Santé de maman

Un by-pass pour moi, mais surtout pour eux

Je sui je suis obèse. Même en obésité morbide.

Sortez pas les brochures de “MangerBouger.com”, ne me regardez pas un avec un petit air retroussé, je veux que ça change. Pas seulement pour avoir un corps de bombasse (avec la peau qui va pendouiller ca va être sexy en bikini tiens …) mais parce que j’ai pensé au futur de mes enfants.

Avant toute chose:

Non je ne me gave pas de chips de gâteaux. Oui je mange 5 fruits et légumes par jour. Oui je fais du sport.

Alors comment tu es devenue obèse ?
Faut pas déconner, tu as pas grossi en mangeant ta salade après la salle de sport !

Je ne pense pas qu’on atteigne un IMC comme le mien (43 tout de même) juste en étant gourmand(e), juste en ayant la flemme de faire du sport, juste en mangeant n’importe quoi. Genre on a pas essayé tous les régimes avant d’en arriver là. Genre on est juste restés comme ça assis sur notre gros séant à grossir sans jamais s’en rendre compte et y penser pendant des années. C’est vrai c’est tellement facile d’être obèse au quotidien. Et la grossophobie c’est encore un truc de bobo-féministes-enragés.

L’obésité c’est une vraie maladie, pas un signe de faiblesse.

J’ai pu rencontrer des personnes obèses dans la clinique ou aura lieu l’opération. J’ai pu échanger avec pas mal de professionnels spécialisés dans le domaine (et pourtant je ne suis qu’en début de parcours !). Le constat est unanime:

Derrière l’obésité se cache en général une souffrance psychologique préexistante. Quand ce n’est pas une maladie physique.
On mange parce qu’on a mal dans son corps, parce qu’on a des bleus à l’âme. Parce que ca nous évite de penser à ce qui nous fait peur. Parce qu’au final on se crée une armure contre ce monde trop dur.

Moi j’ai décroché la queue du mickey, j’émarge aux problèmes psychologiques ET physiques.

J’ai 15 ans d’anorexie et de boulimie derrière moi. De dépression aussi.Enfance et adolescence pas facile tout ça tout ça. J’en parle un peu par là. J’ai plusieurs maladies auto-immunes et deux maladies neurologiques. La maladie auto-immune fait que je ne peux pas maigrir car mon métabolisme est modifié. Les traitements que je prends pour contrôler mes maladies neurologiques me font grossir.

Heureusement mes facultés cognitives (ma brillantissime intelligence quoi) n’ont pas été affectés.

Attention ca va certainement en étonner beaucoup:

Maintenant je m’en fous d’être grosse en fait

giphy35

Je me suis toujours vu grosse (même à 58 kg pour 1m74). Les gens m’ont toujours dit que j’étais grosse même quand mon IMC était tout à fait normal.

Le risque de maladie chronique comme le diabète ou l’hypertension ? Bof, ouai. En même temps je subis déjà plein d’autres maladies avec des traitements à vie. Alors un cacheton de plus ou de moins …

L’esthétique ? Je me suis jamais trouvée belle de toute façon. Bien sur que j’aimerais être mince et m’habiller comme tout le monde. Faut pas être hypocrite non plus. Mais après 20 ans de régimes et d’échecs, ce n’est plus un argument suffisant pour réessayer, encore, en se disant peut être que la centième sera la bonne. Et puis se prendre un mur de parpaings dans la face.

Je suis épuisée.

Comme le dit si bien mon endocrinologue: mon corps n’en peut plus. Il a trouvé un équilibre à ce poids là, il n’en démordra pas. Malmené pendant des années, il est complètement déréglé. D’ailleurs je suis, au niveau des symptômes, ménopausée (même si ce n’est pas du au vieillissement mais à une glande dans le cerveau dans mon cas). Mon corps est essoufflé, il veut juste s’arrêter et se protéger.

Ce poids c’est devenu une partie de moi, une partie de ce qui me définit. Une cicatrice qui me dit que malgré tout je suis toujours sur le ring.

Mais c’est en pensant à mes fils que la décision s’est imposée à moi
(et si un miracle se produit, d’agrandir la famille)

ross-findon-303091-unsplash

J’avais rencontré un chirurgien, j’avais pris des renseignements. Mais j’étais très loin d’être décidée. C’est une opération qui reste délicate avec des conséquences non négligeables au quotidien et en plus à vie !

Pourtant, même si je me fiche d’avoir une santé encore plus pourrie, mes fils ont besoin d’une maman qui puisse les suivre dans tous leurs jeux et toutes leurs découvertes. Pas d’une maman qui ne pourra à terme presque plus bouger, qui sera épuisée par les différentes maladies. Ou encore pire, une maman qui peut être ne sera qu’un vague souvenir de leur petite enfance.

 Cette souffrance que j’ai égoïstement peur d’éprouver va se déplacer sur eux version tsunami-dans-ta-face si je ne fais rien.

Et puis, un jour Mr G m’a dit que des gamins de 5/6ans s’étaient moqués de Yoann car il avait eu peur d’un gros chien.
Ca m’a fait mal pour ce pauvre petit enfant bien sur, mais c’était plus profond que ça. Comme une dose de vérité en pleine face, comme une plaie qui se ré-ouvre, cette vérité que j’avais bien enterrée pour ne plus y penser: les cours de récré peuvent devenir des enfers en culotte courte.
Pas la peine que j’en rajoute.

Parce que les enfants sont cruels entre eux souvent. Les blagues “ta mère elle est tellement grosse” vont prendre un tout autre sens pour eux. Parce que moi je peux digérer les insultes et les regards, j’ai l’habitude. Mais en tant que mère, je me dois de les protéger de tout ça lorsque c’est possible. Et ici, je peux le faire.

austin-chan-275638-unsplash

Je suis allée voir un autre chirurgien avec lequel j’ai bien accroché. Compte tenu du poids à perdre et de mon métabolisme pourrave, il m’a orienté vers un by-pass et non une sleeve car cette opération va pallier durablement à mon métabolisme défaillant.

Cette semaine va commencer le bal des rendez-vous. On commence par la médecin nutritionniste que je vais voir au moins deux fois durant le parcours. Puis la diététicienne. Me demandez pas la différence, je n’ai pas tout compris non plus.

Ensuite à la fin du mois de mai je vais passer une journée en hôpital de jour pour faire un bilan sanguin, cardiaque, angiologie, pneumologique et psychiatrique (ma folie risque d’être exposée au grand jour crotte de bique).
La suite sera en fonction de ce bilan.

Opération prévue en septembre si tout va bien.

Bien sur je vais grandement apprécier les retombées positives sur ma santé et sur mon corps.C’est aussi pour ça que je le fais, pour prendre enfin soi de moi.
C’est loin d’être la solution de facilité comme j’ai pu l’entendre.
C’est tout de même une mutilation, un changement du fonctionnement naturel du corps humain.

Ce sera aussi un énorme bouleversement que peut être j’aurai du mal à digérer. Et ce n’est pas si facile de voir son corps transformé en quelques mois. Même si on entre enfin dans les standards occidentaux de beauté.

C’est juste mon dernier recours après des années d’échec.

Alors …

giphy36
Au passage j’adore la série Gotham et Ben Mackenzie

18 Comments

  1. Ton article m’a beaucoup ému… c’est vrai qu’on a souvent tendance à penser que les gens gros s’empiffrent sans chercher plus loin. Alors merci à toi de rétablir la vérité et de nous rappeler qu’il est important de ne pas juger les autres.

  2. C’est tout à ton honneur de vouloir subir cette intervention pour tes enfants mais je pense qu’une fois que tu auras perdu du poids, tu y verras aussi ton intérêt. En tout cas, c’est tout le mal que je te souhaite 🙂

    1. Merci :). J’espère aussi que je vais m’habituer à ce nouveau corps. Ca va me changer la vie c’est sur. Mais j’espère surtout avoir l’esprit plus léger niveau santé. Ça sera une perte que je suis sure de ne pas regretter 🙂

  3. Merci :). J’espère aussi que je vais m’habituer à ce nouveau corps. Ca va me changer la vie c’est sur. Mais j’espère surtout avoir l’esprit plus léger niveau santé. Ça sera une perte que je suis sure de ne pas regretter 🙂

  4. C’est très courageux de ta part. Le hasard a voulu que récemment je partage une salle d’attente avec plusieurs personnes ayant subi / allant subir cette opération qui échangeaient entre elles. J’ai compris alors aussi à quel point l’obésité était une vraie maladie – malheureusement mal connue.

    1. Difficile de savoir en effet quand on a pas pu parler avec une personne qui le subit au quotidien. Il y’a beaucoup de campagnes de prévention de l’obésité et c’est très bien. Mais ce n’est pas une maladie aussi simple que la balance calories absorbées/calories dépensées. Tout axer sur la seule nutrition c’est une erreur selon moi

  5. Difficile de savoir en effet quand on a pas pu parler avec une personne qui le subit au quotidien. Il y’a beaucoup de campagnes de prévention de l’obésité et c’est très bien. Mais ce n’est pas une maladie aussi simple que la balance calories absorbées/calories dépensées. Tout axer sur la seule nutrition c’est une erreur selon moi

    1. Merci :). J’espère en tout cas que cette opération va m’aider. Mais je sais aussi que ce n’est pas une opération miracle et que beaucoup d’efforts devront être faits.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *