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Même au lait en poudre, j’ai allaité mon bébé

Je vous vois venir, vous vous dites que j’ai fumé du hérisson. Que l’allaitement c’est le lait de maman au sein, ou à la rigueur le lait de maman tiré au biberon. Et pis c’est tout.

Mais même si j’ai nourri Samuel au biberon de lait artificiel, lui comme moi l’avons vécu comme un allaitement maternel.

Pour préciser les choses, le fait de ne pas allaiter au sein est un choix. Je ne me voyais pas priver bébé de manger si je n’étais pas à proximité, et je savais que j’aurai ce besoin de sortir, de sortir de la maison pendant de plus ou moins longues périodes. Pour être plus disponible pour mon bébé, j’ai besoin d’avoir du temps pour moi, de m’éloigner un peu. Je vous vois venir, vous allez me dire qu’on peut tirer son lait pour que papa le donne au biberon. Mais j’avais peur que Samuel soit de ces bébés qui ont beaucoup de mal à alterner sein et biberon. Et là je me sentirais prise au piège.
En outre, avec mes fichues maladies, le manque de sommeil peut générer chez moi un nombre important de crises. Donc j’ai besoin d’alterner avec papa. Pour son plus grand plaisir bien sur.

Ne pas donner mon lait au biberon n’est pas vraiment un choix. J’ai été très attirée par une idée de tire-allaitement exclusif sans jamais mettre bébé au sein. Les avantages sans les contraintes.
Mais je prends des antiépileptiques. A ma connaissance, aucun n’est sans risque pour l’allaitement. On peut parfois allaiter avec du Lamictal mais les données manquent encore. Je ne pourrais pas mener ce tire-allaitement sereinement sachant que peut être j’empoisonnais mon bébé. Le lait en poudre n’est pas l’aliment idéal de bébé certes, mais il n’est pas non plus nocif.

Ce sera donc un allaitement artificiel au biberon. Mais j’ai vécu cet allaitement de manière très intense.
Bien sur mon corps n’a pas nourri ce bébé.
Je n’ai pas eu la fierté de le nourrir grâce à mon corps, d’être pour lui sa réponse à ses besoins vitaux.
Je n’ai pas bénéficié du même bain d’hormones.

Mais
ce que nous avons ressenti bébé et moi était très proche de l’allaitement maternel.

 

 

Nous sommes fusionnels, le biberon c’est presque uniquement moi qui le donne.
J’ai beaucoup de mal à déléguer cette tâche à qui que ce soit. C’est moi qui le nourris. D’ailleurs quand je rentre le soir, il ne réclame à manger que lorsque j’arrive. Papa partage d’autres moments avec bébé comme le bain. C’est une répartition qui se retrouve beaucoup dans les couples où bébé est au sein.

J’ai eu une montée de lait très douloureuse, et surtout très longue.
Mon lait coulait à tâcher mon tee-shirt pendant deux mois!  Aujourd’hui, 6 mois après mon accouchement, sans aucune tétée, j’ai encore du lait qui coule sous la douche. Dans ma tête je ne suis pas prête à arrêter cette lactation. Quelque part dans mon cerveau, mon corps envoie le message que je nourris mon bébé.

 

Mais il y’a d’autres signes plus forts encore. Des signes que je ne saurais expliquer autrement.

 

Pendant longtemps, Samuel et moi avions une connexion forte et exclusive. Bien qu’il dorme dans sa chambre à l’étage et que je portais des boules quies (Mr G surveillait le baby phone), je me réveillais systématiquement quelques minutes avant que Samuel ne réclame sa tétée. Pourtant, il ne faisait aucun bruit. Même à deux heures du matin, je me réveillais fraîche comme la rosée du matin. Alors je savais, je savais qu’il allait pleurer. Je ne me suis jamais trompée. Encore aujourd’hui, je pose à peine la tête sur l’oreiller que Samuel se met à pleurer. Il sent que je ne vais plus être disponible pour lui.

Samuel pendant longtemps ne pouvait s’endormir uniquement que s’il était contre moi.
Un vêtement avec mon odeur ne suffisait pas. Il avait besoin des battements de cœur, de me ressentir contre lui. Je n’ai jamais expérimenté quelque chose de similaire avec mes jujus qui étaient aussi au biberon.

Alors oui ça peut paraître bizarre à certains. Mais rien n’est tout blanc ou tout noir pour moi. Le monde est en nuances de gris (pas en 50 nuances, en infinité).

J’ai besoin de me dire que malgré tout j’ai pu me rapprocher de cette expérience de l’allaitement. Que je ne suis pas passée totalement à côté de cette expérience. Que de toute manière, l’allaitement est bien plus que le fait de faire passer des nutriments à son enfant physiquement, c’est une également une expérience émotionnelle, et peut être pas contingente au fait de donner le sein.

 

16 Comments

  1. Après 2 échecs avec mes ainés, je n’ai pas allaitée les dernières. Même si j’aurais aimé connaître aussi cette expérience forte, j’ai trouvé beaucoup d’avantages au biberon et ne regrette en rien !
    Le principal est la sérénité avec laquelle nous abordons le sujet avec nos enfants. Et l’épanouissement qu’on y trouve. Après, beaucoup se permettront des commentaires, mais chacun son choix !

    1. Aucun regret pour moi de ne pas avoir donné le sein. Comme tu le dis, le principal c’est d’être à l’aise avec ses choix. Je trouve qu’on se mêle beaucoup trop des choix des mamans de ce côté là.

  2. Je suis une maman allaitante et j’ai l’impression que c’est l’une des plus belles expériences qui m’est était donné de vivre (non, non, je n’exagère pas !)… mais je comprends tout à fait qu’on ne puisse pas allaiter ! J’ai trouvé ton texte vraiment très beau, et tu as raison, l’allaitement ne se limite pas à nourrir son enfant, bien au contraire !

  3. Ton article est très beau. On met beaucoup de pression dans notre société concernant l’allaitement mais c’est un choix qui doit être pris individuellement, en fonction de ce que l’on souhaite faire. Et puis comme tu le dis, allaiter un enfant au biberon peut être tout aussi fusionnel et intense qu’un allaitement au sein. Les liens mères-enfants ne s’arrêtent pas à un sein. Et heureusement ! 🙂
    Merci pour ton article !

  4. j’allaite encore ma fille de 24 mois et selon moi il n’a pas de bon ou de mauvais choix concernant SON bebe puisque personne d’autre que celle qui la mis au monde peut savoir …

    joli témoignage

  5. Je comprends bien ton article. J’étais persuadé que j’allaiterais sans problème, et puis finalement cela ne s’est pas passé comme prévu. J’ai été mal conseillée, et mon bébé n’avait pas la force de têter. Du coup j’ai essayé, mais la fatigue aidant, j’étais enervée contre mon bébé. Le jour où j’ai donné le biberon, j’ai pris le temps de faire un calin à mon bébé, je lui ai chanté des chansons. J’étais beaucoup plus maternelle, alors oui je crois que c’était la bonne décision. Mieux vaut une maman au biberon qu’un dragon qui allaite!

  6. Je n’ai pas allaitée mon fils malgré que j’avais fait le cours sur le sujet avec la sage femme lors des cours à la préparation à l’accouchement et j’étais tentée par un allaitement mixte mais malheureusement ça ne c’est pas fait car mon fils n’était pas très coopératif et du coup, j’ai préféré passé directement au biberon. Je pense qu’il ne faut pas culpabilisé de ne pas donné le sein à son bébé même si je reconnais que dans notre société actuelle, ce n’est pas évident vu les nombreux “pro-allaitement” qui sont dans l’entourage médical ou personnel. Comme je dis souvent, tant que la maman et l’enfant sont heureux et que le bébé grandit bien, c’est le plus important à mon sens plutôt qu’une maman sur les nerfs et un bébé qui ne grossit pas à cause d’un allaitement qui foire. D’ailleurs, je suis d’accord avec toi sur le fait que même en donnant le biberon à son bébé, on peut trouver une certaine osmose et tisser un lien très profond.

    1. Mieux vaut un biberon donné avec le coeur qu’un sein alors qu’on a juste hâte d’en finir et qu’on regarde ailleurs

  7. Non-allaitante assumée, je partage tout à fait tes ressentis. J’ai donné chaque biberon à ma fille les yeux dans les yeux, en lui murmurant des mots d’amour, en caressant sa peau veloutée. Un bout de sein, je le sais, n’y aurait rien changé.

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