calendrier. J’étais surexcitée. Et puis, les virus de l’hiver sont arrivés X3 chamboulant tout notre programme. La veille de cette petite sauterie, c’était au tour d’Isaac d’aller, dans un pur esprit de coopération et de co-construction du diagnostic, faire un petit coucou au médecin pour tenter d’améliorer son état. Le retour avait un air de sortie de concert de Death Metal, en tout cas, si je me fie au volume et au contenu des douces sonorités parvenues à nos oreilles pendant 15 minutes. Et puis, soudaine, une vision:  mille millions de mille sabords, la fête de l’école c’est demain matin, il est 17h, et point de gâteau pour embaumer la cuisine de ses douces senteurs sucrées.

Mon cher fils mué en rhynopharingité doliprane-pivalone morvant et hurlant gisait sur le siège arrière de la voiture. Pourtant, après 1 heure de route, il allait bien falloir faire un arrêt au supermarché local pour nous ravitailler.

 

Première étape: c’est quoi comme gâteau qu’on va apporter ? 

 

Pendant des semaines j’avais cherché LA recette parfaite, j’avais imaginé de si jolis décors en pâte à sucre, j’avais déjà tout de prêt dans mon frigo.

Nan je déconne.

 

Je m’étais contentée de rêvasser devant l’image d’Epinal de mes enfants allant de stands en stands.
Le coté pratique était complètement passé à la trappe.

 

Mr G ose me proposer de leur refourguer un piètre gâteau au chocolat tout juste sorti d’une boite Alsa. Etant donné que nos enfants reviennent avec des cahiers de comportement ornés de remarques écrites en couleurs chaudes plutôt que froides, j’ai préféré éviter de donner aux maîtresses une autre raison de nous laisser caracoler dans le top du classement des parents indignes.

Mr G émet ensuite l’idée, ô combien séduisante: celle d’aller au dit supermarché se procurer un gâteau déjà tout fait. Les risques de se faire griller étant beaucoup trop grands, on risque de se retrouver lynchés dans la cour de récré, le gang des parents parfaits chuchotant sur notre passage. Non, merci. On a déjà donné dans la violence scolaire à notre époque.

 

Non, il nous faudra passer par la case gâteau maison.

 

 

 

 

 

Mes connaissances culinaires en termes de dessert étant limitées, je m’en suis remise à l’oracle google.

 

Ohh toi Google tout puissant, toi qui me donnera la réponse tant attendue en quelques dixièmes de secondes,
répands ton savoir et dis-moi quelle recette de gâteau rapide et facile serait appropriée pour l’école

 

Toujours aussi clément et prolixe lorsqu’il est abondamment abreuvé de 4G, Google m’informa qu’il existait de multiples possibilités.

 

Des brownies aux smarties ?

Naaan. D’ici à ce qu’il y ait des enfants allergiques à l’arachide …

 

Un fraisier ?

Encore une qui n’a pensé qu’à la kermesse du mois de juin hein.

 

Une génoise avec une espèce de ganache au Philadelphia avec des vermicelles arc-en-ciel dessus ?

Ahh ça fait sophistiqué ça. On pourrait presque penser que c’était pas fait à l’arrache dis-donc.

 

 

 

Mr G, pragmatique de son état, a marmonné dans sa barbe qu’on avait pas le temps et que c’était compliqué. Et puis future maman, tu devrais pas être alitée toi ? Diantre, il avait bien raison le bougre.

 

J’ai donc joué le refrain bien connu de culpabilisation parentale qu’on m’a tant mis en boucle pendant ces 3 dernières années pour achever de convaincre ce papa récalcitrant. Si nous ne faisons pas ce gâteau correctement, nous serons jugés comme les pires parents au monde, ceux qui n’arrivent pas à s’investir à 200 % au travail, avec leurs enfants, dans leur maison impeccablement rangée, dans leur programme de running, dans leur conversion au zéro déchet, dans leur frigo et congélo 100% fait maison, dans leur cercle d’amis et dans leurs multiples activités culturelles. Tout ça en même temps.

 

Notre fils fatigué, malade, et donc incontrôlable sur le bras, nous nous sommes donc arrêté au supermarché à côté de chez nous en quête des si précieux ingrédients. Bien sur, le monsieur devant moi à la caisse n’avait pas vu que j’étais enceinte, et ce n’est qu’au moment de régler ses courses qu’il s’est rendu compte de mon étant de veau souffletant. « Je vous aurais laissé passer sinon ».

 

 

Arrivés à la maison, je m’attelle à cette tâche pâtissière herculéenne

 

Je ne sais pas faire de génoise, ce sera donc un gâteau au yaourt.

La recette est pour 4 personnes, trop petit. Mais le dieu marmiton me permet de choisir un nombre de personnes à l’aide de petite flèche, le GO (gentil outil) recalculant ensuite automatiquement les quantités d’ingrédients nécessaires. Je décide d’opter pour le premier nombre de personnes au dessus de 4 qui ne me demandera pas de mettre 3,25 œufs.

Mon ventre commençant légèrement à se tendre en rythme, j’envoie un nuage de farine et 98% d’un oeuf dans le saladier à la vitesse d’un commis pendant le coup de feu. Me voilà avec mon appareil bien posé sur la table, prête à rejoindre mon canapé.

 

 

 

 

Je demande à Mr G de le verser dans le moule et de le mettre dans le four que j’avais préalablement fait chauffer.

Je me remets sur mon séant, recourant honteusement aux services de l’agence de garde d’enfants Pat Patrouille et Pyjamasques le temps que papa revienne de son périple chez l’assistante maternelle de Samuel puis de l’école pour chercher Yoann.

Prise d’un doute 10 minutes plus tard, je lève, non sans mal, mon ventre et mon postérieur pour aller vérifier la température du four. Et je vois là, comme une âme en peine, mon saladier toujours plein, mon moule toujours vide, tout comme mon four.

Prise par le temps, je réalise la tâche herculéenne de verser un saladier de pâte à gâteau pour 8 dans le moule.

 

Tant qu’à avoir des contractions, autant enchaîner directement sur la ganache.

 

Mr G me surprend en pleine action et me somme de retourner choir dans le salon Ce serait un épisode de Pat Patrouille en mission secrète et il ne faudrait surtout pas que je le loupe.

.J’entreprends de lui lire la recette de la presque ganache.

 

 

 Aux mots « beurre pommade », je crois qu’il est presque en train de me dire que nous n’avons pas de beurre en tube.
« Tamiser le sucre ».
Je lis l’incompréhension sur son visage.

 

 

 


Je reprends donc l’affaire en main et lui demande d’aller surveiller qu’aucun enfant ne prenne la chaise du bureau
pour un Pat Patrouilleur en train de prendre des virages sur la corde.

 

 

La ganache faite, je tente de l’étaler avec l’outil ad hoc que j’avais acheté pendant ma première grossesse,
dans l’illusion que d’expulser deux être humains de mon utérus me donnerait une quelconque habilité supplémentaire en pâtisserie.

 

J’étale plutôt bien sur le haut. Mais sur le côté … Disons que le bord de l’assiette est très bien étalé, lui, contrairement aux côtés du gâteau.

 

 

 

 

Dans le même temps, 4 petites membres battant en rythme arrivent vers moi. Un Samuel haletant presque me regarde, puis regarde le placard des victuailles lui étant destiné. Et il pousse un cri d’impatience.

Ces messieurs de moins de 4 ans s’impatientent également et commencent à réclamer leur pitance à coup de “ai faim ai faim“. 

Ma mission : éviter qu’ils ne rentrent dans la cuisine et se rendent compte qu’un gâteau est en préparation, au risque d’essuyer un refus catégorie de leur part de toucher à autre chose qu’au dit gâteau au dîner. J’essaie de gagner du temps en leur demandant d’utiliser des formules de politesse appropriées, leçon de savoir vivre qui est assez dire à leur faire comprendre. Honteux détournement à des fins parentales inavouables.

 

 

 

 

Je décide finalement de prendre le parti de livrer à l’école une pâtisserie au décor conceptuel censé montrer la difficulté du passage de l’imagination au réel.
Ou j’irais acheter en 4e vitesse une boite de crocodiles Haribo pour mettre sur le côté du gâteau et cacher la misère.

 

Et puis, avec Mr G, nous remarquons que le pauvre Samuel souffre d’un gonflement au doigt.
Ce gonflement s’accentue dans la soirée.
Nous décidons que la priorité doit évidemment aller à la consultation d’un pédiatre pour remédier au problème.
Demain matin, à la première heure.
A la place d’aller à la fête de l’école.

 

 

Conclusion : je me retrouve avec un gâteau pour 8 personnes hyper gras dans mon frigo. Ma reconversion en blogueuse culinaire relèverait du miracle. Mr G n’aime pas ce type de gâteau et je trouve ça un tantinet trop sucré compte tenu de mes activités physiques limitées. Et j’ai peur pour mon dernier fils.

 

 

Samuel avait un gros panaris qui a nécessité une petite intervention sous protoxyde d’azote, autrement dit du gaz hilarant. Mon fils aura donc, à à peine 14 mois, connu plus d’expérience avec des substances hallucinogènes que moi. Depuis il aime beaucoup la fameuse chanson des Beatles Lucy in the sky with Diamonds (LSD pour les intimes). True Story. Mais nous sommes très soulagés de le voir lui aussi soulagé.

 

La morale de cette histoire est que la prochaine fois, je ferai un gâteau au yaourt avec des pépites de chocolat.
Et dans 15 ans, Samuel n’a pas intérêt à me demander de space cake.

19 Comments

  1. Il est pas mal, ce gâteau ! Moi aussi, je repense en général le soir au gâteau à faire pour le lendemain… Mais heureusement, il y a un petit supermarché ouvert jusqu’à 22h au bout de notre rue. Bonne dégustation ! 😉

  2. Moi, je dis bravo!! Tu t’es vachement décarcassée… Je ne suis pas sûre que j’en ferai autant le moment venu… Quoique, la pression d’être un bon parent pèsera aussi sur mes épaules!!
    J’espère que vous avez réussi à finir ce très joli gâteau 😉

  3. Ouh la oui t’étais partie loin là! Toujours faire simple pour l’école?! Pour une prochaine fois j’ai la recette idéale, effet waow mais super simple – le zebra cake! (Et si jamais tu as la recette sur mon blog!)

  4. Ah oui c’est assez épique ton histoire de gâteau. Perso, même si je ne suis pas encore trop concernée (J-7 mois) mais si j’ai du monde à l’improviste, je fais un marbré, c’est facile à faire bien qu’un peu long à cuire. Alors après je ne sais pas si ça dépend de l’école mais j’ai plusieurs amies dont les enfants sont scolarisé qui m’ont dit que beaucoup d’école préfèrent les gâteaux de fabrication industriels plutôt que le fait maison. Quoi qu’il en soit ton gâteau semblait bien sympathique.

    1. Ah chez nous ils sont à fond dans le fait maison. Mais j’avais aussi entendu que beaucoup d’écoles préféraient l’industriel pour être sure de la composition des gâteaux. J’ai l’impression que dans l’école de mes enfants ils passent leur temps à cuisiner. Chaque semaine ils ont fait une nouvelle recette de gâteau.

  5. “Et dans 15 ans, Samuel n’a pas intérêt à me demander de space cake.”
    j’ai vraiment trouver ça drôle comme conclusion !

    merci pour ce blog que j’aime visiter régulièrement et qui me fais du bien.
    <3

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