Au quotidien / Education

L’enfant devenu parent: passer de l’autre côté de la barrière

Cette pensée ne m’était jamais venue à l’esprit lorsque j’étais enceinte. Elle ne m’est venue qu’il y’a quelques semaines, soit 3 ans après la naissance de Yoann et d’Isaac. Maintenant, je suis parent, je suis passée de l’autre côté de la barrière, du côté de celle des “vieux”, de mes propres parents. J’ai vu les parents avec mes yeux d’enfants, et maintenant je peux confronter cette version à mon quotidien de maman. En fait, peut être que nos parents étaient aussi paumés que nous ? C‘est vraiment dur d’être parent, bien plus que je ne le pensais avant de devenir mère. Et on nous faisions les mêmes erreurs que nos parents sans nous en rendre compte ? Et si on avait perdu notre âme d’enfant au point de ne pas avoir retenu les leçons de tirées de nos expériences en tant qu’enfants de nos parents ?

Mon patelin natal, aire de jeu où j’ai fait les 400 coups lorsque mon âge tenait en un chiffre

 

Isaac et Samuel commencent à courir sur l’aire de jeu maintenant équipée d’un revêtement anti-cho

Il y’a bien quelque chose qui n’a pas changé: autour de moi, toujours le même ennui des parents. On vient entre amis en espérant que les enfants s’occupent tous seuls pour pouvoir potiner/commérer tranquille sur la voisine (par chez moi on appelle ça des Ratsch, et certains ont même fondé une fédération locale je crois). Pour les solos, les smartphones ont remplacé les magazines. Plus discrets pour que le parent indigne qui, tentant de battre son record à Candy Crush, peut feindre une surveillance de tous les instants en cas de regards réprobateurs des autres adultes coincés dans l’arène.

Alors que mes pensées divaguaient alors que je regardais très attentivement Isaac faire du cheval à bascule, prêt à bondir au cas où il déciderait de prendre la folle décision d’aller trop vite pour sentir le vent dans ses cheveux, je me suis prise cette réalisation comme un TGV lancé à pleine vitesse dans ma face:

 

Je ne suis plus l’enfant qui joue après le goûter,
je ne suis plus l’ado qui rejoint les balançoires le soir venu les scooters des copains garés sur le côté
Je suis telle la maman qui lisait Voici sur le banc

 

 

Je me suis demandée: est-ce que mes parents étaient aussi paumés que nous question éducation ?

Est-ce qu’eux aussi naviguaient entre Laurence Pernoud et les conseils de tata Lucienne
pour rendre leurs enfants épanouis et heureux sans qu’ils expriment cette joie
à cor et à cris dans la cage d’escalier à 7 h du matin ?

Ou alors est-ce que c’était juste plus facile quand lorsque les enfants s’écorchaient le genou point de nécessité d’un retour à la maison en catastrophe et d’une nuit de surveillance fébrile de la part de parents désemparés ?
Quand on te disais de laisser pleurer ton nouveau-né pendant une heure car sinon il allait être capricieux (heureusement que ce n’est plus le cas aujourd’hui) ?

 

Est-ce que c’était plus facile quand il n’y avait pas toute cette pression véhiculée
par la société et les médias qui nous intime d’être des
robots parents parfaits à tout instant ?

 

Si j’en juge par l’état général des personnes de notre génération, tu peux respirer. Même si tu es tombé dans la spirale des violences éducatives ordinaires parce que tu as osé envoyé ton enfant dans sa chambre pour qu’il se calme pendant un gros caprice (vous noterez le ton moqueur), même si tu n’as pas suivi tout bien les commandements de la parentalité bienveillante, ton fils ne finira pas alcoolique SDF après son décrochage scolaire et le diagnostic d’un traumatisme psychique sévère. Il pourrait par contre devenir juriste. Je me rassure comme je peux, mais le poids de la responsabilité ne quitte jamais mes épaules.

 

Bon après évites quand même de faire tout par dessus la jambe
et de laisser ton gamin de 3 ans violer sa camarade dans la cour de l’école.
Être parent c’est aussi interdire parfois (de taper avec le bâton ramassé sur le chemin,
de manger des tonnes de sucre même si c’est bon)
et guider son enfant souvent, et surtout de toujours expliquer

 

En outre, nous votions nos parents comme ces êtres assurés, eux qui savaient quoi faire, ceux qui s’attelaient avec sérieux et dévotion à des tâches importantes, des tâches encore mystérieuses pour nous enfants, comme celle d’aller au bureau.

Et est-ce que nous paraissons aussi surs de nous du point de vue de nos chères petites têtes blondes ?
(littéralement, mes fils sont tous blonds/roux).

Est-ce que nous pouvons leur apporter
ce sentiment de sécurité comme comme nos parents nous l’on apporté ?
Ou est-ce qu’ils se sentiront aussi protégés qu’une féministe manifestant en Iran ?

 

La société actuelle nous demande déjà d’être toujours dans le contrôle, de tout lisser, de ne pas jamais montrer aucune faiblesse ou émotion. On a donc eu un entraînement de choc la dedans et je pense qu’on est tous plutôt bons si la théorie de l’évolution ne nous déjà pas mis hors-jeu.
De mon point de vue, si un enfant n’est pas rassuré, il le fera clairement sentir. Soit à travers son regard, soit à travers ses actions pour chercher les limites, chercher là où les bras de ses parents bornent l’espace qu’on lui laisse.

Chillax

 

 

Tout compte fait, même si nos parents étaient sujets aux mêmes approximations que nous,
notre génération s’en est pas si mal sortie niveau traumas nés dans la prime enfance

 

J’espère juste que mes enfants me pardonneront mes petites bêtises,
mais qu’ils ne taisent jamais les souffrances subies par mes gros manques de jugement
.

 

 

Retour du bureau, arrêt de bus direction Home Sweet Home après une dure journée de labeur

 

 

Ce soir je suis partie plus tôt du boulot. Je partage l’étroit trottoir de l’arrêt de bus avec une horde de lycéens BCBG, le côté ado stupide inhérent à leur âge ingrat ne manquant pas de refaire surface lorsque la meute est réunie.

Je vois qu’ils arborent fièrement un sweat  Lycée Illustrepenseur promotion 2018.

 

Je me dis que quand même, mes enfants auront bien de la chance
de grandir dans ce soin qui héberge des lycées et des écoles supérieures si réputées

 

C’est une chance que je n’ai pas eu depuis ma cambrousse perdue.
Je ferai TOUT pour les pousser à réaliser la chance qu’ils ont,
et les faire rentrer de gré ou de force dans ces établissements qui promettent un avenir plein de prestige et de pognon.

 

Ben oui, c’est à ça qu’on mesure la réussite de nos jours non ?

 

Et puis de toute façon qu’est ce qu’on sait de la vie à 16 ans ?
Notre rôle de parents c’est de les pousser à choisir la voie qui pourra leur donner le plus de possibilités plus tard.

 

Et puis je me souviens de la jeune fille que j’étais il n’y a pas si longtemps
(je te jure il y’a pas si longtemps)

De la pression mise par la société et répercutée par ma famille qui m’a imposé une voie professionnelle

 

Pour le dire poliment, j’ai fort ressenti négatif vis-à-vis de l’injonction irréfragable à ne jamais s’écarter du chemin dorée, à viser toujours plus haut, même si on se pète les genoux et les chevilles au passage, même si finalement, juste la haut au dessus de la montagne ça nous suffit. Pour autant, mes parents étaient loin d’être d’abominables jojo en faisant tout pour que j’ai, de leur point de vue, une vie meilleure que la leur.

 

 

J’ai un beau cursus, une belle carte de visite. Et pourtant .. Je vais au travail à reculons. Je me rends compte que je travaille uniquement pour une bureaucratie qui a fini pas n’exister que pour elle même. J’avais la vocation du service public, du bien commun. Pourtant, tout ce faste est mis uniquement au service de l’ambition. J’ai totalement perdu le sens de ce que je fais et je dirige vers une voie qui en jette beaucoup moins et qui pourtant va me rendre plus heureuse.

 

Il est où le juste milieu finalement pour nos enfants ?
Je les pousse jusqu’à quel point sans courir le risque de les faire tomber ?
Où est la limite entre l’intérêt de l’enfant et nos propres projections ?

 

 

En fait la parentalité c’est un capharnaüm de la naissance
jusqu’à la fin de l’adolescence.

Quid de la difficulté de devoir faire des choix qui peuvent
nous valoir l’ire éternelle de nos rejetons si

notre GPS nous plante en route ?

On nous dit de faire comme on le sent.
Et si on sent vraiment rien, juste la peur ?

 

 

Boreal, je comprends que naissent des théories, qu’on essaie d’imposer des standards, qu’on vende des milliards de bouquins de trucs et astuces pour éviter de faire intervenir l’aide sociale à l’enfance pour manque de sécurité affective.

Le jour où j’ai du mal à payer mes factures je me lance dans le business.

En fait, beaucoup de parents essaient juste de bien faire et ne savent pas par où commencer

Mais si vous avez trouvé la méthode miracle , dites moi tout en commentaire, je suis preneuse !!

 

 

 

5 Comments

  1. Bonsoir,
    Je ne pense pas que c’était vraiment plus facile du temps de notre enfance. Enfin, si, pour quelques points oui. Tout le cyber-harcèlement n’existait pas puisque internet et les téléphones portables n’existaient pas. Je ne dis pas que le harcèlement n’existait pas mais au moins, les enfants harcelés à l’école avaient , à la maison, quelques heures sans attaques directes. Aujourd’hui, le harcèlement à l’école est complété, voire aggravé, par celui sur les réseaux sociaux.
    Quand je vois les adolescents aujourd’hui (et quand je regarde mes photos quand j’étais ado)… c’est clairement pas le même siècle… ni le même millénaire ! J’avais une tête et un look (improbable) d’enfant. Aujourd’hui, il y a une sexualisation, notamment des petites filles, dès leur plus jeune âge et ça me pose vraiment problème.
    J’ai grandi à la campagne et c’est certain que mes enfants auront d’autres possibilités d’études, de stages, d’emplois, etc. Mais pour moi, c’est davantage le milieu social qui joue que l’endroit où on habite.
    Il est tard et quand je commente tout en étant fatiguée, c’est plutôt décousu.
    Bref, bonne soirée !

    1. Effectivement quand je vois les gamines de 12/13 ans dans la rue je me dis que j’étais vraiment une gamine. Je n’ai commencé à me maquiller que vers la fin du collège comme la grande majorité de mes camarades. Enfin maquiller, tartiner de l’eyeliner au mauvais endroit et mettre des paquets de mascara.

  2. Ta conclusion fait écho en moi. Je te rejoins à deux mille pour cent. Il n’y a pas de standard en matière d’éducation ! Chaque enfant, chaque parent, chaque famille est unique. Et de fait, chaque parent tâtonne, essayant de faire au mieux !
    Super billet (comme toujours !)

  3. Et oui, ça fait quelque chose tout de même lorsque l’on passe de l’autre côté ! On est plus conciliant, on galère et du coup on se dit que nos parents ont traverser les mêmes épreuves car je pense qu’il y a 30 ans c’était tout aussi compliqué d’être parent !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *