Gemellité

Nos astuces pour donner autant d’attention à chacun des jumeaux

C’est l’une des premières inquiétudes des parents de jumeaux et de multiples en général: est-ce que je vais aimer mes enfants autant l’un que l’autre ? Comment partager son temps entre deux enfants qui ont autant besoin d’attention l’un que l’autre ? Comment faire pour qu’aucun ne se sente délaissé ?
Petits conseils tirés de notre expérience de parents de jumeaux de 2 ans et demi.

Très clairement, ne te fais aucune illusion, passer exactement le même temps avec chacun des multiples est impossible.
De même que de les aimer de la même manière, mais c’est un autre débat.

 

Lorsqu’ils sont encore de petits nourrissons qui ont un besoin viscéral de contact, peut être que c’est possible.

Mais ça sera une frustration pour toi d’avoir un câlin minuté, interrompu alors que vous étiez tous les deux dans une douce torpeur. C’est comme quand tu es enlacé avec ta moitié et que l’alarme sonne pour aller chercher X ou Y à la gare. C’est violent.

Surtout que vu que tu as envie de survivre à ces premiers mois sans une perf de xanax au bout du bras, tu les as synchronisés. Donc ils sont éveillés en même temps, ont mangé presque en même temps et ont donc besoin de câlins en même temps. Tu apprendras vite qu’avec plusieurs bébés du même âge il n’y a aucune solution idéale, que de l’improvisation et de l’apprentissage pas à pas. 

Certaines mamans arrivent à contourner le problème avec la technique du double portage, qui a l’avantage de permettre en plus de reproduire la proximité physique à laquelle ils étaient habitués dans le ventre de maman. Avec le recul c’est très certainement la solution que j’aurais dû adopter avec mes deux bébés RGO qui avaient besoin de verticalité. Peut être pas en écharpe car je n’aurai pas été tranquille avec mes capacités manuelles très limitées, mais avec un porte bébé double (oui, oui ça existe !). Sauf qu’à l’époque je ne savais même pas que ça existait. Et ma connaissance du matériel de puériculture existant était limitée à ce qui était en vente dans le bébé 9 local.

Puis il y’a aussi papa qui fait un excellent porte bébé très rassurant. Mais manque de pot parfois il ose parfois sortir de la maison ce malotru.

En grandissant viennent les temps de jeu. Et la commence vraiment le casse-tête.

Si je n’avais qu’un seul conseil ce serait celui-là: oublies la montre lorsque tu joues avec eux.

Ce type de partage du temps n’est pas vraiment souhaitable.

Le temps disponible pour le jeu est forcément limité dans la journée, que ce soit par des contraintes matérielles (aller au travail, chercher les grands à l’école, faire les courses) ou tout simplement par les rythmes des enfants (impossible de zapper les siestes si tu tiens un minimum à ton équilibre mental). Si tu veux pouvoir jouer avec les deux (ou plus !) pendant la même plage horaire, tu risques fortement de devoir interrompre inopinément le temps de jeu avec l’un. Comme ça à froid, en bâclant la fin à mesure que tu vois l’heure avancer très vite tout d’un coup. C’est aussi plaisant que lorsque ton train s’arrête en pleine voie au milieu du trajet, le tout sans crier gare #jeudemotspourri. Et là, l’ouragan de la frustration de l’enfant se déchaîne dans ta face.

Dans le même temps, avec les cris en fond, tu vas interrompre le temps de jeu de l’autre digne membre de la fratrie qui peut être jouait peut être très bien tout seul et n’avait pas forcément envie qu’on vienne à gros sabot perturber son activité. Et de ton côté tu risques aussi d’être frustrée et de faire de ce moment quelque chose d’obligatoire. Comme ton cours de maths sur la trigonométrie où tu kiffais vachement la vibe.

 

Clairement, là tu vas passer pas passer un temps de qualité avec les deux hein. Certes ils auront eu le même temps avec papa ou maman. Mais personne n’en sera satisfait. Wasted comme dans GTA.

Tu te dis que la solution c’est certainement de leur proposer des activités qui peuvent faire participer l’ensemble de la fratrie.

C’est une solution … parfois. Ce sont des jumeaux mais ce sont surtout des enfants bien distincts. Ils aiment avoir du temps seul avec papa ou maman, sentir qu’on est là rien que pour eux. Le coup du câlin groupé avec un des twicks sur chaque genou a à peu près 50% de chances de réussite. Dans le cas contraire tu auras le droit à un street fight en règle. Pleurs, coups de pieds, poussage hors du genou de l’adulte, tous les coups sont permis mesdames et messieurs.

Il y’a aussi quelque chose qu’on a tendance à oublier avec deux enfants du même âge, jumeaux qui plus est: ils n’ont pas forcément les mêmes goûts, le même rythme de développement de chaque capacité, et les mêmes envies.

En ce moment, la demande générale porte sur des activités autour des nombres. Sauf que Yoann veut “compter les chiffres” (en gros jouer à reconnaître les chiffres dans les livres et à compter les objets sur chaque page, voir parfois les additionner) et Isaac apprends tout juste à reconnaître certains chiffres. Autant te dire qu’il n’est pas facile de gérer le double niveau. Ils réclament tout autant l’attention l’un que l’autre. Chacun a besoin d’être stimulé à son niveau et donc mérite notre entière attention pour pouvoir répondre.

En plus tu es tiraillée entre l’envie de faire progresser l’un pour qu’il rattrape le niveau de son frère et de faire avancer l’autre pour ne pas qu’il se sente frustré de ne pas avancer plus dans ses apprentissages.

Oui il ne faut pas comparer, je sais.
Mais à moins de mettre ton cerveau en pause totale (ce qui est impossible pour moi), l’idée a traversé l’ensemble de tes neurones avant même que tu aies pu te contrôler.

Mais pourquoi ne pas faire participer le papa ? On peut proposer une activité avec papa parallèlement à une activité avec maman.

Très bonne question Jamy. On a pu constater que même si c’était souvent un échec critique, l’un des deux voulait la même chose que son frère au bout de 3 minutes en moyenne. Genre le trotteur de son frère pourtant en tout point identique au sien. Même en grandissant. Sauf que tu as le droit aux paroles en plus des cris et des petites tapes à la limite du chambrement en toute amitié.

Ne te méprends pas, on s’est aussi fait avoir au début. On a testé ces techniques, et on en a très vite vu les limites.

On a donc décidé de passer de l’égalité stricte à l’équité. De trouver NOTRE équilibre

Comment résoudre ce casse tête ? En écoutant nos enfants et en identifiant leurs besoins pour mieux y répondre

Nous nous sommes rendu compte que Yoann et Isaac n’avaient pas vraiment besoin du même type d’attention, ni du même temps de présence d’un parent.

Isaac est très fier de ce qu’il sait fait tout seul. Il aime jouer et découvrir en toute autonomie et n’aime trop qu’on vienne interférer sur l’activité avant qu’il ai fini. Et ensuite il nous “regarde maman/papa” avec un air fier de lui. On peut donc le laisser jouer parfois seul tout en gardant un œil discret sur ce qu’il fait et le félicitant au moment venu.

Yoann lui est un gros câlineur. Il a besoin de sentir que quelqu’un est présent pour lui presque à tout moment. Il est avide de découvertes mais parfois se trouve limité car il y’a des choses qu’il ne peut comprendre seul. Nous avons donc été très surpris de voir qu’il savait identifier les lettres, qu’il avait appris son alphabet tout seul, mais qu’il n’arrivait pas à comprendre comment “lire des mots”. Et pendant l’activité il a besoin de contact physique avec le parent,  comme pour se rassurer tout en avançant vers l’inconnu.

Et tout cela peut varier dans le temps.

Entre 6 et 18 mois Yoann était plutôt du genre à jouer seul avec un jouet d’éveil alors qu’Isaac voulait uniquement jouer avec un adulte.

 

Nous avons également identifié certains temps de la journée où l’un était plus passionné par l’activité que l’autre

Le soir les enfants ont le droit à un ou deux épisodes de Pat Patrouille. Oui pas d’écrans avant trois ans, je sais. Mais trouve-moi un autre moyen de gérer seule 3 enfants et des casseroles bouillantes qui menacent de déborder et la préparation et la tétée au biberon en elle-même de Samuel et en on reparle. Non une activité ça ne marche pas. J’ai besoin des incantations hypnotiques de Ryder pour les calmer. La Pat Patrouille part en mission !

Yoann est vraiment passionné par l’épisode. Mais rapidement Isaac décroche et vient me voir pour m’aider dans la préparation du repas. C’est notre moment à nous. Un temps où il sait que je suis plus disponible pour lui tout seul. Bien sur il ne s’approche pas de la plaque hein. Sa mission est surtout de remuer à peu près n’importe quoi dans un bol ou un saladier.

Parfois les moments de jeu à l’extérieur nous donnent . Yoann se lasse souvent plus vite et reviens vers papa et maman. C’est aussi un temps de jeu rien que pour lui où il a toute notre attention.

 

Bref, il n’y a absolument aucune formule toute faite. La clé est de repérer comprendre les besoins des enfants, d’en discuter avec eux s’ils sont en capacité de le faire, de repérer leurs rythmes pour connaître les petits instants où l’un est plus disponible que l’autre.

Et surtout d’arrêter de se culpabiliser et de vouloir être une maman de jumeaux modèle.
Celle-là c’est comme les photos des burgers de MacDo: tu t’attends à un truc d’enfer et tu te rends compte que jamais tu ne l’auras dans la réalité.
Mais finalement il est quand même vachement bon ce Big Mac, même si tu t’en mets partout quand tu le manges.

8 Comments

  1. la clé est d’apporter ce dont ils ont besoin, comme tu le dis. Sans être des jumeaux, on jongle entre les 4 et je remarque qu’ils n’ont pas besoin de nous de la même manière tous les jours. On s’adapte, mais c’est pas facile tous les jours ! J’aimerais clairement leur donner plus de temps !

    1. Je pense également que cette problématique de la répartition du temps n’est pas spécifique aux multiples loin de là. Moi aussi j’aimerais avoir du temps extensible dans la journée !

  2. Super article comme toujours ! Je pense que ta conclusion résume bien ma vision des choses également ! Il n’y a pas de recette toute faite et il faut toujours se baser sur nos observations des besoins de chacun (car chacun est unique) et de faire évoluer nos propositions en fonction de ces dernières !
    Je suis sure que ce billet va aider d’autres mamans qui se posaient la question également… 🙂

    1. Non mais Charlotte il ne faut pas me flatter comme ça, sinon je ne vais plus passer les portes ;).

      Le souci c’est qu’on met beaucoup de pression sur les parents dans ce domaine, mais personne ne semble avoir de solutions derrière. La clé c’est surtout de se laisser du temps pour trouver ce qui convient à tous. Même si au départ on se trompe parfois

  3. Pas facile de trouver l’équilibre! Mais finalement, si on s’écoute et qu’on écoute les bébés, ça devrait le faire, non?
    Bon pas de jumeaux ici, mais je pense que ça sera le même combat quand bébé 2 se sera décidé à venir faire son nid 😉

    1. Je pense que c’est aussi la même problématique, et un vrai tsunami avec l’arrivée du petit 2e. J’espère qu’il fera bientôt son petit nid douillet 🙂

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