Au quotidien / Education

Pour moi la génétique ne fait pas la famille

Mes enfants ont deux tatas. Et pourtant je suis fille unique et Mr G n’a que des frères. Pour moi la famille n’est pas une histoire de chromosomes mais d’atomes crochus. Je suis bien plus proche de ces amis que de mes cousins (que je ne reconnaîtrais même pas dans la rue) et autres belle filles de la grand-mère de la cousine germaine de mon oncle. Les liens du sang indéfectibles ne sont pour moi que des mirages. Je t’explique pourquoi. 

Je ne prétends pas ici détenir une vérité universelle.
Je vous livre ici ma version des choses, le cheminement de ma pensée,
l’histoire de la construction de notre famille.

 

Tout d’abord un peu de théorie

Premier point important de ma pensée,
les sentiments ne sont pas dus

Respecter la personne, passer du temps avec elle, oui. Mais de là à éprouver des sentiments sincères et profonds … Ce serait si simple si on pouvait diriger notre cœur avec autant de brio que le sergent Hartman dans Full Metal Jacket.

 

 Jamais je ne me suis sentie obligée d’aimer quelqu’un de ma famille

 

Si la personne activement essayé de me pourrir la vie (j’ai un exemple précis en tête, mais par respect pour les morts je ne développerai pas), je ne vois pas comment je pourrais avoir envie de la revoir et a fortiori avoir de l’affection à son égard. De même, vous n’êtes pas obligé d’aimer quelqu’un car il vous offre des cadeaux ou des bons d’achat chez Leroy Merlin. Par contre, vous seriez bien avisé de refuser ses cadeaux si c’est le cas, question de cohérence, et aussi histoire de ne pas avoir de dette vis-à-vis de cette personne qui vous reviendrait en pleine face façon boomarang à la moindre remarque, tout ça tout ça.

Petit exemple personnel. Lors des rares fêtes de famille auxquelles j’ai participé, nous allions nous promener dans la campagne avec mon père pour fuir le spectacle des faux semblants auquel il fallait poliment participer. C’est paradoxalement le meilleur souvenir que j’ai de ces fêtes de “famille”.

 

Ca me faisait bien ricaner ces tantes (enfin je suppose) qui me disaient
“mais non tu es à la table des ados, ils ne vont être déçus si tu ne t’assoies pas avec eux”.
Encore faudrait ils qu’ils sachent qui je suis et vaguement à quoi ressemble ma vie
99% de chance qu’ils s’en taponnent l’oreille avec une babouche autant que moi.

 

 

Autre situation vécue dans une fête de famille avec un grand oncle: “Non mais de toute façon c’est normal que tu sois fatiguée. De toute façon hein un congé parental c’est fait pour être pris par les femmes, hein hein Germaine (sa femme) que j’ai raison“. Non oh faut pas déconner, bobonne c’est truc c’est les marmots, elle est contrôlée par son utérus comme toutes les autres bonnes femmes. J’le sais bien moi hein ! Je l’ai vu à Trifoulli les trois temples. 
Mais vu que le grand oncle est “blagueur” et “très sympa” et qu’il met le feu quand il faut tourner les serviettes, il a une sacrée fan base dans la famille. Donc rien ne sert de contredire cet expert auto-proclamé en physiologie et en psychologie féminine qui étaye son propos de preuves scientifiquement indéniables. Que dis-je des arguments si complets et si recherchés qu’ils convertiraient n’importe quel sceptique.

 

Mon majeur se lève tout seul et mon poing se ferme, tous deux suivant le même mouvement ascendant
Nope, définitivement aucune affection pour ce gars là

Second point de théorie qui découle du précédent:
il m’en faut plus qu’une injonction sociale ou
une vieille branche commune dans l’arbre généalogique
pour considérer quelqu’un comme un membre de ma famille

 

 

Pouvoir partager des instants du quotidien, des ressentis avec l’autre, ses joies et ses peines, que son interlocuteur ait le courage de nous écouter parler pendant 10 minutes des clauses spéciales de notre prêt immobilier sans piquer du nez ou faire la liste des courses dans sa tête: Pour moi c’est CA qui nous rapproche. Se voir grandir et/ou vieillir mutuellement aussi accessoirement, parce que bon hein, à 28 ans tu vieillis plus que tu ne grandis faut être honnête. Partager des envies, des passions, et des buts communs. Rire des mêmes choses et se révolter pour des motifs similaires.

Au fil du temps, se crée un lien de confiance de plus en plus fort. Ce lien doit être régulièrement arrosé pour qu’il perdure. Bon t’es pas obligé de l’arroser au rosé à chaque fois non plus hein. Et en plus on aime se côtoyer donc on provoque les occasions de se voir.

Le fait de baigner dans un bain socio-culturel commun participe aussi à créer un sentiment d’appartenance à un groupe. Et forcément, dans un groupe on est proche. Encore une fois, cela n’a pas grand chose à voir avec la génétique et peut se produire avec n’importe quelle personne d’un groupe baignant dans le même milieu.
Ce paragraphe a été sponsorisé par la faculté de sociologie à mi-temps un samedi sur trois de Cacouète-les-trois-églises.

 

 

Top la relation avec ses frères et sœurs lorsqu’on échange à peine deux banalités par an et
qu’on ne s’intéresse même pas à la vie de l’autre
tellement il évolue dans un monde différent du nôtre.
On se retrouve pour faire plaisir à mamie, mais on a le smartphone discrètement
en position sous la table pour faire passer le temps plus vite.
Merci LeMonde et Candy Crush.

 

 

J’avoue je suis une vilaine snob
J’ai réussi à quitter mon patelin de paysans (et non agriculteur qui est une profession) mal dégrossis
Parce que je ne me sentais pas bien, que je trouvais ça vraiment beauf bof
Je n’en retirais aucun divertissement, aucun plaisir
Pourtant je n’étais jamais sortie de mon village, je n’avais connu que ça
Et puis j’ai découvert autre chose grâce à mes études, des gens un peu plus comme moi
Ce que j’ai, je ne l’ai pas volé, je l’ai gagné, c’est pour ça que je suis aussi décomplexée

Donc oui, ça me brise les ovaires d’aller à la fête au village même si les participants sont de ma famille génétique ou non d’ailleurs
Pas par mépris, mais juste parce que ça ne correspond pas à ma personnalité

On n’a pas la même baignoire

 

Ces deux facteurs combinés sont pour moi l’arrière plan de toutes les relations humaines.
Les anglo-saxons appellent ça “chemistry“, ce je ne sais quoi qui fait que
le courant passe entre deux personnes.
Et cela est très souvent le cas au sein des familles

 

Mais selon moi cette réaction n’a pas besoin d’un catalyser génétique pour se produire. Elle s’est bien produite avec deux de mes amies (dont une lectrice assidue qui se reconnaîtra forcément)

 

 

Voilà grossièrement le raisonnement derrière l’affirmation énoncée en titre de cet article.

Et si la génétique ne fait pas la famille, alors celle-ci va bien au-delà du schéma familial classique des liens du sang.

 

La cellule familiale recouvre pour moi une multitude de réalités

Oui, une famille peut être monoparentale, recomposée ou homoparentale sans que les liens ne subissent aucune altération. Pour moi un enfant adopté ou un enfant issu d’un don de gamète n’en est pas moins l’enfant de ses parents. Au contraire, je pense que l’amour de ces parents qui ont accouché de cette famille dans les douleurs les plus atroces est encore bien plus fort et plus enraciné. Si mes ovaires n’étaient pas aussi frais que le visage actuel de Brigitte Bardot, j’aurais donné mes ovocytes sans aucun soucis. (D’ailleurs on manque cruellement donneurs et de donneuses pour permettre à des couples de réaliser le projet de leur vie. Pour des infos sur le sujet c’est par ici).

Le problème ce n’est pas l’amour réciproque que se portent les membres de ces familles (qui est tout aussi fort que les autres),
mais le regard négatif que la société porte sur le lien qui les unit.

 

 

A l’inverse, comment peut-on être parent d’un enfant sans jamais l’avoir
quand bien même on en serait le géniteur ou la génitrice ?

C’est ça être parent !? Juste se contenter de faire son affaire, pendant une nuit ou pendant 9 mois sans se préoccuper de ce petit être, et tout lâcher après la naissance pour ne jamais revenir ? Cet enfant serait le sien alors qu’il/elle ne sait même pas à quoi il ressemble ?

Demandez à l’enfant dont l’un des deux parents a pris ses jambes à son cou alors qu’il ne savait pas encore marcher, le geste d’affection qu’il aurait envie de lui donner s’il se pointait à ses 20 ans la bouche en cœur avec des excuses plus fumeuses les unes que les autres ? Au choix, une tarte ou un gros majeur. 4 à la suite.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. On a tous envie de connaître nos origines,
combler ce manque affectif. Et c’est là une envie tout à fait légitime.

Mais cela ne veut pas dire que va s’installer une vraie relation
parent enfant si les deux protagonistes sont réunis

 

Tu vas me dire: oui mais les parents ont investi tellement, émotionnellement et financière parlant, tu leur dois bien ça !

Déjà, aujourd’hui il est plus rare que le fait d’avoir un enfant ne soit pas un choix mais une contrainte imposée par la vie. Faire un choix c’est prendre un risque. Un enfant n’a pas à répondre d’un choix de ses parents. Un enfant est une personne, et une personne a le droit qu’on respecte ses opinions et ses sentiments. Et cf. tous mes arguments développés au dessus.

On est curieux .. Alors c’est qui ta famille à toi ?

 

Trêve de suspense, le schéma de ma famille est somme toute affreusement classique.
Il y’a la famille biologique proche (parents, beaux parents etc),
et puis il y’a des amies qui me sont vraiment très proches (dont une qui ne manquera pas de lire cet article, coucou ma poule 😉

Sérieusement, qui d’autre supporterait de me voir m’extasier devant la moindre pierre de ruines d’un temps grec sous le cagnard ? Qui d’autre ne rirait pas devant mon manque total d’expérience et parfois de bon sens en matière d’éducation ? Qui d’autre comprendrait que c’est top d’aller à l’étranger juste pour boire un café ? Qui d’autre comprendrait ma fascination pour une certaine société locale de camions frigorifiques ?

Ce sont pour moi des vrais oncles et tantes de mes fils, et ça me hérisse le poil quand j’entends dire le contraire. Au moins eux ne sont pas juste là pour faire la photo obligatoire de tonton qui donne deux cuillères de petit pot au petit dernier sans aucun enthousiasme.

Leurs oncles et tantes, biologiques ou non, eux au moins pensent à leur souhaiter une bonne rentrée, à leur ramener un petit quelque chose de leurs voyages. Toutes ces petites choses qui montrent qu’ils en ont au moins quelque chose à faire.

 

 

Mes enfants ont 3 oncles et 2 tantes,
la majorité d’entre eux sont pas liés à eux par le sang.

 

Le lien est d’autant plus fort avec la famille à laquelle on n’est pas lié par nos chromosomes
qu’il n’y a aucune obligation réciproque.

Pas de lien socialement inévitable, pas de faux semblants, vos chemins peuvent se séparer dès lors que l’envie vous en prend. Ben oui personne ne vous colle des repas le dimanche midi ou insiste pour

On se voit car on a des intérêts et des schémas de pensées communs, que les relations entre nous semblent faciles et fluides, qu’on rigole bien ensemble après tout. On veut se voir car on s’aime Qu’on peut vraiment compter les uns sur les autres.  Forcément qu’on les aime ces autres personnes, sinon ça fait longtemps qu’on les aurait laissées sur une aire d’autoroute sur le chemin des vacances.

Petit rappel pour finir: la cellule familiale de base repose sur le couple.
J’espère pour toi que tu ne partage pas d’ancêtre commun avec ta moitié
Coucou Christine B.
Et pourtant n’est-il pas le membre de ta famille dont tu te sens le plus proche ?

 

 

On dit qu’on choisi ses amies mais pas sa famille.
En femme libérée du XIXe siècle, moi je veux tout.
Je choisis ma famille

8 Comments

  1. Bonsoir,
    Je suis d’accord et pas d’accord avec toi dans cet article. J’ai aussi un décalage culturel avec mes cousins ( mes sœurs et frère et moi avons fait des études, contrairement à mes cousines et cousins alors que nous venons tous du même milieu ouvrier et rural). Avec mes cousins les plus proches, il y a des sujets interdits (surtout la politique… ils trouvent Marine Le Pen un peu trop à gauche ! 😱😱). Pourtant, je suis attachée à eux. Je connais leurs qualités, je sais notre histoire familiale. Je sais qu’ils demandent sincèrement de nos nouvelles, même si mon mode de vie est très loin du leur. Alors quand on se voit, on parle des enfants, des problèmes, des solutions, etc.
    Être abandonné ou abandonner son enfant est un acte difficile, douloureux dont on ne se remet jamais.
    C’est décousu, je voulais écrire plus (et plus construit) mais il est trop tard.
    Gute Nacht!

    1. Déjà j’admire le courage d’écrire à cette heure là ;). La politique aussi est taboue dans à peu près tous les cercles familiaux “génétique”. Comme toi j’en ai marre de voir le FN glorifié à chaque repas.

    1. Exactement ! Les sentiments priment sur tout le reste. C’est pour ça que les mamans confrontées à la dépression post partum (comme ce fut mon cas) qui sont submergées par tant de choses ont du mal à faire le tri dans leur sentiments et à s’attacher à leur bébé

  2. Tu as bien raison en disant qu’on choisi ses amis mais pas sa famille. Ayant une famille pas top moumoutte, je sais que je partage plus avec mes amis qu’avec ma famille. D’ailleurs c’est l’un des meilleurs amis de mon mari qui est le parrain de mon fils et je pense que si nous avons un second enfant, la marraine sera une amie ( ma belle sœur étant déjà la marraine de mon fils!). Par exemple, je ne connaîtrait jamais les cousinades car je ne suis pas en relation avec mes cousins et cousines depuis plusieurs années. C’est triste mais c’est ainsi.

    1. Honnêtement j’avoue que j’ai horreur des grandes réunions de famille. Je trouve que c’est dommage car on a pas beaucoup le temps de parler aux nombreuses personnes qu’ont n’a pas vu depuis longtemps. En fait je ne connaissais même pas concept des cousinades avant de rencontrer Mr G

  3. Je suis tellement d’accord avec ton article ! Il y a beaucoup de membres de famille (ma mère à 8 frères et soeurs !) que je ne vois jamais et avec lesquels je n’ai aucune, mais aucune affinité ! La famille de coeur, il n’y a que ça de vrai !

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