Au quotidien / Post-Partum

Pourquoi c’est dur de voir des femmes enceintes alors que je ne veux plus d’enfants

Promis juré, je vous l’assure, je ne veux plus d’autres enfants. Mr G a proposé la vasectomie, j’ai applaudis des deux mains, et j’ai soufflé un grand coup. Je vis très bien le fait de tourner cet page de la grossesse et des nouveaux-nés. Mais, quand je vois une femme enceinte, j’ai un énorme pincement au cœur, presque même une colère. Idem lorsque je dois entendre poliment et à renforts de grands sourires les récits d’accouchements physiologiques, des beaux moments en salle de naissance, de la parenthèse enchantée du congé maternité. En fait, on nous a volé ces moments.

Je suis tombée enceinte des jumeaux à 25 ans, alors que
je n’y connaissais absolument rien en matière de grossesse ou d’accouchement.

 

Le “diagnostic” tombe: madame il y en a deux. Grossesse à risques, césarienne programmée.

 

Deuxième grossesse: PMA, diabète gestationnel sous insuline qui reste aussi stable qu’un gars qui titube hors du PMU, gros bébé.

 

 

J’ai un utérus cicatriciel alors même si je souhaite cette fois un accouchement plus physiologique,
le corps médical fronce les sourcils, me prévient qu’on va surveiller mon travail comme de l’huile sur le feu.

 

 

On voit le spectre d’une autre césarienne qui se profile de manière aussi subtile qu’une blague de Laurent Gerra. 40 SA, 41 SA, bébé qui ne vient pas. On me parle de césarienne à J+4 vu qu’on ne peut pas me déclencher. Et puis, madame, un dépassement de terme, ça ne présage rien de bon pour une voie basse.

 

 

 

 

 

Et puis contractions, les vraies, le début du travail
A 41 SA+2

 

Je reste juste des heures dans mon lit avec un Mr G qui a roupillé tranquilou pilou. J’étais seule et je ne savais pas quoi faire. Quitter ma chambre toute chaude et confortable ? Me mobiliser dans le salon tout froid ? Pourtant je m’y étais préparée, mais dans le feu de l’action, toute seule, j’étais perdue. Perte des eaux, liquide méconial, travail qui n’avance pas malgré l’ocytocine, détresse fœtale, césarienne en urgence.

 

 

Je ne te parle pas de ma dernière grossesse en enfer,
tu as tout le récit dans la rubrique dédiée du blog.

 

 

 

La physiologie .. La physio quoi ?
On n’avait jamais prononcé ce mot devant moi
Littéralement
Moi je suis “la grossesse à risque”

 

 

 

Oui, c’était comme un OVNI mystérieux

 

 

On entend de plus en plus les femmes parler de leur souhait d’accouchement physiologiques, des maternités qui mettent en place des salles nature, des accouchement à domicile. Entendre derrière la porte la sage-femme parler en prépa à l’accouchement de la puissance que chaque femme a en elle pour accoucher, ça ne fait que me renvoyer au fait que moi je ne l’ai pas cette capacité. Le truc de base dans l’évolution boréal.

 

Et moi je l’ai en travers de la gorge.

En fait, je n’ai jamais eu de choix
Tout ça, je n’ai jamais pu l’envisager

 

 

 

Je me triture souvent les méninges en me refaisant le film du travail pour la naissance Samuel
en me disant que ça aurait été mal seule chance pour connaître une voie basse

 

 

 

 

 

Pourquoi je ne me suis pas plus mobilisée?
Pourquoi je n’ai pas réveillé Mr G pour lui demander de m’aider ?
Pourquoi je n’ai pas fait de préparation à la naissance avec une sage-femme qui a vraiment cru que je pourrais accoucher par voie basse ?
Pourquoi j’étais toute seule (Mr G est déjà au courant de ma pensée la dessus vous zinquiètez pas) alors qu’un bébé se fait à deux et que le papa savait combien c’était important pour moi ?
Pourquoi je n’ai pas refusé la péridurale pour décider d’aller marcher pour accélérer les choses ?

Est-ce que tout ça aurait changé quelque chose ?

 

 

 

Chaque fois que je vois une femme enceinte, surtout dans le cabinet de la sage-femme, je ne peux m’empêcher d’être à la fois triste et en colère.
Pourquoi elle peut avoir une grossesse physiologique ELLE ?
Pourquoi elle a le choix d’avoir un non une péridurale, d’allaiter ?
Pourquoi elle aura son bébé avec elle dès la naissance et elle va pouvoir voir ses premiers instants de vie ?

 

Pourquoi ?
Pourquoi ?
POURQUOI ?!

 

 

Quand je sais que cette nana, là, en face de moi, qui peut vivre sa grossesse sans stress
Vivre normalement
Préparer un accouchement selon ses envies, ses termes
J’ai juste envie de hurler

 

 

 

 

Tout ça, jamais je ne le connaîtrai. Pour moi la grossesse sera toujours synonyme d’angoisse, d’une ombre de mort qui reste là bas tout au fond et dont on parle du bout des lèvres. On nous a volé une des expériences les plus fortes dans la vie d’une femme et d’un couple.

Je sais bien que le fait de voir que ça a réussi pour elle ne changerait rien à ma situation. Elle sera toujours en salle d’accouchement sur son ballon et moi toujours en césarienne dans le stress. Elle aura le choix de la péri ou non et moi de douiller ou de ne pas voir naître mon bébé.

 

 

Honnêtement, c’est horrible à dire, mais j’évite les femmes enceintes
Surtout celles dans la salle d’attente de ma sage-femme
car pour elles en général tout se passe bien

 

 

 

Je suis aussi très très amère lorsque je vois que certaines femmes vivent un post partum sans pathologies

 

J’imagine qu’elles vont avoir des bébés certes avec des coliques mais qui ne vont pas vivre l’enfer du RGO.

 

De ces pleurs inconsolables, de cette douleur incessante. Elles n’auront peut-être pas à lui administrer quotidiennement des médicaments alors qu’il sait à peine les avaler. Je hurle face à ce reflux en fait qui nous vole les premiers mois de nos enfants. C’est mal, mais je suis tellement jalouse de les voir profiter de ces instants de découverte mutuelle alors que, moi, maman de bébés RGO, point de découverte pour nous car nos nouveaux-nés sont juste transformés en boule de douleur. Et les parents aussi devant leur impuissance.

Je vois une cousine de Mr G qui fait chauffer le biberon de son fils. Elle a juste pris le même lait que celui de la maternité. Pas de questions. Après le biberon, elle le pose à plat dans son lit, et il dort. J’en viens presque à la détester alors que c’est une personne vraiment très chaleureuse et sympathique.

 

 

 

 

 

 

Je les envie d’avoir le choix d’allaiter ou non.

 

De ne même pas avoir à fouiller dans les tréfonds d’internet pour recouper des études scientifiques publiées en anglais, les traduire et les expliquer à l’équipe médicale. Je les envie de ne pas avoir à se dire que la nourriture la plus naturelle de leur bébé, celle qui sort de ses seins, que tout ce que leur corps peut produire c’est du poison.

 

Même si le chapitre de la grossesse est pour moi définitivement tourné
Je ne pourrais, je pense, jamais le revoir comme une période de bonheur

Ces moments sont comme des tunnels mal éclairés où les zones d’ombre jouent avec ton imagination
et dont tu veux juste sortir au plus vite

 

 

Je ne peux pas non plus m’empêcher de me dire qu’on est passés à côté de quelque chose de merveilleux, d’une période unique dans la vie d’une personne. Une période que cette femme au ventre aussi gros que son sourire va, elle, certainement vivre. Saymal la jalousie, je sais. Mais au moins, c’est honnête.

 

 

23 Comments

  1. Tu as aussi vécu plein d épreuves et vous les avez surmontées. C est aussi un chemin de vie qui s il n est pas lisse est le votre. Vous êtes courageux et avez construit une famille dont vous pouvez etre fiers.

    Mais je comprend ta « jalousie ». Je rêve d un 3ème enfant et mon mari ne veut pas en entendre parler. Donc je déprime en regardant toutes les femmes enceintes autour de moi.

    Bon courage

  2. Comme je te comprends… dans une bien moindre mesure que toi mes grossesses n’ont pas été un long fleuve tranquille mais une période avec beaucoup d’angoisses. Avec 2 césariennes en urgence dont une 2e qui a laissé des traces sur le plan psychologique je sais que même en cas de 3e grossesse il n’y a quasi aucune chance qu’on me laisse tenter une voie basse. Pourtant, dixit l’équipe de l’hôpital, mon bassin c’est un boulevard. Bref c’est frustrant. Heureusement j’ai la chance qu’une fois bébé la, les ennuis soient terminés. Je te souhaite d’arriver à trouver l’apaisement en repensant à tes grossesses !

    1. J’ai eu exactement la même remarque “votre bassin est un boulevard”. Mais césarienne d’urgence aussi. Je sais qu’il existe des hôpitaux qui permettent aux femmes de tenter une voie basse après 2 césariennes mais ils sont hyper rares. Mais pour le vécu de la césarienne comme pour les hôpitaux qui laissent tenter les AVA2C, il y a le forum de césarine qui est une mine d’infos

  3. Je ressens ta détresse et j’ai juste envie de te prendre la main pour l’apaiser. J’ai bien envie de te dire que les épreuves font parties de la vie et qu’il faut les accepter, voir ce chemin difficile comme quelque chose qui vus a donné de la force et fait grandir, je crois que l’acceptation est la clé mais je sais que c’est bien plus facile à écrire qu’à faire… As-tu penser à une thérapie pour faire sortir tout ça ?

    1. Merci <3 . Pour le moment je vois une psychologue et un psychiatre (juste pour le côté c'est un médecin, alors que c'est ridicule la psychologue serait tout à fait à même de faire le job). Le temps fera certainement son oeuvre 🙂

  4. C’est complètement honnête et tu es loin d’être la seule de ressentir cette colère et cette jalousie. Combien de femmes qui n’arrivent pas à tomber enceinte m’ont fait part des mêmes ressentis ? Pour certaines, c’est réellement un sentiment qui les habite totalement. Je ne peux donc qu’essayer de comprendre ce que tu vis. Ça doit être terriblement difficile pour toi. Et je pense que le sentiment d’injustice l’emporte… Ce qui est complètement humain… J’espère que tu trouveras des petites astuces pour réussir à t’apaiser. Je pense que tu as encore besoin de temps pour vivre toutes ces émotions, et c’est tout à fait normal. J’espère que plus tard, tu arriveras à “digérer” tout cela. Plein de pensées <3

    1. Je crois que pour les femmes infertiles c’est encore pire que pour moi. Malheureusement c’est toujours difficile de tourner la page. Je pense qu’il faut vraiment essayer de donner un sens à son histoire et de se donner du temps.

  5. Je suis malheureusement typiquement LA femme que tu détestes, enceinte d’un 3ème enfant, à chaque fois sans problèmes particuliers (hormis un accouchement sans péridurale, subi, mais dont je n’ai pas gardé de traumatisme, et du diabète gestationnel, heureusement contrôlé). Mais je comprend complètement ton ressenti et il est plus que légitime – toutes les chances d’une grossesse “simple” et les choix qui vont avec t’ont été volés par la nature et la technique médicale… C’est tellement normal de ressentir ce sentiment d’avoir été privée de la liberté de ce moment! Tu l’as été, même si on ne peut certainement blâmer personne… Malheureusement je ne pourrais rien y faire d’autre que de continuer à mesurer pleinement l’immense chance que j’ai, et de t’encourager à me détester de toutes tes forces – lâches toi, tu en as bien le droit^^

    1. Exactement, le vécu des femmes aux grossesses physiologiques ou presque ne changera rien au mien. D’où le fait que je n’en veuille à personne en particulier “en tant que personne”. Cet article était justement pour lâcher les choses, essayer de les écrire pour les faire passer derrière moi

  6. Ce sentiment, c’est de l’injustice et je crois que c’est naturel de le ressentir car en effet, pourquoi n’as-tu (n’avez-vous) pas eu de répit durant tes 3 grossesses et accouchements ? Tu as le droit d’être en colère, que cette colère se dirige sur l’image “femme enceinte” telle qu’elle est idéalisée, contre tout le monde et personne. Tu as le droit d’être amère, fâchée, triste. Je trouve que c’est entièrement normal. Au fond c’est un deuil que tu subit.
    Plein de poutoux vers toi !

  7. C’est courageux comme article, et tellement sincère! Tes regrets sont normaux, voir quelque chose d’aussi naturel qu’une grossesse et un accouchement, devenir malgré toi de véritables parcours du combattant, et à trois reprises, ça a de quoi laisser amère. Et tourner cette page, c’est certes un soulagement, et en même temps le devoir de laisser définitivement l’hypothèse d’une “dernière chance” derrière soi. Tes réflexions sont donc totalement légitimes dans ce contexte.
    PS: je ne savais pas comment s’était déroulée la naissance de Samuel et, pffff, je suis vraiment dégoûtée pour toi.

    1. Honnêtement, la naissance de Samuel est presque celle que j’ai le mieux vécu sur le moment. J’ai pu expérimenter les contractions de travail, la perte des eaux, la salle de naissance. Je suis allée plus loin que pour toutes les autres :). Les suites de couches ont d’ailleurs été assez différentes que pour mes césariennes à froid, notamment pour la chute d’hormones et la montée de lait.

    1. J’espère pour toi aussi que les choses s’apaiseront. Il n y a pas de grande ou de petite échelle, chacun doit pouvoir avoir le droit de laisser libre court à ses sentiments.

  8. Cette femme enceinte dans la salle d’attente a peut-être eu besoin d’une Pma. Cette autre a vécu le drame d’une Img. Celle ci vient de se séparer du père de son enfant. Cette autre a une grossesse pas trop désirée et guère d’argent.
    Qu’il y ait un pincement au cœur avec le regret de ce qui n’a pas été, soit, mais les autres femmes n’y sont pour rien, tu ne connais rien de leur vie et il y a certainement des femmes dans la souffrance de ne pas être enceintes qui pourraient estimer qu’avec 4 enfants à moins de 30 ans, tu es très, très chanceuse…

    1. Je parlais surtout des femmes en salle d’attente de ma SF car la très grande majorité des femmes qui peuvent bénéficier d’un suivi par une sage-femme ont une grossesse sans problème médical très prononcé et pas de gros antécédents. De plus, une très petite minorité de femmes ne peuvent allaiter du fait d’un problème médical, donc je l’ai quand même mauvaise.

      Je l’ai écrit dans l’article, leur vécu ne changera absolument rien au mien. Mais j’aurais toujours cette jalousie envers le concept de “la femme à la grossesse physiologique”. Ce n’est pas contre une femme en particulier, mais contre ce qu’elles peuvent représenter. Bien sur que X ou Y femme croisée dans la rue n’y est pour rien.

      La PMA, j’y suis passée, très brièvement je te l’accorde. L’IMG, je l’ai refusée, mais j’y eu un très bref aperçu de l’horreur de cette épreuve. Je ne prétend pas réussir à comprendre toute leur douleur, ma situation est très loin de la leur. C’est impossible de se mettre à la place d’une autre. Je sais aussi qu’un couple un galérien de la PMA pourra écrire un article encore plus corsé à mon égard. C’est légitime. Mais la femme enceinte qu’ils détestent peut avoir 10 ans de PMA derrière et un don d’ovocyte en République Tchèque.

      Selon moi, ces ressentis sont légitimes et doivent être exprimés. Aucune peine ne doit être enfouie au point de nous bouffer. Le fait de se dire “chanceuse” et de ne pas se plaindre car “il y a pire, tu as de la chance, tu as un bébé” peut parfois enfermer des femmes dans la douleur et constituer un bon début de dépression du post-partum. Le forum césarine par exemple regorge de témoignages de femmes qui ont tellement mal vécu leur césarienne que ça a eu un impact énorme sur elles et sur leur relation avec leur bébé. Pourtant ce n’est “qu’une césarienne”. Je pense que c’est important de laisser à chacune l’espace pour sortir ce qu’elle a sur le cœur, pour justement que ça sorte et qu’après on puisse l”accepter et passer à autre chose.

  9. Avec le temps, l’écoute, la mise en mot de sa douleur, on arrive à retrouver un peu de sérénité.
    Mais parfois un évènement, une date, ravive la douleur. Sur mes 4 grossesses/accouchements, il n’y en a qu’une dont je me souviens le jour de l’écho du 1er trimestre (début du choc gémellaire), le jour de l’écho du 2nd trimestre (début de la découverte du STT), le jour de l’opération (début de l’espoir). Même si je veux oublier, ces dates sont là et me rappellent à mes bons souvenirs. Le jour de leur anniversaire, je me bats contre moi-même pour ne pas pleurer.

    Comme tu dis, tout le monde a le droit de s’exprimer. Il n’y a pas de compétitions dans l’échelle de la sensibilité et de la douleur. On les prend en plein fouet et il faut avancer quand même.
    Moi j’ai réclamé une césarienne 3 fois sur 4 accouchements. On me les a refusées.

    On trouve souvent anormal de ne pas être heureux quand tout est bien qui finit bien. Parce qu’il y a toujours pire quelque part. On se sent comme illégitime de ressentir des sentiments si violents.
    Il y a 15 ans en arrière, mes filles seraient mortes dans mon ventre. Mais avec le développement de la médecine au laser, elles avaient une petite chance de vivre. Dans quel état ? on ne savait pas.

    De nombreux mois après leur naissance, quand une maman qui a perdu un de ses jumeaux à cause du STT m’a dit que j’avais le droit de pleurer même si mes filles allaient bien, ça m’a fait un bien inimaginable. Comme si enfin quelqu’un comprenait ma douleur invisible et quand ce quelqu’un te dit que le traumatisme vécu à cause du STT prendra beaucoup plus de temps à s’estomper pour quelqu’un qui n’a pas vécu de deuil, tu te dis wahouuuuuuuu! Comment c’est possible? La réponse c’est elle qui me l’a donnée. Tout simplement parce qu’elle a dû mettre le mot “fin” un jour et que ça, ça a aide à avancer.

    Bon cheminement dans le long parcours de l’acceptation de ce que tu n’as pas pu vivre comme tu l’aurais aimé.

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