Gemellité / Santé des enfants

Le premier RDV orthophoniste de Yoann

Depuis cet été, d’un coup d’un seul, Yoann a commencé à butter sur des syllabes, à avoir du mal à faire sortir le mot de sa bouche. Génies que nous sommes, nous en avons conclu que nous étions en présence d’un bégaiement. Et là, une manœuvre de Heimlich aurait été totalement inutile pour sortir ces fichus mots, alors on était un peu paumés. Plein de craintes et de culpabilité, nous avons donc consulté Wonderpediatre qui nous a orientés vers un(e) orthophoniste.

Pour beaucoup de parents, trouver un(e) orthophoniste c’est un peu comme débarquer
à Omaha Beach au petit matin un jour de juin 1944.

 

C’est la guerre, dans toute son horreur. Beaucoup de parents attendent des mois et des mois pour trouver un professionnel qui puisse leur faire un bilan. Parfois, si tu as répondu juste à la question bonus, tu as le droit d’attendre encore plusieurs mois pour commencer la prise en charge. Nous avons 3 orthophonistes dans notre ville, et la liste d’attente est longue comme un jour sans pain, genre 6-8 mois.

 

 

 

 

 

Toutefois, nous avons été parmi les lucky few qui ont pu bénéficier d’une prise en charge immédiate
car une orthophoniste venait de s’installer à deux stations RER de chez nous.

 

Ouaip. Pour une fois, la chance est avec nous. Gravons ce moment dans le marbre. 

 

 

 

Le premier RDV est en général assez long.
L’orthophoniste fait tout d’abord un bilan avec les parents puis s’entretient seule avec l’enfant
et l’embobine en lui faisant passer pour d’innocents jeux, des tests divers variés

 

 

Elle nous interrogée sur ses relations avec ses frères et sa sœur, sur son entrée à l’école, sur les éventuels facteurs de stress dans l’environnement de l’enfant (lolilol) et même sur l’accouchement !

Elle nous a ensuite demandé de sortir pour réaliser un petit bilan en tête-à-tête avec lui. Je dois dire que cette femme doit dégager un fluide quantique car Yoann n’a pas sourcillé lorsque nous sommes retournés dans la salle d’attente en le laissant seul avec elle. La semaine dernière encore, il a hurlé à la mort alors que je suis sortie 2 secondes des vestiaires du dojo pour aller chercher une chaussette perdue dans le couloir.

Elle a testé son vocabulaire (il est l’un des seuls petits garçons qui connaisse le mot lampadaire), sa coordination motrice, son repérage dans l’espace (devant, derrière etc). Pour le reste, je n’ai pas assez bien entendu derrière la porte où j’avais honteusement collé mon oreille.

 

 

 

 

Le résultat est assez simple:
Yoann présente un très léger retard de langage, et ça se couple avec un bégaiement.

 

La cause ?
Il semblerait que Yoann ait du mal à trouver sa place dans la fratrie
Surtout vis-à-vis de son exubérant frère jumeau
La naissance de sa sœur, l’arrivée d’une fille, a fini par de déstabiliser complètement

 

Isaac est un enfant qui sait immédiatement attirer l’œil, et qui n’hésite pas à interrompre son frère pour faire une cabriole et/ou un bon mot qui va irrémédiablement attirer l’attention sur lui. Pour rajouter une couche de beurre sur les lardons, Yoann est d’une extrême timidité et a un constant besoin de son frère pour se rassurer.

D’après mes discussions avec d’autres mamans de jumeaux, il semblerait que ce problème soit un peu plus courant chez les multiples. Les premiers mois sont tellement éprouvants physiquement qu’on a tendance à se focaliser uniquement sur les soins et beaucoup moins sur les interactions avec les nourrissons. Les câlins, on y pense pas trop, on est tous en mode survie. Et je ne te parle pas de l’augmentation du risque de burn-out parental. Je me souviens qu’on s’endormait sur les biberons et que donc le biberon tout doux avec le regard droit dans les yeux, c’était un peu râpé. Idem pour les changes qui étaient faits en moins de 30 secondes car son frère faisait très bruyamment part aussi de son mécontentement.

Plus tard, on a souvent tendance à dire une phrase à l’un et à dire à l’autre enfant “tout pareil que pour ton frère mon coco“.

 

Pour plus d’infos, j’ai trouvé cet article très intéressant.

 

 

 

 

En plus d’une prise en charge classique, l’orthophoniste nous a également proposé
de lui apprendre à gérer son stress par des gestes et des postures.

 

 

Elle m’a notamment demandé de pratiquer “la posture d’accueil“, celle où tu dois aider l’enfant à se détendre en lui donnant la sécurité du premier contact avec maman à sa naissance. Si tu as lu un de mes derniers article, tu as compris que là j’ai manqué de m’étouffer. Dès qu’elle a prononcé le mot accouchement, je me suis mise en monde écran bleu de Windows, tentant de réprimer la tristesse, la colère, blablbla je t’ai déjà bassiné 1 000 fois avec ça. Il était allongé, je lui ai mis les mains sous la nuque, tout ça tout ça. Résultat bof, mais avec maman raide et tendue comme un fil à linge, fallait pas s’attendre à autre chose. Mais ça a mieux marché avec Mr G.

 

 

Nous allons donc rendre visite à notre copine l’orthophoniste
une fois par semaine le mercredi.

 

 

C’est assez peu en termes de fréquence car son trouble est très très faible. Nous sommes néanmoins partis sur 30 séances, soit 6 mois à la louche. Il faut compter deux semaines pour que la prise en charge par la sécurité sociale soit faite, et après on tombe dans les vacances de la Toussaint et … ben on va commencer début novembre. Ce qui n’est vraiment pas mal comparé aux délais auxquels doivent faire face la majorité des parents.

 

 

 

 

 

 

En attendant, nous essayons de faire les sortir des idées de nos petits neurones parentaux
pour que les mots et les peines de Yoann puissent sortir plus facilement

 

 

Comment l’aider à trouver sa place ?

 

Nous lui accordons déjà du temps rien qu’à lui, enfin on essaie très fort. Isaac a déjà un intérêt marqué pour l’espace mais Yoann peine encore à trouver sa voie. Il n’y a donc pas une activité qui nous permettrait de passer des moments de qualité rien qu’avec lui sur son thème à lui, quelque chose qui ferait que notre temps ensemble soit vraiment quelque chose de spécial. Il aime beaucoup les pompiers, mais je me vois mal débarquer dans la caserne la plus proche et leur demande s’il existe un mini-club parents enfant d’initiation à la descente de barre et au maniement de la lance à incendie.

 

 

 

De plus, à l’école c’est compliqué avec ses camarades.

Il veut LE jouet que vient de prendre son copain.Iil hurle lorsqu’on ne fait pas ce qu’il veut là tout de suite. Il veut décider des envies des autres comme il le fait avec ses frères. “Toi Isaac tu veux la voiture de police“. Pas la meilleure attitude pour devenir the King of the Récré. Isaac lui cède très souvent de guerre lasse, mais pas ses camarades qui le laissent juste de côté. Il arrive juste à traîner avec les amis de Isaac, dans son ombre, encore une fois.

 

 

Et aussi, comment le préserver du chaos actuel de nos vies d’adultes ?

 

Les enfants sont très loin d’être des idiots, et bien sur les miens sont objectivement des graines de génies. On essaie de les rassurer en leur disant que de toute manière, nous avons pris la ferme décision de rester ici coûte que coûte. Quitte à jouer les cas soc, mais ça ils n’ont pas besoin de le savoir. Et encore une fois, je leur ai promis de ne jamais leur mentir, et là ce serait mentir par omission sur quelque chose d’important qui finit tout de même par les toucher.

 

Beaucoup de questions, encore assez peu de réponses
Mais on y travaille dur et

 

 

 

 

 

PS: l’image de couverte n’est pas celle de mon fils hein.

 

7 Comments

  1. Aaah, les files d’attentes chez les orthos… 18 mois en moyenne dans mon département ! Si une maman qui suit mon blog ne m’avait pas aidée, La Bête ramerait encore pour se nourrir d’une puree 8 mois… Je n’avais pas envisagé le lien entre gémellité et langage mais c’est hélas très logique. J’espère que Yoann va réussir à trouver sa place et s’épanouir au mieux.

  2. Ma grande a été suivie deux ans pour du bégaiement. À partir de la naissance de son frère et jusqu’après la naissance de la troisième.
    Quatre ans plus tard, ma troisième se met à bégayer aussi. Tout comme toi, on se demande ce qu’on a fait (ahem, attendre un cinquième enfant?) Et ce qu’on pourrait faire.
    Je te conseille fortement le site de l’association parole bégaiement qui explique bien la prise en charge, sachant qu’une grosse partie est axée sur l’accompagnement parental. J’avais trouvé ça très culpabilisant pour ma première mais avec le recul je suis ravie d’être passée par là. Cela nous a vraiment guidés en tant que famille vers une meilleure communication (respect des tours de parole, écoute active etc. + D’autres trucs liés aux différentes langues qu’on utilise à la maison).
    C’est lourd ce type de rendez-vous quand on a d’autres enfants mais ça en vaut la peine.
    Toutes mes pensées pour ton petit Yoann

  3. YOU CAN DO IT !
    Je comprends que ça soit des questions délicates pour vous, surtout quand son frère jumeau semble si à l’aise. La relation gémellaire est pleine de mystères. Vous avez parlé de tout ça avec Isaac ? Peut-être qu’il pourrait naturellement vous aider lui aussi ?
    Pour le reste, quelle chance d’avoir trouvé cette orthophoniste si rapidement ! Enfin un peu de chance de votre côté !
    J’espère que sa prise en charge sera qualitative et que ca ira bientôt mieux pour votre Yoann. <3

  4. Je n’y connais pas grand chose en relation gémellaire mais en en effet, c’est déjà assez compliqué comme ça de prendre sa place dans une famille nombreuse. Si on rajoute cette relation si particulière on peut comprendre que l’enfant soit un peu perdue. Mais je pense sincèrement qu’une fois l’équilibre trouvé cette relation leur complicité en sera renforcée.

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